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Dans les Pouilles, les oliviers millénaires se meurent de la xylella

  • PubliĂ© le 16 fĂ©vrier 2016 Ă  13:46
Des oliviers infectés par la bactérie "Xylella Fastidiosa" le 11 février 2016 à Gallipoli, prÚs de Lecce dans les Pouilles en Italie

"Vous voyez cet olivier ? Il a plus de mille ans: il a survécu aux guerres, au feu et il se meurt de la xylella", confie Federico Manni, dépassé comme ses confrÚres oléiculteurs des Pouilles par la maladie qui dessÚche ces arbres symboles du sud de l'Italie.


Face à cet olivier majestueux mais désormais malade, devant lequel il a fait ses photos de mariage, le jeune porte-parole du comité "La voce dell'ulivo" (La voix de l'olivier) se dit "trÚs pessimiste".
L'olivier est pourtant une espÚce des plus rustiques mais face à la bactérie xylella fastidiosa, "je me sens désarmé", affirme à l'AFP l'oléiculteur, propriétaire d'oliviers prÚs de Gallipoli, au c?ur du Salento, dans le talon de la Botte. C'est de ce territoire que l'épidémie est partie.
Sur la route vers Lecce, plus au nord, les champs d'oliviers se succÚdent, façonnant ce paysage millénaire qui produit plus du tiers de l'huile italienne.
Mais sur les 10 millions d'oliviers que compte le Salento, beaucoup sont désormais secs, leurs troncs rabougris et leurs branches sans feuille. "Un désastre environnemental", se désole Federico.
Depuis plus de deux ans, les Pouilles sont touchées par cette bactérie tueuse qui fait dépérir les végétaux auxquels elle s'attaque et contre laquelle aucun remÚde n'a encore été trouvé.
Au printemps dernier, pressé par l'Union européenne, le gouvernement de Matteo Renzi a lancé un plan d'abattage, ciblant quelque 3.000 oliviers dont le sacrifice devait servir de "cordon sanitaire" pour éviter l'extension de la maladie.
Mais, saisie par plusieurs oléiculteurs, la justice a suspendu les abattages.
- Pas de certitude absolue -
"Notre expert nous a dit qu'il n'y avait pas de certitude absolue que la xylella soit la seule responsable" du dessÚchement des arbres, explique à l'AFP le procureur de la République de Lecce, Cattaldo Mota.
C'est pourquoi "nous avons voulu empĂȘcher la destruction de l'identitĂ© du paysage du Salento, qui est liĂ©e Ă  l'olivier", dans l'attente d'approfondissements scientifiques.
Une dĂ©cision locale que le conseil d'Etat, dans un arrĂȘt datant de vendredi, a nuancĂ©e: l'abattage des arbres est dĂ©sormais permis aprĂšs avoir "au prĂ©alable demandĂ© l'accord du propriĂ©taire et lui avoir permis d'effectuer des analyses".
Les autoritĂ©s italiennes ont levĂ© la semaine derniĂšre "l'Ă©tat d'urgence xylella", mais la situation reste quand mĂȘme "des plus prĂ©occupantes", affirme Ă  l'AFP Gianni Cantele, le prĂ©sident rĂ©gional de la Coldiretti (la principale confĂ©dĂ©ration de cultivateurs, ndlr).
Car la maladie, véhiculée par un insecte, "continue à progresser", ajoute-t-il.
PropriĂ©taire de 270 hectares Ă  Caprarica di Lecce, Ă  une trentaine de kilomĂštres au nord de Gallipoli, Pantaleo Piccinno est ainsi de ceux dont les oliviers centenaires, qu'il cultive de façon biologique depuis vingt ans, commencent Ă  ĂȘtre touchĂ©s.
"Heureusement, la maladie Ă©tant progressive, l'arbre continue Ă  produire lĂ  oĂč les feuilles sont encore vertes", explique l'olĂ©iculteur, prĂ©cisant que la maladie "n'a aucune incidence sur la qualitĂ© de l'huile".
La production, certes, se poursuit en partie dans les zones peu ou pas infectées mais avec une conséquence sur le prix de l'huile: selon une étude récente réalisée dans sept pays de l'UE, il a augmenté en 2015 de 20% à cause de la crise de la xylella.
Pour Gianni Cantele, ce problÚme phytosanitaire risque à terme de concerner "tout l'arc méditerranéen", car la xylella, déjà repérée en Corse, a également été décelée dans le sud-est de la France.
"Le problĂšme est qu'une fois qu'elle s'insĂšre dans un environnement, la xylella est trĂšs difficile Ă  Ă©radiquer", d'oĂč l'interdiction pour l'instant de replanter sur des sols a priori contaminĂ©s, un vrai problĂšme pour le futur, explique M. Cantele.
Le commissaire européen chargé de la Santé et de la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, "a entendu nos arguments", affirme-t-il, relevant que la Commission européenne semble avoir accordé davantage de temps à l'Italie pour trouver une solution.
A demi-mot, les olĂ©iculteurs posent les termes d'un compromis: ils veulent conserver les arbres les plus anciens, le "patrimoine du Salento", et en contrepartie seraient prĂȘts Ă  abattre les plus jeunes Ă  condition qu'on les autorise Ă  replanter.
Mais ce qu'ils espĂšrent avant tout, c'est que la science trouve enfin un traitement.
La gorge nouée, Pantaleo Piccinno confie pour sa part qu'il ne souhaite pour rien au monde voir "ce que jamais personne n'avait vu avant: (ses) oliviers mourir".

Par Veronique DUPONT - © 2016 AFP
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