Sauge, sarriette, lavande, bleuets...

Depuis la pandémie, les herbes sont plus vertes en Albanie

  • PubliĂ© le 11 juillet 2021 Ă  12:59
  • ActualisĂ© le 11 juillet 2021 Ă  14:34
Un champ de lavande Ă  Koplik, le 11 juin 2021 en Albanie

Sauge, sarriette, lavande, bleuets envahissent les prairies d'Albanie avec leurs parfums et leurs couleurs. Depuis la pandémie du coronavirus, la demande des pays occidentaux pour les herbes médicinales du petit pays des Balkans est montée en flÚche. Au pied des montagnes de Mali i Thatë, à Sheqeras, dans le sud du pays, c'est la saison du bleuet traditionnellement réputé renforcer le métabolisme et la résistance aux infections.

TĂŽt le matin, avant les grosses chaleurs, des dizaines de femmes, grands chapeaux sur la tĂȘte, cueillent Ă  la main les magnifiques fleurs au bleu Ă©clatant qui attirent papillons et abeilles. Les bleuets sĂšcheront ensuite Ă  l'abri de la lumiĂšre et seront expĂ©diĂ©s vers d'autres pays d'Europe. L'Albanie est depuis quelques annĂ©es l'un des principaux producteurs d'Europe d'herbes mĂ©dicinales -- en grande partie des plantes sauvages rĂ©coltĂ©es dans les maquis. Environ 95% de ces herbes sont exportĂ©es vers les Etats-Unis, l'Australie, la Nouvelle-ZĂ©lande, la France, l'Allemagne ou l'Italie.

Mais depuis un an et demi, la demande s'envole, la pandĂ©mie du Covid-19 ayant aiguisĂ© l'attrait d'herbes censĂ©es fortifier l'immunitĂ©, dans un contexte d'engouement du public pour les produits naturels et biologiques. "A quelque chose malheur est bon", dit Altin Xhaja, responsable d'Albfrut, qui a augmentĂ© comme bien d'autres entreprises les surfaces cultivĂ©es et intensifiĂ© la cueillette des fleurs sauvages. En 2020, l’Albanie a exportĂ© plus de 14.000 tonnes d’herbes mĂ©dicinales et aromatiques pour un chiffre d'affaires de 50 millions d’euros, soit une hausse de 15% sur un an, d'aprĂšs les donnĂ©es officielles. Sur les trois premiers mois de 2021, la hausse atteint 20%.

- Tensions commerciales -

Un boom qui reprĂ©sente une aubaine pour ce pays parmi les plus pauvres d'Europe, dont l'Ă©conomie trĂšs dĂ©pendante du tourisme a Ă©tĂ© durement affectĂ©e par la pandĂ©mie. Orties, pommiers sauvages, primevĂšres officinales et autres immortelles font vivre 100.000 Albanais, qui les utilisent eux-mĂȘmes de longue date dans les remĂšdes traditionnels. "C’est une course contre la montre, il ne faut pas perdre de temps, le bleuet des champs est le plus cher du moment, un kilo de fleurs sĂ©chĂ©es va chercher dans les 30 euros", souligne Altin Xhaja.

Tout prĂšs des champs de bleuets, un beau tapis de grandes mauves peut attendre encore un peu avant d'ĂȘtre ramassĂ©. Dans son usine de Laç, au nord de Tirana, Filip Gjoka, prĂ©sident de l'Association des herbes mĂ©dicinales et aromatiques, explique Ă  l'AFP que le secteur a Ă©galement bĂ©nĂ©ficiĂ© des tensions entre Washington et PĂ©kin. "La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a contraint beaucoup d’acteurs occidentaux Ă  tourner les yeux vers le marchĂ© albanais", dĂ©clare-t-il devant ses machines qui sĂ©parent fleurs, graines et tiges avant que des ouvriers n'en vĂ©rifient la puretĂ©.
Au total, une trentaine d'entreprises sont habilitées à exporter ces plantes utilisées en phytothérapie pour leurs propriétés anti-inflammatoires, antiseptiques voire anti-stress, servant à fabriquer des thés riches en vitamine C et antioxydants, des huiles ou des pommades.

- "S'y mettre vite"-

Sur les plateaux rocailleux du nord, c'est le royaume de la sauge officinale pour laquelle la hausse de la demande atteint 40% si bien que tous les agriculteurs se sont mis Ă  augmenter les surfaces cultivĂ©es. "C’était imprĂ©vu. Il a fallu s’y mettre vite pour rĂ©ussir Ă  y rĂ©pondre", explique Pjeter Cukaj, essuyant la sueur qui perle Ă  son front. "Ces plantes font vivre plus de 50% des familles de cette rĂ©gion", ajoute l'agriculteur qui prĂȘte Ă  la sauge, la lavande et aux herbes sauvages des "pouvoirs magiques" sur la santĂ©.

Edlira Liçaj arrache les mauvaises herbes avec une dizaine d'autres femmes. "On fait tout à la main, tout est pur, sans pesticides, sans rien", dit-elle.
Les agriculteurs se plaignent cependant des difficultés à trouver des investissements pour s'agrandir, acheter des infrastructures, du manque d'aides financiÚres distribuées au compte-gouttes.

Les professionnels rĂ©clament Ă©galement une nouvelle loi pour garantir les labels de qualitĂ© et ainsi favoriser l'expansion du secteur. En attendant, Drane Cukaj, 91 ans, mĂšre de neuf enfants et de 40 petits-enfants, impute sa longĂ©vitĂ© Ă  l'infusion de sauge qu'elle boit tous les matins: "La vie est dans les prĂ©s, la sauge est ma vie, mon amour, elle a toujours fait mon bonheur". Elle est convaincue que les herbes sauvages "aident contre le coronavirus", ce qui ne l'a pas empĂȘchĂ©e de se faire vacciner.

AFP

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