Impraticables cet été

Des itinéraires mythiques des Alpes font les frais de la canicule

  • PubliĂ© le 31 juillet 2022 Ă  13:30
  • ActualisĂ© le 31 juillet 2022 Ă  14:22
Le glacier de Fee situé (en allemand : Feegletscher) dans les Alpes valaisannes, le 30 juillet 2022

Des itinéraires de montagne parmi les plus mythiques des Alpes sont devenus impraticables cet été, la canicule et la fonte des glaciers les ayant rendus trop dangereux.

Chaque été, randonneurs et touristes se jettent habituellement avec ferveur sur les sentiers alpins dans l'espoir d'atteindre certains des plus beaux sommets d'Europe.

Mais la fonte des glaciers et le dégel du permafrost, des phénomÚnes qui selon les scientifiques sont dus au changement climatique, ont rendu des itinéraires trop dangereux, avec notamment des chutes de pierres répétées.

"Actuellement dans les Alpes, il y a des mises en garde pour environ une dizaine de sommets, dont les sommets emblématiques comme le Mont Cervin et le Mont Blanc", a déclaré le secrétaire général de l'Association suisse des guides de montagne, Pierre Mathey, à l'AFP.

"Normalement c'est des fermetures que l'on voit plutÎt au mois d'août. Et là elles ont eu lieu fin juin, début juillet", a-t-il dit.

- "Report" -

Les guides qui acheminent habituellement chaque année des milliers de passionnés vers les plus hauts sommets d'Europe ont décidé de ne plus emprunter certains itinéraires pour l'ascension du Mont Blanc.

Une décision "pas facile à prendre" mais nécessaire face aux "conditions particuliÚrement délicates de ces derniÚres semaines dues à la hausse significative des températures", ont expliqué les guides alpins italiens sur leur page Facebook cette semaine.

En Suisse aussi, les guides ont renoncé à l'ascension de la célÚbre Jungfrau. Ils ont également déconseillé de suivre les itinéraires situés sur les versants italien et suisse du Cervin, montagne helvétique emblématique.

Ces mesures sont un coup dur aprÚs deux saisons difficiles marquées par la pandémie de Covid-19, a expliqué le président de l'association des guides de la vallée d'Aoste en Italie, Ezio Marlier.

"Ce n'est pas simple aprĂšs deux saisons presque totalement vides de prendre la dĂ©cision d'arrĂȘter le travail", a-t-il dit Ă  l'AFP. Mais il dĂ©plore que de trop nombreuses personnes annulent leur sĂ©jour alors que certains itinĂ©raires restent praticables. "On a la possibilitĂ© de faire plein d'autres choses, mais normalement les gens qui veulent le Mont Blanc, ils veulent le Mont Blanc".

- Glaciers dangereux -

L'accÚs aux glaciers qui ont fondu à un rythme accéléré cette année comporte également des risques. "Les glaciers sont actuellement dans l'état qu'ils connaissent habituellement à la fin de l'été, voire plus tard", a expliqué à l'AFP Andreas Linsbauer, glaciologue à l'université de Zurich: "il est certain que nous allons battre un record".

Selon cet expert, cet Ă©tĂ© "vraiment extrĂȘme" pour les glaciers est dĂ» Ă  une combinaison de facteurs. Les chutes de neige exceptionnellement faibles l'hiver dernier ont amenuisĂ© le manteau neigeux protĂ©geant les glaciers de la chaleur. Et le sable venu du Sahara plus tĂŽt dans l'annĂ©e a assombri la neige, ce qui la fait fondre plus rapidement.

Les vagues de chaleur successives qui ont frappĂ© l'Europe depuis mai ont enfin accĂ©lĂ©rĂ© la fonte des glaciers, les rendant instables. Comme en Italie, oĂč un Ă©norme bloc du glacier de la Marmolada s'est effondrĂ© en juillet, une tragĂ©die ayant fait onze morts.

Le glacier avait été fragilisé par le réchauffement climatique ainsi que par des températures record enregistrées cette année en Italie, 10°C au sommet de la Marmolada la veille de la catastrophe. Les fortes chaleurs ont accéléré sa fonte et l'eau s'est accumulée sous la calotte glaciaire, la rendant instable.

- "Un danger supplémentaire" -

Pour MylÚne Jacquemart, spécialiste des glaciers à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, l'effondrement de l'énorme bloc du glacier de la Marmolada comporte encore des inconnues. "Mais de façon générale, plus les eaux fondent et plus la situation se complique et devient dangereuse", a-t-elle dit à l'AFP.

Pierre Mathey a souligné lui aussi que "ces poches d'eau, dans des périodes de grand beau temps avec des températures trÚs chaudes, sont un danger supplémentaire, parce que ça n'est pas visible".

Mais il reste confiant, estimant que les guides trouveront des itinéraires alternatifs: "La résilience est vraiment l'ADN du guide de montagne... et l'adaptabilité".

"C'est la montagne qui décide. Pas l'humain", a-t-il dit.

AFP

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