"Ils sont venus pour assassiner". Ron Bahat, un habitant du kibboutz Nir Oz, attaqué par le Hamas le 7 octobre, contient mal son émotion. Ici, en bordure de la bande de Gaza, la mort plane encore.
La dévastation est partout. Les maisons sont calcinées. La vie est partie en fumée. Jeudi, M. Bahat, 57 ans, est venu sur place pour mesurer l'étendue du désastre que les combattants du mouvement islamiste palestinien ont laissé derriÚre eux.
- "Prendre la vie" -
Il désigne une maison: dans les décombres, les carcasses de meubles et d'appareils électroménagers, les restes d'une femme et de son petit-fils y ont été retrouvés, dit-il.
"Ils s'étaient réfugiés à l'intérieur de l'abri. Il y avait du sang partout", raconte-t-il. "Ils sont venus pour assassiner. Ils sont venus pour prendre la vie", répÚte-t-il.
PrÚs de 200 membres du Hamas armés de fusils automatiques ont envahi le village agricole collectiviste en s'infiltrant par trois brÚches ouvertes dans sa clÎture.
D'aprÚs les estimations des responsables de cette communauté, environ un quart de ses 400 habitants ont été tués, kidnappés ou sont portés disparus.
- Pelouses autrefois verdoyantes -
Samedi 7 octobre, Ă l'aube, des hommes du mouvement islamiste palestinien ont pĂ©nĂ©trĂ© par surprise Ă l'intĂ©rieur de ce lieu jusqu'alors paisible, oĂč les maisonnettes Ă©taient posĂ©es sur des pelouses autrefois verdoyantes, bordĂ©es de fleurs et d'eucalyptus.
Depuis le début de la guerre déclenchée il y a 13 jours entre Israël et le Hamas, à la suite de l'attaque du mouvement islamiste sur le sol israélien, plus de 1.400 personnes, en grande majorité des civils, ont été tuées et 203 autres prises en otages, selon les autorités israéliennes.
Ron Bahat reconnaĂźt qu'il est compliquĂ© d'obtenir des nombres prĂ©cis sur le bilan des morts. Des corps ont encore Ă©tĂ© dĂ©couverts ces jours-ci, tandis que d'autres attendent d'ĂȘtre identifiĂ©s, une opĂ©ration rendue compliquĂ©e du fait de l'Ă©tat des corps.
C'est en maintenant fermĂ©e pendant huit heures et demie la porte de l'abri oĂč il se trouvait avec les siens que Ron Bahat a Ă©tĂ© sauvĂ©, en dĂ©pit des tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es des combattants du Hamas d'enfoncer la porte. Ils n'ont toutefois pas eu recours Ă des grenades ou Ă des explosifs pour entrer comme ils ont pu le faire dans d'autres maisons, selon lui.
"Nir Oz Ă©tait l'un des meilleurs endroits oĂč vivre", confie M. Bahat.
L'AFP a pu visiter le kibboutz grùce à un accÚs organisé par l'armée israélienne, l'un des premiers déplacements autorisés à des médias sur les lieux du drame.
PrÚs de deux semaines aprÚs cette journée sanglante, les signes de l'attaque sont encore frais. Du linge est encore suspendu à des cordes et des vélos d'enfants sont jetés au sol, dans les jardins, à cÎté des maisons incendiées.
Le chef de la sécurité de Nir Oz, Shachar Butler, 40 ans, a été l'un des rares jeudi à retourner dans le kibboutz, afin d'enterrer un ami proche.
"C'est inimaginable", soupire-t-il. Il raconte qu'aprÚs le déclenchement d'une alarme, il a vu plus d'une dizaine d'hommes armés entrer dans sa cour et lancer des grenades sur sa maison.
- "Je lui tirais dessus" -
"Chaque fois que quelqu'un essayait de toucher ma fenĂȘtre, je lui tirais dessus", se souvient-il. "Les gens qui sont sortis, ont Ă©tĂ© kidnappĂ©s, tuĂ©s, exĂ©cutĂ©s, massacrĂ©s".
Tous les survivants du kibboutz ont été évacués aprÚs l'attaque.
L'armĂ©e israĂ©lienne a depuis pris position sur le village situĂ© Ă quelques kilomĂštres seulement de la bande de Gaza, contrĂŽlĂ©e par le Hamas et qui continue d'ĂȘtre pilonnĂ©e en reprĂ©sailles par IsraĂ«l.
Les responsables du Hamas estiment que plus de 3.700 Palestiniens ont été tués lors des bombardements sur le petit territoire peuplé de 2,4 millions de Palestiniens et soumis à un siÚge complet depuis le début de la guerre.
Alors que l'armĂ©e se prĂ©pare Ă une Ă©ventuelle opĂ©ration terrestre dans la bande de Gaza, des habitants admettent qu'il est difficile d'imaginer comment un terrain d'entente pourra ĂȘtre trouvĂ© Ă l'avenir.
"Nous avons marchĂ© dans nos champs, nous les avons cultivĂ©s en espĂ©rant qu'un jour, peut-ĂȘtre, il y aurait une solution" pacifique.
C'est désormais impossible, "un virage à 180 degrés" a été pris, dit-il. On entend au loin résonner les explosions des frappes aériennes, des tirs de mortier ainsi que les coups de feu.
AFP


