Privés cet été du tremplin des JO de Tokyo, confrontés aux crises sanitaire et économique, les organisateurs des Jeux olympiques et paralympiques de Paris-2024 voient le chemin se rétrécir, entre contraintes budgétaires et risques de promesses non tenues.
"Il y aura des jours meilleurs, c'est certain", a résumé, le 28 juin dernier, le président du comité olympique français Denis Masseglia. Devant son assemblée générale, il a reconnu que les "perspectives ne sont pas au beau fixe pour Tony (Estanguet) et ses équipes" du comité d'organisation (COJO), entre "crise sanitaire", "report des Jeux de Tokyo" et "inquiétude sur la reprise économique doublée d'une éventuelle deuxiÚme vague pandémique".
A quatre ans de la cérémonie d'ouverture, le triple champion olympique de canoë refuse de céder au pessimisme. "Ce projet, il apporte la possibilité de montrer une France enthousiaste, qui va accueillir le monde", avec "5 milliards d'euros de marchés" à la clé, a-t-il affirmé mardi, en marge de la présentation du "club Paris 2024", destiné à associer le grand public aux Jeux.
- Plus cher ? -
Mais la rĂ©alitĂ© est lĂ . D'un cĂŽtĂ©, le COJO, responsable de l'organisation des Ă©preuves -- plus de 300 --, des cĂ©lĂ©brations et des sites provisoires, va devoir faire des Ă©conomies car les revenus attendus des sponsors s'annoncent plus modestes. La barre Ă©tait fixĂ©e Ă 1,1 milliard d'euros, sur un budget total de 3,8. "C'Ă©tait une ambition qui Ă©tait assez prudente. Aujourd'hui, elle devient une vraie ambition qu'il va falloir aller chercher", reconnaĂźt Estanguet, mĂȘme si "entre 30 et 40% de la cible (est) dĂ©jĂ atteinte".
De l'autre cĂŽtĂ©, Ă la Solideo, l'Ă©tablissement public chargĂ© des grands chantiers qui vont dĂ©marrer en 2021, comme le village olympique Ă Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) oĂč seront accueillis les 10.500 athlĂštes, on s'attend aussi Ă voir l'addition grimper, notamment Ă cause d'une hausse des coĂ»ts dans le BTP. Ainsi, la facture totale prĂ©visionnelle du centre aquatique, qui se dressera en face du Stade de France, toujours Ă Saint-Denis, est passĂ©e de 113 Ă 174,7 millions d'euros.
L'histoire va-t-elle se répéter pour Paris-2024, condamnée comme les éditions précédentes à voir son budget flamber ? Sous couvert d'anonymat, un acteur du projet résume l'équation : "soit on augmente l'enveloppe" de la Solideo, qui s'élÚve à 3 milliards d'euros, dont 1,5 milliard de fonds publics de l'Etat et des collectivités, "soit il faudra couper dans les projets".
- Seine-Saint-Denis -
Qu'il semble loin le temps oĂč, fin dĂ©cembre 2019, les Ă©quipes du COJO annonçaient, enthousiastes, deux sites supplĂ©mentaires, l'un pour le surf Ă Tahiti, sur "la plus belle vague du monde" de Teahupo'o, l'autre sur la prestigieuse place de la Concorde Ă Paris pour les sports dits urbains (escalade, basket 3x3, BMX freestyle, breakdance, skateboard).
DĂ©sormais, l'ensemble de la carte de Paris-2024 est en train d'ĂȘtre revue et "il y aura peut-ĂȘtre un jeu de chaises musicales", comme ce fut dĂ©jĂ le cas en 2018 aprĂšs une premiĂšre alerte sur les coĂ»ts, affirme Estanguet, qui envisage de "mutualiser" certains sites. Lesquels ? Les regards semblent braquĂ©s sur la zone olympique du Bourget, oĂč doivent se tenir les Ă©preuves de tir, de volley-ball, et oĂč doivent se dresser le centre et le village des mĂ©dias, reconverti comme le village olympique en quartier de logements aprĂšs les JO.
Sans s'avancer, Tony Estanguet pointe les retards dans la livraison des lignes 16 et 17 du métro du Grand Paris, qui ne desserviront probablement pas le secteur à temps. Et d'ajouter, à propos du village des médias, qu'"il n'y a pas de besoin fort pour Paris-2024" et que "ce sera aux acteurs publics de voir : est-ce qu'ils veulent adapter (sa) dimension, est-ce qu'on le laisse tel quel?".
Les nĂ©gociations s'annoncent tendues avec les Ă©lus de Seine-Saint-Denis, oĂč les acteurs des Jeux ont toujours promis un hĂ©ritage fort, dĂšs l'Ă©poque de la candidature française.
"Le coeur des JO, c'est la Seine-Saint-Denis, c'est une condition de l'engagement de la Seine-Saint-Denis dans ce projet", tonnait début juillet le président de son conseil départemental, Stéphane Troussel. "Il n'est pas question de dépouiller notre territoire de l'héritage des Jeux", ajoutait-il. Un premier dossier chaud pour le préfet Michel Cadot, qui a succédé mercredi au nouveau Premier ministre Jean Castex comme délégué interministériel aux JO.
AFP

