Quai des OrfĂšvres

Deux policiers renvoyés devant les assises pour viol

  • PubliĂ© le 28 septembre 2017 Ă  19:24
  • ActualisĂ© le 28 septembre 2017 Ă  22:05
Le "36 quai des OrfĂšvres", le 30 juin 2017 Ă  Paris.

Coup de tonnerre dans l'affaire du viol présumé d'une touriste canadienne au 36, quai des OrfÚvres en 2014: la cour d'appel de Paris a pris le contre-pied des juges d'instruction et renvoyé jeudi deux policiers devant les assises.


La chambre de l'instruction a ordonné que les fonctionnaires de la prestigieuse Brigade de recherche et d'intervention (BRI), ùgés de 39 et 48 ans, soient jugés pour "viols en réunion", a-t-on appris auprÚs de leurs avocats, Sébastien Schapira et Anne-Laure Compoint, qui n'ont pas précisé s'ils allaient former un pourvoi en cassation.
En juillet 2016, les juges d'instruction avaient prononcé un non-lieu, mais le parquet de Paris et la jeune femme avaient immédiatement fait appel.
"Cette décision redonne sa dignité à ma cliente, traßnée dans la boue pendant l'instruction: la justice reconnaßt enfin que cette femme étrangÚre en situation de vulnérabilité a été abusée sexuellement", a réagi Me Sophie Obadia.
L'affaire avait secouĂ© le Quai des OrfĂšvres. Le 22 avril 2014, dans un pub irlandais en face du siĂšge de la police judiciaire parisienne, des policiers s'Ă©taient liĂ©s avec la touriste canadienne, fortement alcoolisĂ©e et sous l'emprise de stupĂ©fiants. En pleine nuit, les fonctionnaires, qui n'Ă©taient pas en service, lui avaient fait visiter les locaux. Elle en Ă©tait ressortie en larmes quelques heures plus tard, extrĂȘmement choquĂ©e.
Elle avait porté plainte pour viol. Un des policiers avait évoqué une relation sexuelle "consentie", l'autre démentant tout rapport avant de reconnaßtre des "attouchements réciproques".
La jeune femme, alors ùgée de 34 ans, présentait plusieurs ecchymoses et une lésion au niveau des parties génitales.
Par ailleurs, des empreintes gĂ©nĂ©tiques des deux fonctionnaires avaient Ă©tĂ© retrouvĂ©es sur ses sous-vĂȘtements, ainsi qu'une troisiĂšme empreinte, inconnue. Une vaste opĂ©ration de prĂ©lĂšvements ADN sur des fonctionnaires de la PJ avait eu lieu en septembre 2015, mais n'avait rien donnĂ©.


- SMS et vidéos effacés -


La chambre de l'instruction a suivi les réquisitions du parquet général qui avait estimé, lors de l'audience en juin 2017, que le "comportement jovial et libéré" de la jeune femme ne pouvait conduire à dire qu'elle avait "consenti à des relations sexuelles à plusieurs dans les locaux de la BRI". Au vu de sa forte alcoolisation, "elle était dans l'incapacité de consentir aux actes sexuels qu'elle a subis", avait insisté le ministÚre public.
Il avait aussi mis en avant ses "dĂ©clarations "constantes", "mĂȘme si le souvenir de la chronologie des faits et du rĂŽle de chacun de ses agresseurs a Ă©tĂ© flou au regard de son alcoolisation".
L'enquĂȘte avait mis en lumiĂšre le comportement suspect des deux fonctionnaires.
Le soir des faits, le policier de 48 ans avait effacé un SMS adressé à un de ses collÚgues, l'invitant à le rejoindre rapidement car la jeune femme serait une "touseuse" (partouzeuse, ndlr). Le second avait effacé des photos et vidéos prises avec son téléphone.
Nettoyage des bureaux, verres et bouteilles d'alcool retirés, etc.: "de nombreux actes ont été accomplis par les deux policiers pour nettoyer les lieux et supprimer les preuves", a souligné Me Obadia. Ils n'ont pas été placés en garde à vue ce soir-là et ont donc eu "tout le temps de retourner dans les locaux de la BRI aprÚs les faits", a-t-elle relevé.
En juillet 2016, les juges d'instruction avaient ordonnĂ© l'abandon des poursuites Ă  l'encontre des deux fonctionnaires, estimant que les propos "souvent dĂ©fensifs" tenus par la touriste canadienne empĂȘchaient "de se fonder sur la sincĂ©ritĂ© de sa parole pour reconstruire les faits qu'elle dĂ©nonce".
Des confrontations avaient Ă©tĂ© organisĂ©es Ă  l'automne 2015 oĂč chacun avait campĂ© sur ses positions. Une reconstitution avait aussi eu lieu au mĂȘme moment, mais la jeune femme n'y avait pas participĂ©.

Par Anne-Laure MONDESERT - © 2017 AFP

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