AprÚs le départ de Hulot

Des "citoyens" mobilisés pour le climat

  • PubliĂ© le 7 septembre 2018 Ă  19:35
  • ActualisĂ© le 7 septembre 2018 Ă  20:10
Départ de Nicolas Hulot du ministÚre de la Transition écologique le 4 septembre 2018

"Est-ce que j?ai une société structurée qui descend dans la rue" pour l'environnement? A la question posée par Nicolas Hulot lors de sa démission surprise, des citoyens répondent "oui", d'abord sur les réseaux sociaux puis samedi dans la rue, sans passer par les cases ONG ou parti politique.

Rédigée "sous le coup de l'émotion", la pétition lancée sur change.org par Mathieu Hestin, consultant en développement durable de 35 ans, comptait prÚs de 100.000 signatures vendredi. PrÚs de 110.000 personnes se disaient aussi intéressées sur Facebook par la "Marche pour le climat", ce samedi à Paris, lancée par Maxime Lelong, 27 ans. Une initiative qui a essaimé à travers toute la France avec plus d'une vingtaine de rassemblements annoncés. "On prend le relais" aprÚs la démission du populaire ministre de la Transition écologique, promet un groupe Facebook créé par Alexandra Romano, cheffe d'entreprise, avec des amis.

Le dĂ©part surprise de Nicolas Hulot, combinĂ© aux Ă©vĂ©nements climatiques extrĂȘmes de cet Ă©tĂ© Ă  travers le monde, a jouĂ© un rĂŽle de dĂ©tonateur. "Mais au quotidien, qui j'ai pour me dĂ©fendre?", avait lancĂ© le ministre sur France Inter. "Est-ce que j'ai une sociĂ©tĂ© structurĂ©e qui descend dans la rue pour dĂ©fendre la biodiversitĂ©? (...) Est-ce que j'ai une union nationale sur un enjeu qui concerne l'avenir de l'humanitĂ© et de nos propres enfants?" "Il disait se sentir seul, je me suis dit +on est lĂ , il faut qu'il le sache+", raconte Ă  l'AFP Mathieu Hestin. "L'appel Ă  une prise de conscience de la sociĂ©tĂ© civile Ă©tait tellement explicite que je me suis dit qu'il y avait forcĂ©ment un appel qui avait Ă©mergĂ© sur les rĂ©seaux sociaux", abonde Maxime Lelong.

Quand ce futur pĂšre se rend compte que ça n'est pas le cas, celui qui se dĂ©finit "de la gĂ©nĂ©ration Facebook" crĂ©e un Ă©vĂ©nement sur la plateforme pour une manifestation. Aucun d'eux ne se revendique militant environnemental, mĂȘme s'ils sont sensibles Ă  la question. Ils assurent ne pas ĂȘtre engagĂ©s en politique ou dans des grandes ONG.

- Mobilisation au coup par coup -

Leurs initiatives ont rencontrĂ© un Ă©cho dĂ©passant leurs espĂ©rances. Nicolas Hulot "a libĂ©rĂ© quelque chose", juge Alexandra Romano. Pour la premiĂšre fois, un ministre a dit haut et fort qu'"on ne peut rien faire parce que les lobbies monopolisent tout et que le systĂšme dans lequel fonctionne le gouvernement crĂ©e de l'immobilisme", estime-t-elle. Maxime Lelong, qui avoue avoir un moment "paniquĂ© face Ă  l'engouement" pour sa marche, prĂ©vue Ă  l'origine le 2 septembre, a Ă©tĂ© rapidement approchĂ© par l'association 350.org, qui avait elle-mĂȘme prĂ©vu un rassemblement le 8 Ă  Paris. Ils dĂ©cident de fusionner les Ă©vĂ©nements. Depuis, des dizaines d'ONG se sont jointes au mouvement.

"Cette marche est d'abord portée par des citoyen.ne.s non organisé.e.s", souligne un consensus de manifestation qui définit un ordre strict de marche: citoyens devant, puis ONG, syndicats, partis politiques. "On veut absolument éviter la récupération politique", insiste Maxime Lelong.
Julien Bayou, porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts, y voit pourtant une marche "non partisane mais éminemment politique" pour obtenir des réponses à hauteur de l'enjeu.

Les ONG se rĂ©jouissent de cet Ă©lan spontanĂ©, mĂȘme s'il est difficile de savoir comment il se traduira concrĂštement dans la rue samedi et comment le prolonger. Une piste envisagĂ©e est une plateforme internet rĂ©pertoriant des initiatives concrĂštes dans divers domaines de l'environnement. "On a une sociĂ©tĂ© plus encline Ă  se mobiliser au coup par coup", analyse Maxime Combes d'Attac. Les ONG s'adaptent en Ă©tant plus actives sur les rĂ©seaux sociaux et avec une organisation moins pyramidale. "L'aspiration Ă  des cadres moins hiĂ©rarchisĂ©s existait dĂ©jĂ , on n'assiste pas Ă  une rupture", mais peut-ĂȘtre Ă  une "nouvelle phase", estime-t-il. Les initiatives spontanĂ©es sont plus "frĂ©quentes", "et c'est bien", abonde Gabriel Mazzolini, des Amis de la Terre.

Pour autant, le rĂŽle des associations reste primordial, considĂšre Jean-François Julliard de Greenpeace, pour qui, "sans le travail de 350.org, cet appel spontanĂ© n'aurait peut-ĂȘtre pas suffi".

© 2018 AFP

guest
0 Commentaires