DérÚglement climatique meurtrier

Disparition "spectaculaire" des plus vieux baobabs d'Afrique

  • PubliĂ© le 17 juin 2018 Ă  13:00
Des Massai se réunissent sous un baobab à Oltukai, en Tanzanie le 26 octobre 2010

La grande majorité des plus vieux baobabs d'Afrique se meurent depuis une dizaine d'années, alertent lundi des chercheurs qui évoquent le dérÚglement climatique comme possible cause de cette disparition "d'une ampleur sans précédent".


"Il est choquant et spectaculaire d'assister au cours de notre vie à la disparition de tant d'arbres d'ùges millénaires", explique à l'AFP Adrian Patrut de l'université Babe?-Bolyai en Roumanie, coauteur de l'étude parue dans la revue Nature Plants. "Au cours de la seconde moitié du XIXe siÚcle, les grands baobabs d'Afrique australe ont commencé à mourir, mais depuis 10/15 ans, leur disparition a rapidement augmenté à cause des températures trÚs élevées et de la sécheresse", poursuit le chercheur.

Agés de 1.100 à 2.500 ans et tutoyant le ciel, les baobabs et leur tronc massif couronné de branches aux allures de racines, sont une des silhouettes les plus emblématiques des savanes arides, repérables à des kilomÚtres à la ronde.

Mais, au cours des 12 derniÚres années, neuf des treize plus vieux baobabs sont partiellement ou totalement morts, selon l'étude. Parmi les victimes, trois monstres symboliques: Panke, originaire du Zimbabwe, le plus vieux baobab avec 2.450 ans au compteur, l'arbre de Platland d'Afrique du Sud, l'un des plus gros du monde, avec un tronc de plus de 10 mÚtres de diamÚtre et le célÚbre baobab Chapman du Botswana, sur lequel Livingstone grava ses initiales, classé monument national.

Les chercheurs ont découvert cette situation "d'une ampleur sans précédent" presque par hasard: ils étudiaient ces arbres pour percer le secret de leurs incroyables mensurations. Pour cela, entre 2005 et 2017, Adrian Patrut et ses collÚgues ont étudié tous les plus grands (et donc généralement les plus vieux) baobabs d'Afrique, plus de 60 en tout.

- Les baobabs s'effondrent -

Parcourant le Zimbabwe, l'Afrique du Sud, la Namibie, le Mozambique, le Botswana et la Zambie, ils ont collecté des échantillons sur différentes parties des arbres. Des fragments dont ils ont ensuite défini l'ùge à l'aide de la datation au carbone.

"La cavitĂ© d'un vieux baobab du Zimbabwe est si grande que prĂšs de 40 personnes peuvent s'y abriter", souligne le site internet du parc national Kruger en Afrique du Sud. Ils pouvaient ĂȘtre utilisĂ©s comme magasin, comme prison ou plus simplement comme arrĂȘt de bus. Ils ont Ă©galement longtemps Ă©tĂ© utilisĂ©s pour se repĂ©rer par des explorateurs ou des voyageurs.

"Les baobabs produisent périodiquement de nouveaux troncs, comme d'autres espÚces produisent des branches", selon l'étude. Ces tiges ou troncs, souvent d'ùges différents, fusionnent ensuite ensemble. Quand un trop grand nombre de tiges meurent, l'arbre s'écroule. "Avant de commencer nos recherches, nous avions été informés de l'effondrement du baobab Grootboom en Namibie mais nous pensions que c'était un événement isolé", explique à l'AFP Adrian Patrut.

"Ces dĂ©cĂšs n'ont pas Ă©tĂ© causĂ©s par une Ă©pidĂ©mie", affirment les auteurs qui suggĂšrent que le changement climatique pourrait affecter la capacitĂ© du baobab Ă  survivre dans son habitat mĂȘme si "d'autres recherches seront nĂ©cessaires pour soutenir ou rĂ©futer cette hypothĂšse".
Mais "la rĂ©gion dans laquelle les baobabs millĂ©naires sont morts est l'une de celles oĂč le rĂ©chauffement est le plus rapide en Afrique", remarque Adrian Patrut.

AFP

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