Dans ce coin perdu de l'Ain, quatre villages ont fusionné au 1er janvier.
Comme d'autres, pour sauver des subventions et mutualiser leurs moyens. Mais des habitants y voient un nouveau coup portĂ© Ă la ruralitĂ©.Sur un plateau d'altitude bordĂ© de sapins, Hotonnes, Le Grand Abergement, Le Petit Abergement et Songieu ont toujours chacun leur Ă©glise, leur cimetiĂšre et leur fronton oĂč il est inscrit "mairie".
Mais sur le papier désormais un seul nom: Haut Valromey. Avec ses 108 km2, c'est devenu la plus vaste commune du département. Pour 713 habitants.
Quelque 900 autres en France se sont mariées en début d'année. Un geste encouragé par le gouvernement qui a promis que toute commune nouvelle verrait son niveau de dotations maintenu sur trois ans, quand la plupart perdent 10 à 25% des ressources de l'Etat.
La bague en vaut-elle la chandelle ? Dans les finances locales, cette union permet de sauver un peu plus de 20.000 euros de subventions cette année, sur une enveloppe d'environ 300.000 euros, indique la préfecture.
Les habitants, eux, sont perplexes.
- 'Il aurait fallu un référendum' -
"On n'a pas été consulté et on n'avait pas assez d'informations. Tout cela s'est un peu fait dans la précipitation", regrette Jean-Yves Duroux, jeune retraité rencontré en plein lavage de son 4x4 au Petit Abergement.
A quelques kilomÚtres de là , comme chaque semaine à la mairie - désormais "déléguée - du Grand Abergement, les plus anciens refont le monde, entre deux parties de Scrabble et deux tournées de chocolats.
"Il aurait fallu convoquer un référendum", abonde cet éleveur à la retraite qui porte toujours son bleu de travail. Cela s'est parfois produit, ailleurs, quand l'accord des élus municipaux n'était pas suffisant pour une fusion.
"Les communes ont beaucoup de choses en commun et on pourra peut-ĂȘtre mutualiser le matĂ©riel de nettoyage ou de dĂ©neigement", tempĂšre sa voisine de table.
Tous se souviennent surtout de la grande Ă©poque oĂč chaque village avait sa fruitiĂšre Ă comtĂ© (atelier de fabrication du fromage, ndlr). Il y avait des Ă©leveurs Ă tout bout de champ, des hĂŽtels et la foule allait skier aux Plans d'Hotonnes.
Depuis, la désertification rurale a fait son ?uvre. Il ne reste aujourd'hui qu'une dizaine d?éleveurs et les fruitiÚres ont disparu. Une école, un bistrot et une supérette ont subsisté. Seul un abattoir à Hotonnes continue de faire battre le c?ur agricole du pays.
- Le casse-tĂȘte du nom des rues -
On craint moins, d'ailleurs, une hausse des impĂŽts que la mort de ces territoires.
"La ruralitĂ© en prend encore un coup. J'ai l'impression que l?Ătat veut faire passer en force ces regroupements de communes avec une incitation pas forcĂ©ment intĂ©ressante. On veut faire des Ă©conomies et on Ă©teint les villages mais moi je dis, ce sont nos villages qui s'Ă©teignent", juge cet ancien conseiller municipal affairĂ© Ă rĂ©parer son tracteur.
Dans l'entourage du nouveau maire, on veut rassurer: "l'administration va ĂȘtre regroupĂ©e mais les villages gardent leur identitĂ©". Et "on va mutualiser nos moyens", par exemple, en renĂ©gociant les contrats d'assurance.
Mais est-ce vraiment de la rationalisation quand il faut parcourir 11 kilomĂštres pour rallier d'un bout Ă l'autre la nouvelle commune ? Et que dire du nouveau conseil municipal ? Avec ses 42 Ă©lus, aucune des quatre mairies n'a la place de les accueillir et il doit se rĂ©unir dans la salle des fĂȘtes.
Sans compter les querelles de clocher, un des anciens maires ayant dénoncé un nouveau "management de type Dieu le PÚre" dans La Voix de l'Ain, le journal local. Vexé de ne pas avoir été désigné "super" maire du nouvel ensemble, selon certains.
"Fusionner n'est pas un acte anodin. Il faut des affinitĂ©s et travailler dĂ©jĂ en commun sur les Ă©coles, les repas aux personnes ĂągĂ©es. Il ne faut pas que l'aspect financier soit la seule motivation. Car quand vous fusionnez, vous perdez quand mĂȘme la personnalitĂ© morale. Par exemple, si chaque village avait sa +rue de la mairie+, il faudra s'entendre pour n'en garder qu'une seule", insiste Christian Cuchet Ă la prĂ©fecture.
Quant Ă choisir l'endroit oĂč poser les panneaux au nom du Haut Valromey... pour l'instant, le nouveau maire ne s'y est pas risquĂ©.
Par Anthony LUCAS - © 2016 AFP


Les fusions des petites communes est un prĂ©texte pour supprimer purement et simplement lâĂ©chelon des maires, les plus proches reprĂ©sentants du peuple. Câest lâanalyse de lâUPR dans « Les euro-rĂ©gions et l'objectif des redĂ©coupages territoriaux en France » minilien.fr/a0afry