Etats-Unis

Donald Trump s'acharne contre les médias (dont il raffole)

  • PubliĂ© le 27 avril 2019 Ă  10:04
  • ActualisĂ© le 27 avril 2019 Ă  16:44
Donald Trump s'exprime devant les membres de la NRA, le puissant lobby des armes, Ă  Indianapolis le 26 avril 2019

"Ils devront se mettre à genoux et implorer mon pardon, ce sont vraiment les ennemis du peuple". Le tweet présidentiel, d'une agressivité inouïe, visait le New York Times.

Les attaques au vitriol de Donald Trump contre les mĂ©dias n'ont rien de nouveau. Mais elles ont encore gagnĂ© en frĂ©quence et en fĂ©rocitĂ© ces derniĂšres semaines. Son meeting de campagne samedi soir Ă  Green Bay, dans le Wisconsin, devrait selon toute vraisemblance donner lieu Ă  de nouveaux assauts contre les journalistes. D'autant qu'au mĂȘme moment aura lieu, Ă  Washington, le dĂźner de l'Association des correspondants de la Maison Blanche (WHCA).


Comme en 2017 et 2018, le milliardaire républicain a décidé de bouder ce rendez-vous annuel, "ennuyeux" selon ses termes, qui met la liberté de la presse à l'honneur et donne l'occasion au président américain de prononcer un discours, en général teinté d'autodérision, sur l'année écoulée.
La tradition de ce dßner a débuté en 1921. Depuis 1980, tous les présidents, démocrates comme républicains, y ont assisté, sauf Ronald Reagan en 1981 qui se remettait alors d'un attentat dans lequel il avait été griÚvement blessé.


C'est lors de cette soirée, auquel il participait en tant qu'invité en 2011, que Donald Trump avait été la cible des piques de Barack Obama, qui avait raillé son goût prononcé pour les théories du complot. Cette année, pour la premiÚre fois depuis plus de dix ans, aucun humoriste ne montera à la tribune pour moquer le président et les journalistes: c'est un historien, Ron Chernow, qui s'exprimera.


Les raisons de l'intensification des attaques du prĂ©sident de la premiĂšre puissance mondiale contre les mĂ©dias qu'il qualifie Ă  la moindre occasion de "Fake News"? Difficile de se prononcer avec certitude. Mais, au-delĂ  de la volontĂ© de galvaniser sa base Ă©lectorale en dĂ©signant un "ennemi", la diffusion des conclusions du rapport du procureur spĂ©cial Robert Mueller sur l'enquĂȘte russe a incontestablement dĂ©stabilisĂ© le locataire de la Maison Blanche.


- "Jeux dangereux" -

Autre hypothÚse: le milliardaire américain raffole de l'attention des journalistes, or elle lui échappe un peu avec l'entrée en lice des candidats démocrates pour l'élection présidentielle de 2020. Kamala Harris, Beto O'Rourke, Pete Buttigieg, Joe Biden: un a un, depuis plusieurs semaines, ils captent un peu de la lumiÚre, et déplacent l'attention des médias américains au-delà de la seule Maison Blanche.


Les attaques sont d'autant plus remarquables qu'elles s'accompagnent de la quasi-disparition du point de presse quotidien de la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders. Cela fait plus de 40 jours que cette derniÚre ne s'est pas présentée au podium de la célÚbre salle de presse pour faire face aux questions des journalistes. Et cette année, contrairement à l'année derniÚre, elle ne participera pas, elle non plus, au dßner de gala: tous les membres de l'équipe Trump ont reçu comme consigne de décliner l'invitation. "Soyons clairs: le fait que cette administration réduise les points de presse de la Maison Blanche, du Pentagone et du département d'Etat est infiniment plus grave que de la question de savoir si le président participe au dßner des correspondants", souligne, dans Politico, Olivier Knox, président de la WHCA.


Certes, le prĂ©sident lui-mĂȘme rĂ©pond plusieurs fois par jour aux questions des journalistes. Mais cela se fait toujours dans une certain dĂ©sordre, suivant son tempo, dans les jardins de la Maison Blanche avant qu'il ne monte dans son hĂ©licoptĂšre, ou dans le Bureau ovale au milieu d'un vĂ©ritable brouhaha.
Et rien n'indique que les relations du 45e président des Etats-Unis avec la presse sont sur le point de s'apaiser. Jeudi, Sarah Sanders s'est bien présentée au pupitre. Mais c'était pour répondre aux questions des enfants du personnel de la Maison Blanche qui participaient à la journée "Emmenez vos enfants sur votre lieu de travail".


Vendredi, devant les membres de la NRA, puissant lobby des armes, Donald Trump n'a pas fait dans la dentelle: "Le niveau de malhonnĂȘtetĂ© et de corruption dans les mĂ©dias est incroyable", a-t-il lancĂ©. Pour Jeffrey Morosoff, qui enseigne le journalisme Ă  la Hofstra University prĂšs de New York, le prĂ©sident amĂ©ricain "joue un jeu dangereux". "Un jour, l'un de ses supporteurs va s'en prendre physiquement Ă  un journaliste".

 AFP

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