Séismes et typhons au Japon

Des images impressionnantes, mais des dommages limités

  • PubliĂ© le 7 septembre 2018 Ă  13:21
  • ActualisĂ© le 7 septembre 2018 Ă  13:30
Route effondrée aprÚs un séisme à Sapporo au Japon, le 6 septembre 2018

Le monde reste ébahi devant quelques images impressionnantes de dégùts provoqués par les typhons ou séismes trÚs violents au Japon, mais l'ampleur globale des dommages et le nombre de victimes apparaissent finalement peu élevés.

En réalité, les inondations, coulées de boue et chaleurs étouffantes s'avÚrent davantage meurtriÚres, un paradoxe qui met en relief à la fois les progrÚs réalisés sur le plan des techniques parasismiques ou face aux vents violents mais aussi les faiblesses en termes de prise de conscience du risque et de réaction des populations habitant des zones vulnérables.

Des secousses, mĂȘme trĂšs fortes comme cette semaine Ă  Hokkaido, causent dĂ©sormais directement peu de morts au Japon.
"Les dĂ©gĂąts auraient Ă©tĂ© bien pires, peut-ĂȘtre 50 fois pires, si de tels dĂ©sastres s'Ă©taient produits en Europe ou dans d'autres rĂ©gions d'Asie", estime Kimio Takeya, professeur Ă  l'universitĂ© du Tohoku (nord-est).
En 2011, lors de la catastrophe du 11 mars, c'est surtout le tsunami qui a tué. Et cette semaine, ce sont les glissements de terrain qui ont enseveli des maisons et fait une quinzaine de victimes aprÚs le séisme dans le nord de l'archipel.

Changement climatique

Equipés de dispositifs parasismiques, sur lesquels d'énormes progrÚs ont été réalisés aprÚs le tremblement de terre de Kobe en 1995 (prÚs de 6.500 morts), "les bùtiments et infrastructures résistent mieux aux aléas", souligne pour l'AFP Jean-François Heimburger, auteur de "Le Japon face aux catastrophes naturelles".
S'agissant des typhons et pluies, "les prévisions météorologiques sont plus précises grùce à des satellites plus performants. Mais la situation s'est également améliorée à la suite de l'adoption de plusieurs lois, à commencer par celle de novembre 1961, qui précise notamment les rÎles et responsabilités des autorités en matiÚre de prévention des catastrophes", ajoute-t-il.
Auparavant, un typhon pouvait faire des milliers de morts, comme en 1959.
LĂ  oĂč le bĂąt blesse aujourd'hui, c'est dans l'attitude des populations face au risque, ce mĂȘme si elles sont globalement mieux prĂ©parĂ©es. L'ampleur du danger Ă©volue: les leçons du passĂ© ne suffisent pas toujours, car le changement climatique tend Ă  crĂ©er des phĂ©nomĂšnes inĂ©dits.
"Nous avons désormais affaire à des conditions climatiques sans précédent: les gens n'imaginent pas que le vent puisse emporter une voiture, mais il faut changer notre façon de penser. Nous avons plus ou moins géré jusqu'à présent, mais il faut désormais aller au-delà", insiste Chikako Isouchi, professeure associée de l'Université de Kagawa.
Lors de l'épisode de pluies diluviennes de juillet 2018 au cours duquel ont péri plus de 220 personnes, "moins de 1% des personnes concernées par les recommandations d'évacuation émises par les autorités locales s'étaient rendues dans les refuges, pensant certainement qu'il n'y aurait pas de problÚme", précise M. Heimburger.

Danger partout

Non seulement les ordres d'évacuation (certes non contraignants) sont finalement assez rarement respectés, mais en plus la cartographie officielle des risques reste trop souvent ignorée.
Concernant le sĂ©isme survenu Ă  Hokkaido cette semaine, "les mouvements de terrain engendrĂ©s par les secousses correspondent Ă  la zone Ă  risque signalĂ©e par la municipalitĂ© d'Atsuma en 2013", lĂ  oĂč un grand nombre de victimes a Ă©tĂ© dĂ©plorĂ©. "Aujourd'hui, encore trop peu d'habitants utilisent ce type de documents, si tant est qu'ils connaissent leur existence", dĂ©plore M. Heimburger.
A la décharge des habitants, des dizaines de collectivités n'ont toujours pas publié de cartes de prévention de certains risques naturels et "entre les tsunami, inondations, glissements de terrain ou séismes, aucun endroit au Japon n'est réellement sûr", insiste Tadashi Suetsugi de l'Université de Yamanashi, qui souligne l'exiguïté du territoire nippon habitable (un quart de la superficie totale).
"Si on prend le cas de Tokyo, les 372 zones considérées comme hautement dangereuses (risque trÚs élevé d'effondrement des bùtiments ou de propagation des incendies en cas de séisme majeur) rassemblent plus d'un million d'habitants: autant dire qu'il est impossible de les faire tous déménager", cite en exemple M. Heimburger.

D'autant que la contrainte n'est pas dans les moeurs au Japon quand on touche à la vie et à la propriété privées. On privilégie alors la persuasion par la discussion.
"Le défi pour l'avenir est de parvenir à convaincre la population, qui plus est vieillissante, d'agir à temps, et d'améliorer la clarté des explications fournies par les autorités", juge le spécialiste français.

© 2018 AFP

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