Pour la barbe

Dans son usine cinquantenaire, Bic veut (un peu) verdir ses rasoirs jetables

  • PubliĂ© le 22 octobre 2023 Ă  09:49
  • ActualisĂ© le 22 octobre 2023 Ă  09:58
Des rasoirs Bic emballés à l'usine de production de Longueil-Sainte-Marie, le 19 octobre 2023 dans l'Oise

Du plastique recyclé dans le rasoir : le groupe Bic, fabricant de stylos, rasoirs et briquets jetables, tente timidement de corriger son image d'incarnation d'une consommation peu soucieuse de la ressource.

Deux tas de manches de rasoirs sont posés cÎte-à-cÎte et rien ne les distingue, hormis la nuance d'orange, un peu moins franche pour celui de gauche. Et pour cause, il contient du polystyrÚne recyclé, en provenance de réfrigérateurs.

"La couleur ne sera pas la mĂȘme, mais pour le consommateur, ça sera un produit qui restera satisfaisant", estime jeudi Sophie Legrand, directrice de l'usine Bic de Longueil-Sainte-Marie (Oise), oĂč 200 salariĂ©s produisent quotidiennement 2,8 millions de rasoirs.

Le groupe Bic, numéro un mondial des briquets et numéro deux des stylos, s'est fixé comme objectif d'incorporer 20% de plastique recyclé dans l'ensemble de ses produits d'ici 2025, et 50% d'ici 2030.

Pour les rasoirs, le procédé industriel est en phase d'essais pour un démarrage de la production courant 2024.
"Faire un rasoir sans aucun plastique, aujourd'hui, on n'a pas la solution", dit Mme Legrand, évoquant le surcoût que représenterait un rasoir avec un manche en bois, alors que l'usine exporte 90% de sa consommation, vers l'Europe, mais également "en Afrique, au Moyen-Orient, qui sont trÚs sensibles au prix".

L'usine de Longueil-Sainte-Marie a fĂȘtĂ© jeudi ses 50 ans, devant de hauts dirigeants du groupe et quelques visiteurs, qui ont pu observer les douze Ă©tapes successives pour fabriquer les 7 Ă  8 millions de lames produites chaque jour, Ă  partir des bobines de "feuillard", 50 kilos d'acier enroulĂ©, qui vont donner environ 200.000 lames chacune.

Affutage, découpe, traitement chimique, avec dépÎts de chrome pour améliorer la solidité de la lame, puis de téflon pour améliorer sa glisse: dans un bocal, les contrÎleuses inspectent minutieusement toutes les lames, par lots de 1.200, enfilées en baïonnette, à l'affût de défauts qui les rendraient impropres à la commercialisation.

"On investit beaucoup pour augmenter la productivité et intégrer de nouvelles technologies. Entre 2022 et 2024, on a environ 4 millions d'euros d'investissements sur l'usine", explique Mme Legrand.

- La disponibilité du plastique recyclé -

L'incorporation de matiĂšre recyclĂ©e, elle, ne nĂ©cessite pas d'investissement Ă  proprement parler. Les machines sont les mĂȘmes, seuls les procĂ©dĂ©s industriels sont Ă  ajuster, selon le groupe.

"Toute la problématique, c'est avoir la quantité suffisante de matiÚre recyclée disponible sur le marché, puisqu'il n'y a pas que Bic qui s'engage dans le développement durable, toutes les entreprises le font", assure la dirigeante, qui indique que le groupe est en pourparlers pour contractualiser avec un fournisseur, dont il tait le nom à ce stade.

Lorsqu'on Ă©voque le fait que, mĂȘme produits Ă  partir de plastique recyclĂ©, les produits resteront jetables, la gĂȘne est palpable.
"Ce ne sont pas des rasoirs Ă  usage unique", rĂ©torque Mme Legrand: certains consommateurs peuvent "utiliser pendant plusieurs mois le mĂȘme rasoir". Elle souligne que le groupe, Ă  cĂŽtĂ© des rasoirs monobloc, produit Ă©galement des rasoirs rechargeables.

Pour Charlotte Soulary, responsable du plaidoyer de Zero Waste France, cela "reste un produit Ă  usage court": "le rasoir jetable, ce n'est pas un produit qui a de sens d'un point de vue environnemental, mĂȘme si on essaie de le modifier Ă  la marge", juge-t-elle.
Globalement, la grande majorité des émissions de gaz à effet de serre de Bic sont indirectes, liées notamment à ses approvisionnements en matiÚres premiÚres dont le plastique; ces émissions indirectes ne devraient baisser que de 5% d'ici 2030, par rapport à 2019, selon le plan du groupe.

Selon l'ONG, le prix d'achat devrait intégrer "le coût environnemental" du produit. Si la taxation évolue en ce sens, "ça aura des effets sur le marché, inévitablement", souligne-t-elle.

Car pour l'heure, mĂȘme en Europe, parmi les rĂ©gions les plus ambitieuses en matiĂšre de dĂ©veloppement durable, le rasoir orange et blanc, connu Ă©galement pour son prix abordable, cartonne, portĂ© par le contexte inflationniste.

"On est à +20% en Europe en chiffre d'affaires, on gagne des parts de marché dans 19 pays sur 20, c'est souvent le cas dans un contexte économique difficile", indique Henri Nicolau, directeur général de Bic pour la France.

AFP

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