Dossiers Epstein : un recruteur, des hommes d'affaires et des "paliers" de soumission

  • PubliĂ© le 4 mai 2026 Ă  11:51
L'ancienne mannequin française Juliette G., "hameçonnĂ©e" pour ĂȘtre prĂ©sentĂ©e au criminel sexuel amĂ©ricain Jeffrey Epstein, pose le 10 mars 2026 Ă  Paris

Palier aprĂšs palier, jusqu'Ă  ĂȘtre "hameçonnĂ©es": Juliette G.et Ebba P. Karlsson, deux ex-mannequins repĂ©rĂ©es par Daniel Siad pour ĂȘtre prĂ©sentĂ©es, respectivement, au criminel sexuel amĂ©ricain Jeffrey Epstein et au directeur d'une prestigieuse agence française, dĂ©noncent auprĂšs de l'AFP une insidieuse mĂ©canique.

"J'ai identifiĂ© pas mal de paliers qui m'ont menĂ©e lĂ ", raconte Juliette. "Ces hommes, dans la manipulation, font des tests de soumission pour voir jusqu'oĂč la jeune femme va cĂ©der", estime la Française de 43 ans.

D'abord "le ciblage". En 2004, Juliette, 21 ans, est abordée sur les Champs-Elysées à Paris par le recruteur Daniel Siad, qui lui offre "des opportunités professionnelles" en mannequinat aux Etats-Unis. "Je pense qu'il a essayé de détecter si j'allais accepter sans poser trop de questions. Ce que j'ai fait, j'ai laissé l'ambiguïté pour ne pas paraßtre compliquée."

Pour seules informations, Juliette reçoit un billet d'avion et une adresse. Mais elle est confortée par son agence qui lui dit connaßtre M. Siad.

A New York, Juliette rencontre Jeffrey Epstein, dont elle découvre le nom. Il lui demande son passeport et lui annonce: "Je n'ai pas le temps de te voir aujourd'hui. Je te donne 120 dollars. Si jamais tu veux faire du shopping, j'ai ma limousine".

Ce passeport, c'est le "deuxiĂšme palier" franchi, une "prise d'otages", estime Juliette.

Le troisiĂšme, c'est "la dette". Avoir acceptĂ© cet argent a rendu Juliette "redevable sans l'avoir voulu". "J'ai longtemps eu honte. Des annĂ©es plus tard, j'ai mĂȘme rĂ©flĂ©chi Ă  les rembourser."

Le lendemain, Juliette espĂšre un entretien professionnel. Epstein lui "fait un tour du propriĂ©taire" traversant la cuisine, une salle de musculation dĂ©corĂ©e de "photos zoomant sur des parties intimes de femmes"... "Etait-ce un test discret de tolĂ©rance ? Pour voir si j'allais partir ou si j'acceptais d'ĂȘtre plongĂ©e dans un environnement... Ă©tonnant ?"

- "Radar interne" -

Puis le "palier final: la chambre". "Viens", lui aurait intimé Epstein.

"J'ai eu comme un radar interne. J'ai senti le besoin de dire: +Je vous préviens, je ne ferai rien+." "Ne t'inquiÚte pas", lui aurait-il répondu. "J'ai besoin de voir ton corps pour te présenter aux agences." Sa poitrine notamment.

"Je réfléchis un peu, mais j'ai fait sept heures d'avion, on a payé pour mon billet... Je le fais."

Epstein la "palpe" puis aurait dĂ©crĂ©tĂ©: "Ça ne va pas", prĂ©conisant une "remise en forme de trois mois". "Si tu as besoin d'argent, je peux te proposer des jobs."

Dans l'esprit de Juliette, "toutes les cases s'imbriquent": le passeport, l'argent, les photos, les jobs "douteux" comme "accompagnatrice en soirée"... Elle fait mine d'y réfléchir et demande à récupérer ses papiers. Epstein fouille parmi une "vingtaine de passeports" et les lui rend.

Elle ne donnera plus de nouvelles, mĂȘme si "Daniel Siad a tentĂ© de (la) joindre".

Aujourd'hui, Juliette tĂ©moigne pour "aider" les enquĂȘteurs qui cherchent des complices Ă©ventuels d'Epstein.

En 1990, Daniel Siad a aussi abordé Ebba P. Karlsson, en SuÚde. "Il était trÚs doué pour évaluer la vulnérabilité", estime la Suédoise de 56 ans. "Il s'attachait à saisir les désirs, en se présentant comme un sauveur... et il hameçonnait."

A elle, il promet "un job". Elle le rejoint à Monaco, le suit en France. "Il a commencé à me faire des approches: +Tu es tellement belle+, +Je t'aime bien+. Je répétais que je n'étais pas intéressée."

Plus les jours passaient, sans travail ni argent, plus elle était "dépendante".

Un soir, "il m'a violĂ©e", accuse-t-elle. "J'Ă©tais paralysĂ©e et effrayĂ©e. Personne ne savait oĂč j'Ă©tais."

Dans les jours qui suivent, il lui annonce avoir décroché un entretien chez l'agence Elite.

M. Siad, qui fait actuellement l'objet d'une enquĂȘte Ă  Paris, "conteste intĂ©gralement".

"J'espÚre que Daniel Siad n'est pas en train de porter la responsabilité, parce qu'il est encore vivant, d'agissements d'autres hommes décédés", a réagi auprÚs de l'AFP son avocate Menya Arab-Tigrine.

Son nom Ă©tait dĂ©jĂ  apparu dans une enquĂȘte liĂ©e Ă  l'agent de mannequins Jean-Luc Brunel, qui s'est suicidĂ© en dĂ©tention en 2022.

Pendant trois ans d'enquĂȘte, "personne n'a estimĂ© qu'il y avait des indices graves ou concordants justifiant d'interpeller M. Siad", relĂšve son conseil.

- "Rapprochements fantaisistes" -

Retour dans les années 1990.

Chez Elite, Ebba P. Karlsson passe un long entretien avec le directeur Gérald Marie qui la flatte sur "ses aspirations". Puis M. Marie sort "des portfolios" et lui demande: "Vous reconnaissez ces femmes ? Que font-elles pour gagner des sommes astronomiques ?". "Là, il glisse sa main entre mes jambes, vers mes parties intimes", accuse-t-elle.

Alors que la jeune femme a la sensation de "perdre toute force", Gérald Marie l'invite à un casting chez lui. Elle affirme y avoir défilé, "avec d'autres jeunes femmes", "seins nus", devant Daniel Siad notamment.

Elle prétend accepter le travail, mais devoir retourner en SuÚde. Elle ne reviendra pas.

"Gérald Marie subit ces attaques infondées depuis trop d'années", a fustigé auprÚs de l'AFP son avocate Céline Bekerman, qui "envisage des suites judiciaires".

En 2023, une enquĂȘte le visant pour viols a Ă©tĂ© classĂ©e pour prescription. "Certaines plaignantes, dont Mme P. Karlsson, font le choix de ne pas se conformer Ă  cette dĂ©cision" et "d'occuper l'espace mĂ©diatique en Ă©tablissant des rapprochements artificiels et fantaisistes entre GĂ©rald Marie et des affaires auxquelles il est Ă©tranger", dĂ©plore Me Bekerman.

AFP

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1 Commentaires
HULK
HULK
19 minutes

Que des innocents... Mais qui en savent beaucoup sur certains!