Les ministres de l'Ănergie de l'Union europĂ©enne, rĂ©unis Ă Bruxelles, se sont accordĂ©s mardi pour rĂ©duire leur consommation de gaz de façon coordonnĂ©e et voler ainsi au secours de l'Allemagne, aprĂšs une nouvelle baisse drastique des livraisons russes.
"Ce n'était pas une mission impossible! Les ministres sont parvenus à un accord politique sur la réduction de la demande de gaz en prévision de l'hiver prochain", a annoncé la présidence tchÚque de l'UE sur son compte Twitter.
Le plan, proposé la semaine derniÚre par la Commission, a été profondément remanié, mais ses grands principes sont préservés.
Il prĂ©voit toujours que chaque pays fasse "tout son possible" pour rĂ©duire, entre aoĂ»t 2022 et mars 2023, sa consommation de gaz d'au moins 15% par rapport Ă la moyenne des cinq derniĂšres annĂ©es sur la mĂȘme pĂ©riode.
En cas de "risque de grave pénurie", un mécanisme d'alerte rendra "contraignante" pour les Vingt-Sept la réduction de 15%, mais cet objectif sera adapté aux réalités de chaque pays, notamment aux capacités d'exporter les quantités de gaz économisées aux pays dans le besoin, grùce à une série d'exemptions.
Le géant russe Gazprom a annoncé lundi qu'il réduirait dÚs mercredi drastiquement, à 33 millions de m3 ses livraisons quotidiennes à l'Europe via le gazoduc Nord Stream, arguant de la nécessité de maintenance d'une turbine.
"L'UE est unie et solidaire. La dĂ©cision d'aujourd'hui a clairement montrĂ© que les Ătats membres s'opposeront Ă toute tentative russe de diviser l'UE en utilisant l'approvisionnement Ă©nergĂ©tique comme une arme", a dĂ©clarĂ© le ministre tchĂšque en charge de l'Ănergie, Jozef Sikela, dont le pays assure la prĂ©sidence tournante de l'UE.
"L'adoption de la proposition (...) en un temps record a incontestablement renforcé notre sécurité énergétique commune. En économisant du gaz maintenant, nous serons mieux préparés. L'hiver sera beaucoup moins coûteux et plus facile pour les citoyens et l'industrie de l'UE", a-t-il affirmé.
- Opposition de la Hongrie -
"RĂ©duire notre consommation de gaz (...) est le meilleur moyen de rĂ©agir au chantage au gaz de Poutine", a commentĂ© son homologue luxembourgeois, Claude Turmes. Parmi les 27, seule la Hongrie s'est opposĂ©e au texte, a-t-il soulignĂ©. "Nos chaines de production industrielles sont complĂštement interdĂ©pendantes. Si la chimie tousse en Allemagne alors c'est toute l'industrie europĂ©enne qui peut s'arrĂȘter", avait averti la ministre française AgnĂšs Pannier-Runacher, Ă son arrivĂ©e pour la rĂ©union.
Au cĆur du dispositif europĂ©en, la rĂ©duction contraignante de 15% de la consommation avait suscitĂ© des critiques. Elle vise Ă mutualiser l'effort en cas d'urgence pour aider notamment l'Allemagne, trĂšs dĂ©pendante du gaz russe. Un choc majeur sur la premiĂšre Ă©conomie europĂ©enne se rĂ©percuterait immanquablement sur l'ensemble des Vingt-Sept. D'oĂč le besoin de solidaritĂ©.
Elle impose de fait des contraintes à des pays comme la France ou l'Espagne, pourtant à l'abri d'une rupture des approvisionnements russes grùce à leurs politiques énergétiques. "L'Allemagne a commis une erreur stratégique dans le passé" en cultivant cette dépendance envers Moscou et le gouvernement travaille d'arrache-pied pour la supprimer, a reconnu le ministre allemand Robert Habeck, tout en demandant la solidarité européenne. "Nous devons maintenant résoudre cela ensemble", a-t-il dit.
Le plan avait fait ces derniers jours l'objet de vives critiques de la part de plusieurs Ătats. Parmi les plus virulents: les pays d'Europe du sud, dont l'Espagne, oĂč le souvenir des plans de rigueur douloureux imposĂ©s par Berlin aprĂšs la crise financiĂšre de 2008 est encore vif.
La ministre espagnole de la Transition écologique Teresa Ribera avait dénoncé un manque de concertation de la Commission et jugé le plan "injuste" et "inefficace".
Les diplomates des 27 en ont tenu compte. Ce sera finalement le Conseil de l'UE, reprĂ©sentant les Ătats membres, et non la Commission, comme celle-ci le demandait, qui dĂ©cidera de la mise en Ćuvre Ă©ventuelle des objectifs contraignants.
L'accord prĂ©voit des exemptions pour les Ătats, notamment insulaires, qui ne sont pas interconnectĂ©s aux rĂ©seaux de gaz des autres pays ou pour ceux qui ont dĂ©passĂ© leurs objectifs de remplissage des rĂ©servoirs de gaz. Il rĂ©duit aussi l'objectif d'Ă©conomie des pays dont les interconnections sont limitĂ©s ou qui ont besoin du gaz pour certaines "industries critiques".
AFP


