Entre les meurtres et les enlÚvements inexpliqués et la présence massive de l'armée birmane accusée d'exactions, les musulmans rohingyas de l'ouest de la Birmanie, qui n'ont pas fui lors des derniers heurts, vivent la peur au ventre.
La zone est en partie vidée et de nombreux villages détruits aprÚs les opérations militaires lancées en octobre en représailles à des raids meurtriers de groupes armés contre des postes-frontiÚres.
Quelque 70.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh et 22.000 autres ont été déplacés à l'intérieur du pays - sur un total de 1,2 million en Birmanie - pour fuir ce que l'ONU a qualifié de "politique de la terreur". "Nos maris sont en fuite. Ils nous ont quittés parce qu'ils ont peur des gardes-frontiÚres", explique à l'AFP une femme rohingya, qui a demandé à conserver l'anonymat pour des raisons de sécurité.
Pour la premiÚre fois depuis le début de l'opération de l'armée, la presse internationale a eu accÚs à cette région reculée du nord de l'Etat Rakhine à la frontiÚre avec le Bangladesh lors d'un voyage organisé par le gouvernement. "Ils ont brûlé notre maison. Nous n'avons plus rien à manger et nos maris se cachent", ajoute-t-elle.
Les grandes manoeuvres militaires sont passées mais la zone reste bouclée et l'armée continue à lancer des raids sur ce qu'elle appelle les "camps d'entrainement des terroristes".
L'ONU estime que des centaines de personnes auraient Ă©tĂ© tuĂ©es en quelques mois lors de ce qui pourrait ĂȘtre l'Ă©pisode le plus sanglant de la longue persĂ©cution des musulmans rohingyas de Birmanie.
TraitĂ©s comme des Ă©trangers en Birmanie, un pays Ă plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides mĂȘme si certains vivent dans le pays depuis des gĂ©nĂ©rations. Et au milieu de ce chaos, un nouveau danger a Ă©mergĂ© pour les civils: des dizaines d'hommes ont Ă©tĂ© enlevĂ©s et assassinĂ©s par des gangs inconnus. Selon les mĂ©dias officiels, ces bandes se dĂ©placeraient tout habillĂ©es de noir et souvent masquĂ©es.
Les autorités y voient la main de militants extrémistes rohingyas qui ciblent des dirigeants de la minorité musulmane ou quiconque perçu comme un collaborateur de l'Etat birman.
Richard Horsey, consultant pour l'International Crisis Group confirme qu'une soixantaine de personnes auraient été la cible d'une campagne pour "se débarrasser des musulmans qui sont en quelque sorte liés aux autorités".
- Menaces de mort et fatwas -
Début juillet, des hommes non identifiés ont ainsi débarqué dans le village de Maung Hnama en pleine nuit et traßné Atthu Suwan hors de son lit. Une fois dehors, il a été poignardé. L'homme ùgé de 44 ans avait travaillé comme traducteur pour des fonctionnaires locaux, ont expliqué sa famille et ses amis aux journalistes. "Je n'ai pas pu manger depuis qu'ils ont pris mon fils", explique Moeyeyan Khatu, sa mÚre, dont la tristesse déforme le visage buriné.
"Nous craignons que les meurtres se reproduisent", renchérit Hanumyar, 67 ans, un voisin.
Le gouvernement accuse l'Arakan Rohyngya Salvation Army (ARSA), un nouveau groupe de militants qu'il pense financé par des fonds étrangers, de ces meurtres. Ce groupe avait revendiqué les attaques des postes-frontiÚres en octobre qui ont déclenché la répression. Ces opérations militaires ont été accompagnées de meurtres, de viols, de torture, d'aprÚs les récits faits par les Rohingyas réfugiés au Bangladesh.
L'armĂ©e mais aussi le gouvernement birman emmenĂ© par l'ex-dissidente et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, rejettent avec force ces accusations. Et le pouvoir a refusĂ© l'offre d'envoi d'une mission d'enquĂȘte onusienne consacrĂ©e aux exactions. Ces derniers temps en Etat Rakhine, le climat de terreur s'est alourdi: des menaces de mort et des fatwas ont circulĂ© sur les rĂ©seaux sociaux visant tous ceux qui osent s'opposer aux militants rohingyas, selon plusieurs analystes et sources rohingyas.
Le nouveau chef du village de Tinmay explique que son prédécesseur a été tué en avril aprÚs avoir parlé aux journalistes locaux. "Je ne dors pas à la maison", raconte-t-il, sans révéler son nom. "mais dans un avant-poste de la police."
AFP


