Une étude coordonnée par le CHU de Bordeaux

Des chiens formés pour traquer le Covid avec la sueur humaine

  • PubliĂ© le 30 janvier 2021 Ă  14:00
  • ActualisĂ© le 24 fĂ©vrier 2021 Ă  15:08
Entraßnement de la brigade canine des sapeurs-pompiers de Gironde à détecter la maladie du Covid, à Libourne, le 29 janvier 2021

Et si les chiens devenaient des "alliés" dans la traque du virus? En temps normal, Eliot piste des malfaiteurs ou des personnes disparues mais depuis un mois, ce berger malinois s'entraßne aussi à détecter le Covid grùce à la sueur des hommes, dans le cadre d'une étude coordonnée par le CHU de Bordeaux.

L'objectif est d'apporter une "solution complĂ©mentaire" Ă  l'heure oĂč l'"on a besoin d'une offre de dĂ©pistage Ă©largie, rapide et non invasive", souligne Thierry Pistone, infectiologue au CHU de Bordeaux qui s'est associĂ© avec Ceva santĂ© animale, 1er laboratoire vĂ©tĂ©rinaire français (5e mondial) dans ce projet prĂ©sentĂ© vendredi Ă  la presse.

Comme Eliot, le Labrador Marvel et trois autres bergers malinois et allemand, tous membres de brigades canines de la gendarmerie nationale en Nouvelle-Aquitaine et des sapeurs-pompiers de Gironde, s'entraßnent depuis le 4 janvier à Libourne, prÚs de Bordeaux, à leur nouveau "jeu": repérer des compresses de transpiration prélevée pendant 10 minutes sous les aisselles de personnes positives au Covid-19, en début d'infection.

C'est ainsi que chaque jour ou presque, des Ă©chantillons de sueur arrivent du CHU pour ĂȘtre prĂ©sentĂ©s Ă  la truffe des chiens dressĂ©s au centre de formation installĂ© par Ceva sur son siĂšge de Libourne. "Ils dĂ©tectent des matiĂšres organiques de dĂ©gradation issues de l'infection", dĂ©nuĂ©es d'expression virale, prĂ©cise Dr Pierre-Marie Borne, rĂ©fĂ©rent chez Ceva.

Au signal "Au cÎne!", les chiens se mettent au travail. AprÚs Eskiss, spécialiste de la détection de "stups", armes et munitions, le malinois Eliot plonge à son tour le museau dans une rangée de cÎnes en métal.

Soudain, il marque devant deux de ces entonnoirs, la queue remuante : à l?intérieur, se trouvent deux échantillons distincts de sueur prélevée sur des patients positifs. "C'est bien!", félicite son maßtre avant de lui présenter en récompense une friandise et son jouet préféré. Il y a encore quelques jours, ce chien de piste-défense de la gendarmerie en Dordogne était lancé sur les traces d'une personne disparue.

- Cibler le dépistage -

Baptisé Cynocov, ce projet soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine s'appuie sur la méthode Nosaïs-Covid19 développée par le Pr Dominique Grandjean de l'Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, qui vient enrichir l'immense "bibliothÚque olfactive" du chien, déjà utilisé pour la détection de certains cancers.

"En moyenne, les chiens arrivent à détecter 95 % des cas positifs au Covid-19", dit le Pr Grandjean. Cette méthode est notamment testée en Corse et selon les porteurs du projet, "40 pays travaillent sur le sujet".

AprĂšs six Ă  huit semaines de formation Ă  raison de quatre matinĂ©es par semaine, l'aptitude des chiens devra encore ĂȘtre dĂ©montrĂ©e au cours d'une Ă©tude clinique au CHU avant un Ă©ventuel dĂ©ploiement de l'outil. Objectif : mettre Ă  l'Ă©preuve leur performance sur diffĂ©rents types de prĂ©lĂšvements renvoyant Ă  diffĂ©rents terrains de la maladie, soit leur capacitĂ© Ă  apprĂ©hender des formes graves ou non graves, les sujets contagieux ou moins contagieux, symptomatiques et asymptomatiques, mais aussi ceux infectĂ©s par un variant.

En cas de succÚs, "l'outil sera principalement utilisé pour faire de la présélection" de personnes suspectes afin de "cibler les besoins en dépistage de confirmation" par le test de référence naso-pharyngé RT-PCR, explique Dr Pierre-Marie Borne, chez Ceva.

"Quand on sait qu'il va falloir faire bientÎt du dépistage de personnes a priori asymptomatiques dans toutes sortes d'espaces - écoles, Ehpad, aéroports, ce type d'outils qui offre au moins un critÚre de suspicion fort, va permettre en terme d'acceptabilité et de réactivité de faciliter ce processus", estime Pr Denis Malvy, chef du service maladies infectieuses et tropicales au CHU.

Pour le professeur, également membre du conseil scientifique, ces chiens sont "presque nos alliés dans la production d'un outil de dépistage qui aura", espÚre-t-il, "sa place dans la nécessité de gérer cette urgence sanitaire".

 AFP

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