Menacé d'extinction

Dans le Haut-Rhin, une pouponniĂšre pour sauver le grand hamster d'Alsace

  • PubliĂ© le 1 aoĂ»t 2020 Ă  12:59
Un grand hamster d'Alsace dans un élevage à Jungholtz, le 23 juillet 2020

"Partout, il régresse": à Jungholtz (Haut-Rhin), le principal élevage de grands hamsters d'Alsace tente depuis des années d'enrayer le déclin de ce petit rongeur, autrefois abondant en Europe mais désormais au bord de l'extinction, victime de la monoculture et de l'urbanisation.

Installée depuis 2015 au pied des Vosges dans une ancienne cartonnerie, cette pouponniÚre d'un genre particulier accueille actuellement quelque 650 "cricetus cricetus", nom scientifique du grand hamster.

D'ici peu, quand les derniÚres femelles auront mis bas, ils seront "environ 700", explique Célia Schappeler, 28 ans, l'une des deux soigneuses de cet élevage qui lùche chaque année dans la nature alsacienne entre 500 et 700 grands hamsters.

Pour pénétrer dans les deux salles d'élevage, masque, blouse et surchaussures sont obligatoires. Devant les piÚces, des bacs remplis d'un liquide rose sont dévolus à la désinfection des pieds : pas question que le moindre germe extérieur contamine ces fragiles pensionnaires, répartis dans 500 cages.

Empilées sur quatre niveaux, chacune abrite alternativement un mùle et une femelle, afin d'habituer l'un à l'autre dans la perspective de la reproduction. A l'intérieur, une litiÚre de copeaux et un parpaing de brique sert de terrier à ces petits rongeurs d'une vingtaine de centimÚtres aux allures de peluches.

- "Danger critique" -

Sur chaque porte grillagée, une réserve d'eau et un bac rempli de granules de céréales, agrémentés deux fois par semaine par des pommes, des grillons et des vers de farine.

La température est méticuleusement régulée : une dizaine de degrés pendant la période d'hibernation (octobre à mars), une vingtaine le reste de l'année, notamment pendant la reproduction (avril à juillet).

L'objectif : recréer autant que faire se peut les conditions extérieures afin que les hamsters ne soient pas trop désorientés une fois lùchés dans la nature. Ceux qui naissent à Jungholtz sont relùchés au bout de un ou deux ans. Munis d'une puce, ils sont ensuite suivis par l'Office français de la biodiversité (OFB), explique Jean-Paul Burget, 62 ans, président de l'association Sauvegarde Faune Sauvage, qui gÚre cet élevage, le plus important d'Alsace.

Les lùchers s'avÚrent souvent périlleux pour les rongeurs, dont "70%" meurent dans l'année, explique M. Burget, qui ferraille depuis des décennies pour sauver cet animal, également appelé "hamster d'Europe" ou "cochon de seigle", et dont la population se réduit de plus en plus.

"Quand j'ai commencĂ© les comptages Ă  la fin des annĂ©es 1970, il y en avait 4.000 dans le Haut-Rhin, et 10.000 dans le Bas-Rhin. Aujourd'hui, ils doivent ĂȘtre entre 700 et 800 au total" en libertĂ© en Alsace, s'alarme cet ancien soigneur du zoo de Mulhouse.

- "EspĂšce parapluie" -

Une situation dramatique, récemment relevée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui a classé le rongeur "en danger critique", redoutant que cette "espÚce parapluie" - sa protection entraßne celle de plusieurs autres espÚces - ne disparaisse d'ici à une trentaine d'années.

En France, le grand hamster, présent uniquement en Alsace, est protégé depuis 1993 et des plans de conservation ont été lancés. Insuffisant pour M. Burget, à l'origine de la plainte contre la France qui avait débouché en 2011 sur un rappel à l'ordre de la Cour européenne de justice. Celle-ci avait jugé insuffisantes les mesures de protection de l'animal.

Car depuis, sa présence continue de régresser "partout : en Alsace, en Allemagne, en Europe de l'Est... La monoculture du maïs a foutu en l'air toute la biodiversité", s'énerve ce sexagénaire au caractÚre bien trempé, qui rappelle que le grand hamster a besoin pour survivre d'un "biotope favorable", avec des cultures diversifiées (blé, luzerne...)

Sans compter l'urbanisation, qui le met Ă©galement Ă  mal : les dĂ©fenseurs de l'environnement se sont notamment insurgĂ©s contre le contournement autoroutier de Strasbourg (GCO), en service fin 2021 et qui passe par une des rares zones oĂč le grand hamster vit encore, mĂȘme si des lĂąchers compensatoires ont eu lieu.

Face à tout cela, Jean-Paul Burget refuse pourtant de se résigner : "Il faut sauver le grand hamster", martÚle-t-il, disant sa détermination, s'il le faut, "à porter plainte contre la France" de nouveau auprÚs des instances européennes. "Et là, ça coûtera encore plus cher", prévient-il.

AFP

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