Création d'un label

Des Ehpad chamboulent leurs habitudes pour privilégier la bientraitance

  • PubliĂ© le 5 mai 2019 Ă  10:53
  • ActualisĂ© le 5 mai 2019 Ă  12:38
Une centaine d'Ehpad forment leur personnel à un label exigeant qui privilégie la relation avec la personne ùgée

Alors que des cas de maltraitance en Ehpad font réguliÚrement la une des journaux, une centaine d'établissements ont choisi de former leur personnel à un label exigeant qui privilégie la relation avec la personne ùgée.

"Chercher le regard de la personne, la toucher, parler calmement, donner un choix, tout ça c'est simplement le respect qu'on leur doit": Lamine Thiam, infirmier aux Opalines de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), retrouve dans la formation Humanitude l'attention manifestée aux anciens dans sa culture sénégalaise.

La dĂ©marche est issue des recherches de deux enseignants d'Ă©ducation physique et sportive, Rosette Marescotti et Yves Gineste, qui ont travaillĂ© sur la manutention des malades et ont construit une "philosophie du soin". ConcrĂštement, plus de 150 techniques permettent de prendre soin sans violence, en s'appuyant sur le regard, les paroles, le toucher, la position debout (au minimum 20 minutes). Aucun soin ne doit ĂȘtre rĂ©alisĂ© "de force".

"C'est un changement complet de culture", décrit Annie de Vivie, dont la société pilote le déploiement des formations. "Au lieu d'imposer l'organisation à la personne, c'est l'organisation qui s'adapte". "Quand un résident nous dit qu'il ne veut pas se doucher le matin, on peut remettre ça à l'aprÚs-midi, c'est pas la fin du monde", explique Lamine Thiam.

C'est pourtant contraire à la culture du soin des établissements d'hébergement pour personnes ùgées dépendantes (Ehpad), calquée sur l'hÎpital. "Les soignants sont formés à faire les toilettes le matin au pas de charge pour que le grand professeur qui passe avec le staff à midi trouve tout le monde lavé et changé. Mais moi je n'ai pas le grand professeur qui passe!", s'exclame Valérie Eymet, directrice de la résidence Massy-Vilmorin, dans l'Essonne.
"Pour certains soignants, ça peut ĂȘtre compliquĂ©", reconnaĂźt Karine Papaya, infirmiĂšre coordinatrice Ă  Noisy-le-Grand. "Ils ont appris Ă  boucler toutes les toilettes pour midi, et accord ou pas accord, on y va!"

- "On ne fait plus d'abattage" -

La mĂ©thode donne pourtant des rĂ©sultats inespĂ©rĂ©s, comme pour ce patient atteint de la maladie de Parkinson que le personnel de Noisy pensait condamnĂ© au lit et qui, bien accompagnĂ© par deux soignants, a pu se lever, aller au lavabo et se brosser les dents. "J'Ă©tais bluffĂ©", s'Ă©merveille Lamine Thiam. Marcher quelques pas ou simplement ĂȘtre debout, c'est moins d'escarres, moins d'incontinence, moins de mĂ©dicaments.

A Massy, la directrice constate une diminution de l'absentĂ©isme et des accidents du travail. "On ne fait plus d'abattage, on rĂ©flĂ©chit, on se met autour d'une table pour faire le point. Ça donne du sens au travail des soignants". Dans un secteur oĂč le personnel fait cruellement dĂ©faut, le label Humanitude est un atout pour attirer des soignants en quĂȘte de conditions de travail de qualitĂ©.

Le groupe Les Opalines, qui a connu il y a un an et demi la plus longue grÚve du personnel dans un Ehpad à Foucherans (Jura), convertit progressivement ses 47 maisons de retraite à l'"humanitude". Le processus est engagé à Digoin (Haute-SaÎne) et débute à Noisy-le-Grand.
"La directrice de Digoin a une liste d'attente de personnels qui veulent venir travailler chez elle", s'enthousiasme Lilia Guizani, responsable des Opalines de Noisy. "La grande difficulté des établissements c'est l'épuisement des équipes. On ne peut pas bien travailler en dessous d'un certain niveau d'encadrement", estime Annie de Vivie, qui milite pour un ratio de 0,8 soignant pour 1 résident, contre 0,6 en moyenne en France aujourd'hui.

Vingt-et-un Ă©tablissements ont obtenu le label, et une centaine ont entamĂ© la dĂ©marche. C'est peu au regard des 600.000 lits en Ehpad. La formation coĂ»te cher (25.000 euros par an pour un Ehpad de 80 lits) et il faut trois ans en moyenne pour dĂ©crocher le label. "Mais la maltraitance coĂ»te encore plus cher - en arrĂȘts de travail, en absentĂ©isme et en mĂ©dicaments", souligne Annie de Vivie.

Pour la premiĂšre fois, un rapport officiel, le rĂ©cent rapport Libault sur le grand Ăąge, a citĂ© la dĂ©marche Humanitude. "Je n'ai jamais eu autant de demandes", constate-t-elle. "Les professionnels eux-mĂȘmes en ont absolument besoin, devant l'image dĂ©gradĂ©e des Ă©tablissements et la difficultĂ© de leur mĂ©tier".

- © 2019 AFP

guest
0 Commentaires