Actualités du monde

Dilma Rousseff: "Je n'arrĂȘterai jamais de faire de la politique"

  • PubliĂ© le 18 fĂ©vrier 2017 Ă  21:00
L'ex-présidente du Brésil, Dilma Rousseff lors d'un entretien exclusif à l'AFP, le 17 février 2017 à Brasilia

Dilma Rousseff, ex-prĂ©sidente du BrĂ©sil destituĂ©e en 2016 au terme d'une procĂ©dure controversĂ©e, n'Ă©carte pas une candidature Ă  un poste de sĂ©natrice ou dĂ©putĂ©e, affirmant dans un entretien exclusif Ă  l'AFP : "Je n'arrĂȘterai jamais de faire de la politique".


PrĂšs de six mois aprĂšs son Ă©viction du pouvoir par le Parlement pour maquillage des comptes publics, l'ancienne dirigeante de gauche vit dĂ©sormais Ă  Porto Alegre (sud), oĂč elle suit avec discipline un programme d'exercices physiques et de vĂ©lo pour se maintenir en forme.
Détendue, elle plaisante facilement, énumÚre la longue liste de conférences qu'elle doit donner prochainement en Europe et aux Etats-Unis et évoque pour la premiÚre fois son avenir politique.
"Je ne serai pas candidate Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique, si telle est la question. Mais je n'arrĂȘterai jamais de faire de la politique (...). Je n'Ă©carte pas la possibilitĂ© d'une candidature pour des postes comme sĂ©natrice ou dĂ©putĂ©e", confie-t-elle Ă  l'AFP lors d'un entretien rĂ©alisĂ© vendredi Ă  Brasilia.
A 69 ans, cette ex-guĂ©rillera marxiste, torturĂ©e sous la dictature (1964-1985), n'a disputĂ© que deux Ă©lections dans sa vie : la prĂ©sidentielle qu'elle a remportĂ©e en 2011, puis celle de 2014 oĂč elle a Ă©tĂ© réélue, Ă  chaque fois sous la banniĂšre du Parti des travailleurs (PT).
PremiÚre femme à arriver au sommet de l'Etat du plus grand pays d'Amérique latine, Dilma Rousseff garde encore, sur son compte Twitter, la mention "présidente élue du Brésil".
Ne bénéficiant d'aucune pension de retraite comme ex-chef de l'Etat, elle vit des 5.300 réais (environ 1.700 dollars) de sa retraite comme fonctionnaire de l'Etat de Rio Grande do Sul, complétant ses revenus avec les loyers des quatre appartements appartenant à sa famille.
Depuis Porto Alegre, elle suit les rebondissements du vaste scandale de corruption autour de Petrobras, qui Ă©clabousse une grande partie de la classe politique dont le PT, mais perd patience quand on lui demande comment elle ne pouvait ĂȘtre au courant, quand elle Ă©tait au pouvoir, de ce qui se tramait au sein du groupe pĂ©trolier public, dont elle a mĂȘme prĂ©sidĂ© le conseil d'administration.
"Ce sont des processus extrĂȘmement compliquĂ©s (...) Personne au BrĂ©sil ne connaĂźt tous les cas de corruption qui existent encore aujourd'hui", affirme-t-elle.
- 'La justice de l'ennemi' -
HĂ©ritiĂšre politique de l'ex-prĂ©sident Luiz Inacio Lula da Silva (2002-2010), emblĂšme d'une gauche latinoamĂ©ricaine dont l'Ă©toile a pĂąli sous le coup des scandales de corruption, Dilma, comme on l'appelle au BrĂ©sil, dit aujourd'hui se promener sans problĂšmes dans le quartier Tristeza ("tristesse") oĂč elle habite et voyager sereinement Ă  Rio de Janeiro pour aller voir sa mĂšre.
Mais "rien n'empĂȘche que quelqu'un m'agresse" dans la rue, estime-t-elle, malgrĂ© ses gardes du corps.
Entre mai et aoĂ»t 2016, le BrĂ©sil a vĂ©cu au rythme d'un procĂšs politique historique dont l'acte final s'est jouĂ© au SĂ©nat, oĂč Rousseff s'est dĂ©fendue avec fougue pendant plus de 10 heures.
Sa chute a été précédée par une rafale d'accusations de corruption contre son parti, qui ont entraßné des manifestations massives.
MĂȘme "les pierres de Brasilia et les ñandus (sorte d'autruche sud-amĂ©ricaine, ndlr) d'Alvorada savaient qu'ils Ă©taient en train d'inventer un motif pour m'Ă©carter du pouvoir", affirme-t-elle, en rĂ©fĂ©rence au palais d'Alvorada, entourĂ© d'immenses jardins remplis d'oiseaux, oĂč elle vivait quand elle Ă©tait prĂ©sidente.
"C'Ă©tait ce qu'on appelle la justice de l'ennemi : on ne juge pas, on dĂ©truit", tranche-t-elle Ă  propos de sa destitution, qui a mis fin Ă  13 ans de pouvoir du PT au BrĂ©sil, plaçant Ă  son poste le vice-prĂ©sident conservateur Michel Temer, qu'elle accuse d'avoir fomentĂ© "un coup d'Etat parlementaire" mĂȘme si elle dit ne conserver aujourd'hui aucune rancoeur personnelle contre ceux ayant menĂ© son impeachment.
Ironie du sort, aujourd'hui le prĂ©sident Temer est au plus bas dans les sondages, alors que six de ses ministres ont dĂ» dĂ©missionner sur des accusations de corruption, tandis que Lula est en tĂȘte des intentions de vote pour l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2018 selon un rĂ©cent sondage, malgrĂ© les enquĂȘtes le visant dans le cadre du dossier Petrobas.
"MalgrĂ© toutes les tentatives de dĂ©truire sa personne, son histoire, Lula reste au premier plan, spontanĂ©ment il est encore celui pour qui on vote le plus", souligne Dilma Rousseff, qui redoute un "second coup d'Etat" pour condamner Lula dans l'affaire Petrobras afin de l'empĂȘcher d'ĂȘtre candidat.

Par Aurélie MAYEMBO - © 2017 AFP
guest
0 Commentaires