Religion

Des pĂšlerins sikhs indiens chaleureusement accueillis au Pakistan

  • PubliĂ© le 19 novembre 2021 Ă  16:15
  • ActualisĂ© le 19 novembre 2021 Ă  16:57
Des pĂšlerins sikhs indiens Ă  Nankana Sahib au Pakistan, le 19 novembre 2021

Dans les effluves de fleurs et parfums, des milliers d'Indiens se pressent vendredi au sanctuaire dédié au fondateur de la religion sikh, Gourou Nanak, dans sa ville natale de Nankana Sahib, dans l'est du Pakistan.

Ces pÚlerins sont venus célébrer en ce lieu, l'un des plus saints de leur religion, le 552e anniversaire de sa naissance. Cet événement prend cette année un relief tout particulier, car les Sikhs indiens n'avaient pas été autorisés l'an passé à se rendre au Pakistan, en raison des restrictions liées à la pandémie de Covid-19.

La joie de la foule bigarrĂ©e est perceptible Ă  vue d’Ɠil. "J'en ai la chair de poule, je ne peux pas expliquer comment je me sens", confie Ă  l'AFP Darshan Singh, un paysan de 70 ans. "Jamais je n'aurais pensĂ© que nos frĂšres pakistanais nous tĂ©moigneraient ce genre d'amour", ajoute-t-il. "Regardez cette Ă©motion. Ces femmes ne sont pas sikhs, ces enfants ne connaissent rien Ă  notre religion, mais ils sont lĂ  pour nous accueillir Ă  bras ouverts et avec un cƓur pur".

Il n'est pas le seul Ă  ĂȘtre ainsi Ă©mu par ce rare symbole d'unitĂ© entre les deux puissances nuclĂ©aires, que trois guerres ont opposĂ©es depuis leur indĂ©pendance de la Couronne britannique et la partition de 1947. Annie Munjal, 24 ans et originaire de New Delhi, se souvient des histoires racontĂ©es par ses grands-parents de leur enfance Ă  Lahore, la grande ville de l'est du Pakistan, Ă  la frontiĂšre avec l'Inde, avant la partition.

- 'Ils sont comme nous' -

"Nous les avions entendus nous dire Ă  quoi ressemblait le Pakistan, mais nous n'avions jamais pu voir nous-mĂȘme", dit-elle. "Maintenant que nous sommes ici (...), ils (les Pakistanais) sont juste comme nous." La cĂ©lĂ©bration rassemble plus de 12.000 personnes au gurdwara, nom dĂ©signant un lieu de culte sikh, et l'enthousiasme est communicatif.

Curieux, les habitants pakistanais, de confession musulmane, se sont regroupĂ©s sur les toits des maisons, d'oĂč ils versent pĂ©tales de rose ou chocolats sur les processions. Aux portes principales, de jeunes musulmans et hindous se joignent aux sikhs pour danser au son du dhol, un tambour Ă  deux peaux. Les forces de l'ordre sont massivement prĂ©sentes dans les rues alentour.

Les fidÚles, pour la plupart pieds nus, brandissent des drapeaux jaune safran, chantent des hymnes et récitent de la poésie ou des textes religieux, avant d'aller se goinfrer de riz, naan, pois chiches et bonbons. Né en 1469 dans une famille hindoue de Nankana Sahib, Gourou Nanak a fondé les bases de cette religion monothéiste, qui compte environ 30 millions d'adeptes dans le monde, dont plusieurs millions en Inde et environ 20.000 au Pakistan.

Nombre de Sikhs indiens sont issus de familles ayant fui le Pakistan en raison des violences qui avaient accompagné la partition, laquelle s'était traduite par la plus importante migration de masse de l'Histoire et la mort d'au moins un million de personnes.

- 'Leurs racines ici' -

En 2019, le Pakistan avait ouvert le corridor de Kartarpur, du nom de la ville pakistanaise oĂč se trouve le mausolĂ©e de Gourou Nanak. Ce couloir avait Ă©tĂ© conçu spĂ©cialement Ă  l'intention des pĂšlerins Sikhs indiens pour leur permettre de se rendre sans visa dans ce lieu. MĂȘme s'il n'est situĂ© qu'Ă  quelques kilomĂštres de la frontiĂšre et est visible d'Inde, le site de Kartarpur, comme celui de Nankana Sahib, n'Ă©tait auparavant que trĂšs difficilement accessible aux Sikhs indiens, soumis comme la plupart de leurs compatriotes Ă  des restrictions de visa en raison des tensions gĂ©opolitiques.

Le corridor avait Ă©tĂ© fermĂ© en 2020 en raison du coronavirus. Les autoritĂ©s indiennes ont dĂ©cidĂ© de le rouvrir mercredi, le Pakistan affirmant pour sa part ne l'avoir jamais clos. Les fidĂšles sikhs ont immĂ©diatement saisi l'aubaine, certains s'arrĂȘtant Ă  Kartarpur, d'autres poussant jusqu'Ă  Nankana Sahib, 180 km au sud-ouest.

"Mon attente qui a duré des années est enfin terminée. Je suis à quelques pas de la maison de mon gourou", se réjouit Buljit Kaur, 61 ans. Pervaiz Ahmed, 41 ans, un médecin pakistanais, sort d'une mosquée à proximité. "Les Sikhs ont leurs racines ici, ils appartiennent à cet endroit", dit-il. "On n'a aucune objection à ce qu'ils viennent aussi nombreux".

Darshan Singh, lui, se promet dĂ©jĂ  de revenir avec sa famille. "C'est la premiĂšre fois que je viens au gurdwara de Nankana Sahib et c'est comme si j'avais gĂąchĂ© 70 ans de ma vie. Mes Ă©motions et sentiments ne peuvent pas ĂȘtre dĂ©crits".

 AFP

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1 Commentaires
Héritage
Héritage
4 ans

Qu'est ce qu'ils sont entrain de faire, les trois, dans l'eau '