Soumis à l'intense pression de la vague de patients atteints par le coronavirus dans le pays d'Europe le plus touché par la pandémie, l'hÎpital King's College de Londres fait face, quitte à pousser les murs, et ses équipes de soignants font bloc.
"On fait du mieux qu'on peut. Et on le fait dans des conditions trÚs difficiles", explique Jenny Towsend, médecin qui intervient en soins intensifs, lors d'une visite de journalistes dans l'établissement.
L'hÎpital du sud de la capitale britannique a connu récemment un pic, avec prÚs de 800 patients atteints par le virus. Depuis le confinement - le troisiÚme au Royaume-Uni - instauré au début du mois face à l'explosion des contaminations attribuée à un nouveau variant plus contagieux, le chiffre est tombé à 630.
L'hĂŽpital a dĂ» pousser les murs. L'unitĂ© oĂč travaille la Dr Jenny Towsend, d'une capacitĂ© thĂ©orique de 16 patients, en accueille 30. Deux lits trouvent leur place dans un espace conçu pour un seul.
En temps normal, en soins intensifs, une infirmiÚre veille sur un patient. Actuellement, chacune doit s'occuper de quatre malades. Malgré ces circonstances exceptionnelles qui poussent le systÚme de santé au bord de la rupture, "on essaie de procéder au plus prÚs de ce qu'on fait en temps normal, mais il arrive, à cause du nombre de patients, qu'on doive faire des priorités entre ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas faire", explique Jenny Towsend.
Mais avec la campagne d'immunisation en cours, plus de sept millions de personnes ont été vaccinées au Royaume-Uni, "on aperçoit la lumiÚre au bout du tunnel", juge-t-elle.
- "L'impression de disparaĂźtre" -
MalgrĂ© les effets du confinement et le recul des contaminations, "les admissions continuent tous les jours Ă l'hĂŽpital", souligne-t-elle. Le rĂ©pit n'est pas pour tout de suite. "On peut ĂȘtre malade pendant 10 jours avant que le besoin en oxygĂšne grimpe et qu'ont ait besoin d'ĂȘtre placĂ© sous respirateur, je pense qu'on va encore avoir pas mal d'admissions avant peut-ĂȘtre une accalmie en soins intensifs."
HospitalisĂ© depuis la mi-janvier, Justin Flemming, patient de 47 ans, souligne l'Ă©cart "Ă©norme" qui existe "entre la perception du public de tout ça et le fait d'y ĂȘtre soi-mĂȘme".
"On ne voit pas ce qui se passe pour les patients, les médecins, la maniÚre dont ils doivent soigner dans une telle situation", souligne, assis sur son lit, ce pÚre d'un enfant de trois ans.
"Le truc" avec ce virus, "c'est que vous avez l'impression de disparaĂźtre", poursuit-il, le souffle court, Ă©voquant la terreur Ă l'idĂ©e de ne peut-ĂȘtre plus voir ses proches, "d'ĂȘtre un ami disparu, juste une statistique" parmi les 100.000 morts que dĂ©plore le Royaume-Uni.
Pour maintenir le lien avec les proches dans un contexte oĂč les visites sont inenvisageables, Berenice Page, intermĂ©diaire avec les familles, est lĂ , tablette Ă la main, pour organiser des appels vidĂ©o.
"C'est trÚs dur de voir le désespoir dans lequel se trouvent certaines familles", explique-t-elle, "on parle souvent à des gens dont les proches vont mourir". "Les médias regorgent d'informations sur le Covid, ça ne fait qu'augmenter leur anxiété", poursuit-elle, néanmoins, "ça les apaise de voir qu'ils peuvent nous parler".
Pour Felicia Kwaku, responsable des soins infirmiers, "il faut prendre chaque moment comme il vient", "chaque garde comme elle vient": "On peut tomber et se relever, ĂȘtre dĂ©moralisĂ© et se reprendre, pleurer, avoir besoin de parler Ă un collĂšgue... mais on est lĂ pour prendre soin des patients et prendre soin les uns des autres."
AFP



