Déconfinement

Dans un zoo de la Loire, "le bout du tunnel" avant le "boom" de la réouverture

  • PubliĂ© le 18 mai 2021 Ă  11:09
  • ActualisĂ© le 18 mai 2021 Ă  14:48
Pierre Thivillon, propriétaire du parc zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, donne à boire à un gorille, le 17 mai 2021 deux jours avant la réouverture au public

"Tu vas avoir des visiteurs; tu vas pouvoir leur faire peur": au milieu d'un enclos XXL, protégé par une cage en fer, Pierre Thivillon plaisante avec un gorille avachi, à quelques heures de pouvoir rouvrir au public son parc zoologique de Saint-Martin-la-Plaine (Loire).

"Je suis dans le mĂȘme Ă©tat que lorsqu’on a ouvert il y a 50 ans", confie le septuagĂ©naire, qui malgrĂ© de rĂ©cents problĂšmes de santĂ©, continue de tout rĂ©genter de la vie de ce parc situĂ© face au massif du Pilat. Le fondateur n’est pas mĂ©content de tourner enfin la page de ces six mois de fermeture imposĂ©s par l’épidĂ©mie - "une vraie galĂšre", source d’une "trĂšs grande angoisse"."On a l’impression de voir le bout du tunnel", espĂšre-t-il.

Au volant d’une voiturette de golf, l’homme arpente inlassablement les chemins escarpĂ©s de ce zoo de taille moyenne oĂč jardiniers, maçons et soigneurs s’affairent pour que tout soit prĂȘt mercredi Ă  9H00. "- Vous pouvez travailler cette nuit aussi !", lance-t-il aux hommes au travail. "On speede un max !", lui rĂ©pond-on.

"LĂ©on ! lĂ©on ! lĂ©on !". Partout dans les allĂ©es, les braillements des paons brisent le faux calme ambiant. Un concert qui fait Ă©cho aux dĂ©broussailleuses qui s’activent d’un coup au loin pour Ă©galiser des talus luxuriants aprĂšs les fortes pluies des jours prĂ©cĂ©dents. Alors qu’un employĂ© redonne de l’éclat aux marquages au sol indiquant les sens de circulation, pour beaucoup dĂ©lavĂ©s par l’hiver, Pierre Thivillon s’agace : "On a quand mĂȘme Ă©tĂ© les oubliĂ©s dans cette crise. On aurait pu rouvrir dĂšs le printemps, parce qu’en extĂ©rieur les risques de contamination sont quasi nuls !"

- Cagnotte -

Comme l’étĂ© dernier, le parc a dĂ» s’adapter. Les repas en public des animaux, trĂšs apprĂ©ciĂ©s des visiteurs, sont Ă  l’arrĂȘt pour Ă©viter les cohues, et le vivarium, trop petit pour permettre une rĂ©elle distanciation physique, demeurera fermĂ©. Jessica Bernard, soigneuse, nettoie patiemment vitres et litiĂšres d’un enclos dans la serre rĂ©servĂ©e aux primates, oĂč rĂšgne une tempĂ©rature agrĂ©able. "Un entretien quotidien", rappelle la jeune femme, qui devine chez certains animaux la hĂąte de retrouver les interactions avec les visiteurs. "Les gibbons, par exemple, ils demandent de l’attention."

Comme elle, 35 employĂ©s sur 40 ont continuĂ© Ă  Ɠuvrer pendant la fermeture, distribuant une tonne de nourriture chaque jour aux 900 animaux peuplant le parc. "5.000 euros Ă  sortir tous les jours", d’aprĂšs M. Thivillon.

GrĂące Ă  une trĂ©sorerie solide, et au soutien de l’Etat Ă  travers notamment du fonds de solidaritĂ©, le zoo créé par la famille Thivillon en 1972 a pu survivre. Sur internet, une cagnotte lancĂ©e par une inconditionnelle des lieux a rĂ©uni prĂšs de 87.000 euros, grĂące Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© de plus de 2.500 donateurs. "Ça nous a permis de nous sentir moins seuls”, confesse M. Thivillon, visiblement touchĂ©.

La reprise s’annonce vigoureuse. Rien qu’avec les groupes dont les rĂ©servations n’ont pu ĂȘtre honorĂ©es l’an dernier, le planning des visites organisĂ©es est plein jusqu’à dĂ©but juin.
"Ces derniers jours, des scolaires nous contactent en permanence pour essayer de caler quelque chose avant les vacances et utiliser leur budget sortie", décrit Jérémy Boivin, chargé de pédagogie animale.

"Le 19, ça va ĂȘtre le plein boom. En plus, on annonce un temps pas trop mauvais", prĂ©dit aussi Marie-France Roca, en faisant le grand mĂ©nage dans la petite cabane accueillant les caisses Ă  l’entrĂ©e du parc. Elle craint dĂ©jĂ  de ne pas pouvoir accueillir tout le monde.

La jauge sera limitĂ©e Ă  800 personnes en simultanĂ©, alors que les bonnes journĂ©es, la frĂ©quentation peut dĂ©passer les 2.000 visiteurs. "Ça risque d’ĂȘtre compliquĂ© de dire non Ă  certaines personnes les week-ends", estime Mme Roca.
AFP

guest
0 Commentaires