Japon

Eaux de Fukushima: jour J pour le rejet en mer controversé

  • PubliĂ© le 24 aoĂ»t 2023 Ă  06:04
  • ActualisĂ© le 24 aoĂ»t 2023 Ă  07:23
Vue de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, au Japon, avec à gauche les réservoirs de stockage des eaux usées, le 14 février 2021

Les ingĂ©nieurs et techniciens Ă  la centrale nuclĂ©aire accidentĂ©e de Fukushima s'apprĂȘtent jeudi Ă  initier le rejet en mer d'eaux usĂ©es du site, une opĂ©ration sans danger selon Tokyo et les experts internationaux mais critiquĂ©e notamment par la Chine.

Le déversement va commencer à 13H00 heure japonaise (04H00 GMT), a annoncé dans un communiqué Tepco, l'opérateur de la centrale de Fukushima Daiichi.

Ce premier rejet devrait durer environ 17 jours et porter sur quelque 7.800 m3 d'eau tritiée de la centrale, avait précisé mercredi Tepco dans une présentation en ligne.

Le groupe prévoit trois autres déversements d'ici fin mars prochain, pour des volumes équivalents au premier.

Au total, le Japon prĂ©voit d'Ă©vacuer dans l'ocĂ©an Pacifique plus de 1,3 million de m3 d'eaux usĂ©es stockĂ©es jusqu'Ă  prĂ©sent sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi, provenant d'eau de pluie, de nappes souterraines et des injections nĂ©cessaires pour refroidir les cƓurs des rĂ©acteurs entrĂ©s en fusion aprĂšs le tsunami de mars 2011 qui avait dĂ©vastĂ© la cĂŽte nord-est du pays.

- Nombreuses précautions prises -

Ce processus sera trÚs progressif - il doit durer jusque dans les années 2050 - et la teneur d'eau tritiée dans les rejets en mer quotidiens n'excÚdera pas 500 m3.

L'eau a été filtrée au préalable pour la débarrasser de la plupart de ses substances radioactives, à l'exception du tritium, qui n'est pas dangereux pour l'environnement ou la santé humaine si sa concentration est trÚs faible.

Le Japon prévoit de rejeter de cette eau avec une importante dilution, de sorte de son niveau de radioactivité ne dépasse pas 1.500 becquerels (Bq) par litre.

Ce niveau est 40 fois inférieur à la norme nationale japonaise pour l'eau tritiée alignée sur la norme internationale (60.000 Bq/litre), et il est par ailleurs environ sept fois inférieur au plafond établi par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'eau potable (10.000 Bq/litre).

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui supervise l'opération de rejet, a donné son feu vert en juillet, jugeant que le projet était conforme "aux normes internationales de sûreté" et qu'il aura un impact radiologique "négligeable sur la population et l'environnement".

- Mesures de rétorsion chinoises -

Mais beaucoup voient les choses diffĂ©remment. Les pĂȘcheurs japonais d'abord redoutent un impact sur l'image de leurs produits.

Cet impact se fait déjà sentir au niveau de leurs exportations, la Chine ayant interdit dÚs juillet les importations de denrées de dix départements japonais, dont celui de Fukushima. Hong Kong et Macao ont pris des mesures similaires cette semaine.

"L'ocĂ©an est la propriĂ©tĂ© de toute l'humanitĂ©, ce n'est pas un lieu oĂč le Japon peut arbitrairement rejeter de l'eau contaminĂ©e", a fustigĂ© mardi un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

Le rejet en mer d'eau tritiée est cependant une pratique courante de l'industrie nucléaire dans le monde entier, et le niveau annuel de radioactivité de ces rejets par les centrales nucléaires chinoises est bien supérieur à celui prévu à Fukushima Daiichi, a relevé Tokyo.

"C'est un cas classique oĂč la perception du risque liĂ© au tritium est radicalement plus Ă©levĂ© que le vĂ©ritable risque qu'il reprĂ©sente", a commentĂ© cette semaine Tom Scott, un expert de l'universitĂ© de Bristol (Angleterre), rappelant par ailleurs que le tritium est naturellement prĂ©sent dans la haute atmosphĂšre terrestre et dans les ocĂ©ans.

Selon des analystes, la position intransigeante de Pékin sur l'eau de Fukushima est trÚs probablement aussi liée aux relations sino-japonaises déjà tendues sur de nombreux sujets économiques et géopolitiques.

D'autres Etats d'Asie-Pacifique ayant de meilleures relations avec le Japon comme la Corée du Sud, Taïwan, l'Australie ou encore les ßles Fidji et les ßles Cook, ont ainsi exprimé leur confiance quant à la sécurité du processus du rejet contrÎlé par l'AIEA.

AFP

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