Dans un fief industriel américain, "les gens lambda ne s'en sortent pas"

  • PubliĂ© le 19 octobre 2026 Ă  13:42
  • ActualisĂ© le 19 octobre 2026 Ă  13:49
Des personnes assistent Ă  une fĂȘte prĂšs d'anciens hauts-fourneaux Ă  Bethlehem, en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, le 4 octobre 2026

Au pied d'anciens hauts fourneaux gagnés par la rouille, des travailleurs américains s'offrent une sortie en famille.

Parmi eux, des électeurs de Donald Trump "un peu déçus", mais pas prÚs de renier leur vote.

A Bethlehem (Pennsylvanie, est des États-Unis), la grande aciĂ©rie s'est tue Ă  la fin des annĂ©es 1990.

La friche industrielle, en partie reconvertie, accueille une Oktoberfest : quelques participants en costume bavarois, de grands bocks de biÚre, un écran qui diffuse un match de football américain.

Casquette et veste à motif camouflage, Nev Hamm vivait "juste à cÎté de l'usine quand elle tournait encore".

"Ça marchait bien mais tout a Ă©tĂ© bradĂ© pour produire moins cher ailleurs, ça nous a affaiblis", regrette le couvreur en bĂątiment de 62 ans, sĂ»r d'assister Ă  un "retour de l'industrie" grĂące aux politiques protectionnistes de Donald Trump.

Certes les prix sont élevés, mais "ça s'améliorera dÚs qu'on en aura fini avec la guerre en Iran", assure-t-il.

Bethlehem est au coeur de la Lehigh Valley, un ancien bastion de l'industrie lourde.

Les ouvriers travaillent désormais dans la logistique, l'agroalimentaire (notamment la fabrication de nourriture pour chiens) et bientÎt l'industrie pharmaceutique avec l'implantation attendue d'une usine de médicaments pour la perte de poids.

Beth Piniella, 40 ans, trouve que sa famille s'en sort correctement.

Elle se considÚre "plutÎt bien payée" pour faire le ménage dans l'entrepÎt d'un distributeur d'emballages et de fournitures pour entreprises.

"Y a du bon et du moins bon" dans le bilan de Donald Trump, pour qui elle a votĂ©, estime-t-elle auprĂšs de l'AFP. A cĂŽtĂ©, son mari Brian glisse qu'il est tout de mĂȘme "un peu déçu" : "Je pensais que les prix baisseraient.

- "Coincé" -

Le district est l'un de ceux qui peuvent faire basculer la Chambre des représentants dans l'opposition à l'issue des élections du 3 novembre.
Le député sortant, le républicain Ryan Mackenzie, l'avait emporté d'une courte majorité en 2024.

Son rival démocrate, Bob Brooks, est un ancien pompier, nouveau venu en politique, qui se présente comme un porte-parole de la classe ouvriÚre.
Henry Martin, lui, envisage de snober les urnes, fĂąchĂ© avec les deux partis qui se disputent le pouvoir aux États-Unis.

"Ils mĂšnent la grande vie (...) et les gens lambda comme moi ne s'en sortent pas", juge le trentenaire, responsable d'entrepĂŽt.

Il se sent "coincé" entre son "loyer exorbitant" et les prix de vente "totalement dingues" des maisons.

A quelques kilomÚtres de là, en périphérie d'Allentown, un grand panneau appelle les automobilistes à voter Bob Brooks.

Ramona Chery travaille dans le magasin de vente de pneus situé juste en dessous.

Selon elle, l'importante communauté latino-américaine de la ville, en partie séduite par Donald Trump en 2024, est secouée par sa politique migratoire répressive et par l'inflation.

"Il y a plus de pauvreté qu'avant", constate-t-elle.

- "Marre" -

Le bureau de Mike Shupp donne sur le boulevard Mack, Ă  Allentown.

Le prĂ©sident de la section locale du syndicat automobile UAW explique que l'axe routier Ă©tait auparavant parsemĂ© de sites du constructeur du mĂȘme nom - qui fabrique des camions massifs typiquement amĂ©ricains.

"Je rĂȘve d'un rebond industriel, mais je ne le vois pas venir", soupire le syndicaliste, qui craint que l'entreprise continue de rĂ©duire la production locale au profit du Mexique.

A une vingtaine de minutes de route, la derniÚre usine Mack Trucks de la région emploie 2.800 personnes.

Invoquant notamment l'impact des droits de douane de Donald Trump, elle a annoncé jusqu'à 350 licenciements en avril 2025.

Environ 170 salariĂ©s ont finalement Ă©tĂ© renvoyĂ©s, avant d'ĂȘtre rappelĂ©s quand la conjoncture s'est amĂ©liorĂ©e. Le prĂ©sident amĂ©ricain s'est rendu sur place en juin dernier pour y vanter ses politiques.

"Ça ne m'intĂ©ressait pas d'y ĂȘtre", dit Shawn Smith, un technicien qui apporte les touches finales aux poids lourds, Ă©galement responsable syndical et soutien du candidat dĂ©mocrate dans le district.

A l'usine, dit-il, "on évite de parler politique parce que ça virerait immédiatement en dispute". Le quinquagénaire pense néanmoins que "suffisamment d'indépendants et de républicains en ont marre et vont voter pour un changement".

AFP

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