Les moisissures, des élÚves en doudoune car la classe n'est plus chauffée, six mois pour réparer un robinet: enseignants et parents d'élÚves s'alarment du délabrement de certaines écoles publiques marseillaises.
Une description "apocalyptique" qui masque l'effort financier de la ville, rétorque la mairie.Face à une barre HLM de 10 étages dans les quartiers Nord, l'école Jean-Perrin, ses sols aux dalles défoncées, son gymnase hors d'usage... "On n'en peut plus, on a besoin que ça bouge", lance une déléguée des parents, mÚre de deux enfants.
"C'est pas nos enfants qui cassent le sol ou abßment les vitres", poursuit-elle, avant de montrer des clichés pris, à l'intérieur d'établissements de la ville, par les parents d'élÚves: dalles décollées, murs moisis, canalisations apparentes...
"On a l'impression d'ĂȘtre dans un pays en dĂ©veloppement", tempĂȘte, devant la maternelle, AĂŻcha Moulay. Ici, les petits ont dĂ» faire sans papier toilette pendant deux semaines, faute d'approvisionnement, raconte-t-elle: "Comment les enfants peuvent-ils se sentir citoyens de la RĂ©publique" dans ces conditions?
Sur internet, la lettre ouverte d'une enseignante, Charlotte Magri, révulsée, a fédéré la colÚre des parents et des profs. Elle y décrit le bùti qui menace ou le systÚme D pour donner des tables et des chaises à tous les élÚves.
Une colÚre partagée par plusieurs directrices d'écoles, réunies au sein du collectif Castellane.
"On craque", résume Magali Djian, leur porte-parole. "Vous voulez raboter une porte d'évacuation d'urgence qui ne s'ouvre plus. (Les services de la ville) viennent une fois pour voir, ils reviennent ils n'ont pas la rallonge, une troisiÚme fois ils n'ont pas l'échelle, et enfin, ils vous disent qu'ils ne peuvent pas dégonder la porte"...
"De maniÚre récurrente, il y a des problÚmes de chauffage. C'est arrivé de travailler avec 10 ou 12 degrés dans les classes. Les petits travaillent avec la doudoune et les gants", poursuit-elle.
A l'Ă©cole Saint-Louis-Consolat, pointĂ©e comme l'une de celle qui pose le plus problĂšme, le dĂ©labrement ne saute pas aux yeux. L'AFP a pu visiter le prĂ©fabriquĂ© oĂč depuis une quarantaine d'annĂ©es les minots des quartiers Nord usent leur fonds de culottes.
La classe semble propre, fraßchement repeinte. Mais selon Ali Saïd Hassan, parent d'élÚve, la ventilation est totalement insuffisante, ce dont témoigne l'odeur de renfermé. "Mon fils, en CE2, rentre de l'école, il pue", assure-t-il, ajoutant que plusieurs enfants développaient de l'asthme ou des sinusites.
Pour faire changer les choses, "on nous a conseillĂ© de faire flamber l'Ă©cole. Mais on ne le fera pas": pas question de nourrir la caricature des quartiers Nord, oĂč se concentrent les zones de pauvretĂ©.
- Gestion de l'urgence -
Selon Mme Magri, la mairie, responsable des bùtiments, "n'intervient pas" assez dans ces quartiers. "Tu es pauvre, tu as une école de m...., tu es riche, tu as une belle école. En tant que citoyenne et en tant qu'enseignante, j'ai honte", écrit-elle.
La ville ne fait que de "la gestion de l'urgence, et mĂȘme dans la gestion de l'urgence, c'est de moins en moins bien", abonde SĂ©verine Gil, prĂ©sidente de l'association de parents d'Ă©lĂšves MPE 13. Comme d'autres interlocuteurs, elle ne peut toutefois affirmer que le problĂšme se limite Ă certaines zones.
La controverse a pris un tour politique: la mairie centrale de Marseille souligne avoir consacré 198 millions d'euros en 2015 "à l'éducation et à la jeunesse", son premier poste de dépenses.
Tandis qu'au PS, la sénatrice-maire Samia Ghali dénonce des "conditions réelles d'apartheid" dans les quartiers Nord et que le député Patrick Menucci suggÚre de vendre le coûteux Stade Vélodrome pour remettre à flot les écoles, la municipalité, dirigée par Jean-Claude Gaudin (Les Républicains), assure que "l'ensemble des quartiers de la ville bénéficie de cette ambition de donner aux enfants les meilleures conditions d'apprentissage".
A l'Ă©cole Jean-Perrin, les enseignants regardent ces dĂ©bats avec un soupçon de rĂ©signation. Le dĂ©labrement des locaux "ne nous empĂȘche pas de faire cours", philosophe un instituteur: "Les enfants n'ont jamais vu autre chose, ils ne se rendent pas compte. Ils ne savent pas que c'est diffĂ©rent ailleurs."
- © 2016 AFP
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