Justice

Drame du Cuba Libre: trois ans ferme pour les deux gérants

  • PubliĂ© le 22 octobre 2019 Ă  19:19
  • ActualisĂ© le 22 octobre 2019 Ă  19:38
"Au Cuba Libre", à Rouen, le 6 août 2017, au lendemain de l'incendie

Les deux gĂ©rants du Cuba Libre, oĂč 14 personnes sont mortes asphyxiĂ©es dans un incendie en aoĂ»t 2016, ont Ă©tĂ© condamnĂ©s mardi Ă  cinq ans de prison, dont trois ferme, par le tribunal correctionnel de Rouen oĂč s'est tenu ce procĂšs poignant, marquĂ© par le rĂ©cit glaçant des survivants.

Les prévenus "ont violé plusieurs obligations de prudence ou de sécurité imposées par la loi et le rÚglement. Ces violations sont à l'origine de l'incendie qui est la cause directe et certaine" des décÚs, a affirmé la présidente du tribunal. Si les deux hommes, condamnés également à une interdiction de gérer un établissement recevant du public, n'ont pas été placés sous mandat de dépÎt, la peine de prison ferme "n'est pas aménageable", a-t-elle précisé.

A la fin de la lecture du jugement, des familles des victimes ont fondu en larmes. Certaines ont crié "il a pris perpet' mon fils !" ou "rien à foutre de votre argent, on veut nos enfants !". Les dommages au civil que devront verser les deux condamnés se chiffrent au-delà du million d'euros.

Le parquet avait requis quatre ans de prison ferme à l'encontre de ces deux frÚres ùgés de 40 et 48 ans, estimant que leur établissement situé à Rouen n'était "qu'une somme de manquements en matiÚre de sécurité". Nacer et Amirouche Boutrif, qui avaient comparu libres au procÚs qui s'est tenu du 9 au 16 septembre, étaient jugés pour "avoir involontairement causé la mort" de 14 personnes, essentiellement des jeunes de 18 à 25 ans, et en avoir involontairement blessé cinq autres griÚvement.

Plusieurs parties civiles ont exprimĂ© leur mĂ©contentement. Me Dominique Lemiegre a fait part Ă  l'AFP "de l'amĂšre dĂ©ception de ses clients qui trouvaient dĂ©jĂ  que les quatre ans requis par le parquet Ă©taient insuffisants". Le pĂšre d'une des victimes a qualifiĂ© "d'intolĂ©rable" la dĂ©cision du tribunal correctionnel. Il a dĂ©noncĂ© "le laxisme de la justice et le laxisme de l'État", en faisant rĂ©fĂ©rence au manque de contrĂŽle des rĂšgles de sĂ©curitĂ©. "Les frĂšres vont refaire leur vie dans quelques annĂ©es avec leur famille, nous, il ne nous reste plus rien, les condamnĂ©s ce sont nous".

- "Pas le hasard" -

Le 5 aoĂ»t 2016, des amis fĂȘtaient les 20 ans d'OphĂ©lie dans le sous-sol de 24 m2 de ce bar de Rouen amĂ©nagĂ© sans autorisation en boĂźte de nuit et dont la porte de secours Ă©tait fermĂ©e, lorsque deux bougies du gĂąteau d'anniversaire, des fontaines Ă  Ă©tincelles, ont enflammĂ© le plafond de l'escalier. Les plafonds de cette cave Ă©taient recouverts de plaques de mousse en polyurĂ©thane insonorisante, matiĂšre extrĂȘmement inflammable, ce qui a entraĂźnĂ© une propagation rapide des flammes.

Gauthier, 20 ans, un des trois "miraculés" du Cuba Libre, avait raconté cette terrible soirée à la barre. "J'ai aperçu le feu dans la cage d'escalier. Il était trop tard pour l'éteindre. Plusieurs personnes dont moi se sont précipitées vers la porte de l'issue de secours pour l'ouvrir mais ça n'a pas ouvert", avait-il dit.

Lors de la lecture du jugement, la présidente a estimé qu'"il n'était ni nécessaire, ni réglementaire que cette porte soit verrouillée".
Les parties civiles ont pointé la responsabilité directe des deux gérants dans le drame. "Dans ce dossier, on ne peut pas dire +c'est la faute à pas de chance+. Ce n'est pas le hasard. Les 14 décÚs sont dus à une succession de fautes toutes aussi coupables les unes que les autres", avait estimé Me Rose-Marie Capitaine, conseil des familles de Florian, Donatien et Mavrick, tous trois décédés dans l'incendie.

Les avocats de la défense avaient, eux, essayé d'élargir le périmÚtre des responsabilités. Me Akli Aït Taleb, l'avocat de Nacer Boutrif, avait ainsi affirmé que "dÚs 2014, les policiers savaient ce qu'il se passait dans les sous-sol du Cuba Libre". Nacer, gérant principal du bar, sans casier judiciaire comme son frÚre cadet, a admis devant le tribunal des manquements aux rÚgles, aprÚs avoir racheté l'établissement en 2003.

AFP

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