Il avait quitté Washington remonté, avec l'envie d'en découdre avec les alliés de l'Amérique et de "bien s'entendre" avec la Russie. Le déplacement de Donald Trump en Europe, qui s'est achevé lundi, fut un incroyable tourbillon dont il est difficile de dégager une ligne directrice ou une cohérence.
Nicholas Burns, ancien diplomate et professeur à Harvard, a parlé du "voyage le plus chaotique et destructeur" jamais effectué par le président américain. A bord d'Air Force One, dans la salle de conférence de presse de l'OTAN ou dans les salons du palais présidentiel d'Helsinki, un sentiment d'improvisation dominait.
Bruxelles, Londres, Helsinki: les semaines et mois Ă venir diront jusqu'oĂč ces sept jours auront distendu - ou irrĂ©mĂ©diablement abĂźmĂ© - les liens transatlantiques.
Reste pour l'heure un pĂ©riple prĂ©sidentiel qui renforce l'impression tenace qu'aucune voix - ministres ou conseillers - ne pĂšse vĂ©ritablement dans l'Ă©quipe Trump, Ă part celle de Trump lui-mĂȘme.
L'impression aussi d'un président qui s'est enhardi, fonce sans retenue ou presque, porté par la fidélité à toute épreuve de sa base électorale qui raffole de "L'Amérique d'abord". Retour en quatre temps sur un voyage pas comme les autres.
- Coup de sang au petit déjeuner
La journĂ©e dĂ©bute a priori paisiblement dans un salon de la rĂ©sidence de l'ambassadeur Ătats-Unis en Belgique par un petit dĂ©jeuner entre Donald Trump et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'Otan, Jens Stoltenberg. Le locataire de la Maison Blanche lance d'emblĂ©e un charge d'une violence inouĂŻe contre ses alliĂ©s. Dans le viseur ? L'Allemagne, accusĂ©e d'ĂȘtre "totalement contrĂŽlĂ©e par la Russie".
Le malaise est palpable, les visages de figent, Ses conseillers ne bronchent pas, comme tétanisés. Stoltenberg tente un ton conciliant, explique que la force de l'Otan est précisément, malgré les "différences" entre ses 29 membres, de rester unis. Trump se cabre, insiste, en rajoute. Quelques heures plus tard, il évoque sans sourciller sa "trÚs trÚs bonne relation" avec "Angela". Le ton de la deuxiÚme tournée européenne du 45e président des Etats-Unis est donné.
- Feux d'artifice Ă l'Otan
Au deuxiÚme jour du sommet de l'Otan, des rumeurs font état de la menace qu'aurait formulé le président américain de quitter l'Alliance.
L'atmosphĂšre est tendue. Le "gĂ©nie trĂšs stable" comme il se qualifie lui mĂȘme, explique, au cours d'une confĂ©rence de presse tourbillonnante oĂč il bondit d'un sujet Ă l'autre sans crier gare, que sa "fermetĂ©" a payĂ©.
Il vante des "progrÚs extraordinaires". "Maintenant, nous sommes trÚs heureux et nous avons une Otan trÚs trÚs forte, plus forte qu'elle ne l'était il y a deux jours". Sur le papier pourtant, les objectifs et le calendrier n'ont pas bougé, les engagements des pays membres restent identiques: consacrer 2% de leur PIB aux dépenses de défense d'ici à 2024. Il expliquera plus tard qu'en dépit de quelque tensions initiales, il n?y avait que de "l'amour" dans la piÚce.
- La bombe du Sun
"J'aurais fait les choses diffĂ©remment. J'ai dit Ă Theresa May comment procĂ©der (...) mais elle ne m'a pas Ă©coutĂ©". Nombre de Britanniques s'Ă©tranglent Ă la lecture de l'entretien que le prĂ©sident amĂ©ricain a accordĂ© au tabloĂŻd The Sun, publiĂ© au moment oĂč s'achĂšve le diner donnĂ© Ă son honneur par Mme May dans le cadre somptueux du palais de Blenheim, prĂšs d'Oxford.
Le lendemain, lors d'une conférence de presse houleuse, il s'attaque aux médias avec une violence redoublée, déplore que "choses gentilles" n'aient pas été mises en titre. L'étape anglaise sera une succession de faux-pas, ou de provocations, suivant les interprétations. Comme lorsque sa porte-parole tweete une photo de lui à Chequers, la résidence de campagne des Premiers ministres britanniques, assis dans le fauteuil de Winston Churchill, avec un air satisfait, dans une posture de défi.
Comme une revanche, Theresa May attendra qu'il soit parti jouer au golf en Ecosse pour expliquer calmement que Trump lui avait recommandé... d'attaquer l'UE en justice. Et de souligner que le conseil n'a pas été retenu.
- Le fiasco d'Helsinki
Le pari Ă©tait osĂ©. Un tĂȘte-Ă -tĂȘte, sans conseillers, avec Vladimir Poutine, le dirigeant que les services du renseignement amĂ©ricain accusent d'ingĂ©rence dans campagne prĂ©sidentielle. L'Ă©trange confĂ©rence de presse qui a suivi a tournĂ© au fiasco pour Donald Trump qui, d'approximations en questions alambiquĂ©es, a donnĂ© l'impression de prendre le parti de l'homme fort du Kremlin contre les agences de renseignement de son pays.
Avant mĂȘme qu'Air Force One ne quitte la paisible capitale finlandaise, les rĂ©actions indignĂ©es fusaient dĂ©jĂ Ă Washington, y compris au sein de son propre parti. Donald Trump avait prĂ©dit que l'Ă©tape finlandaise serait "la plus facile" de son pĂ©riple. Il y est apparu en position de faiblesse face Ă un Poutine redoutablement habile et sĂ»r de son fait. Elle pourrait, in fine, lui coĂ»ter cher politiquement.
- © 2018 AFP

