Bétail affamé au Salvador à cause de la sécheresse, récifs coralliens du monde entier en danger : les effets du puissant El Niño continuent à se faire sentir à travers le monde.
Ce phénomène climatique, qui réchauffe les eaux du Pacifique équatorial, accentue sécheresses, inondations et autres événements météorologiques extrêmes, avec des conséquences déjà visibles sur les populations dans le monde.
- Coraux et forêts menacés -
L'actuel épisode d'El Niño représente une menace "terrifiante" pour les précieux récifs coralliens du monde, a dit à l'AFP David Obura, chef du groupe de spécialistes sur la biodiversité sous l'égide de l'ONU.
Le scientifique a conduit une vaste étude publiée dans la revue Nature, montrant une forte détérioration de la santé des coraux bâtisseurs de récifs depuis le dernier état des lieux mondial datant de 2008.
"Nos résultats montrent qu'en 2020, près de la moitié des espèces de coraux étaient à risque élevé d'extinction", en premier lieu en raison du changement climatique, conclut l'étude menée par des dizaines de chercheurs.
Les coraux — barrières contre l'érosion et réservoirs de biodiversité, qui stockent également le carbone — blanchissent sous l'effet de la chaleur, ce qui les rend particulièrement vulnérables au réchauffement climatique. Dans des océans plus chauds, ils expulsent les micro-organismes qui leur fournissent leurs couleurs vives et leur nourriture, finissant par mourir de faim.
- Vaches affamées au Salvador -
Dans un marché aux bestiaux du Salvador défilent des vaches efflanquées, victimes de la sécheresse, sous l'oeil inquiet des éleveurs.
Les propriétaires des animaux sont contraints de les vendre à prix cassés, avant qu'ils ne succombent au manque de pluie.
Le couloir sec centraméricain, zone aride qui s'étend du sud du Mexique à l'ouest du Panama, est particulièrement vulnérable à El Niño. Faute de pluie, l'herbe n'y pousse plus et le prix de la nourriture pour le bétail a fortement augmenté.
Selon l'Association des éleveurs de bétail du Salvador, la sécheresse provoquée par El Niño touche 60 % du cheptel bovin du pays, avec un impact particulièrement marqué dans les zones du couloir sec.
- Choc énergétique et pauvreté -
Les prix de l'énergie, El Niño et le durcissement du crédit pourraient pousser des millions de personnes vers la pauvreté dans les pays en développement, acculés par des chocs à répétition, a déclaré à l'AFP le chef du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Alexander De Croo.
À la flambée des cours des hydrocarbures consécutive au conflit au Moyen-Orient s'ajoute El Niño, qui menace les récoltes en Asie, Afrique et Amérique latine.
"Entre novembre et février, il est fort probable que l'on connaisse de longues périodes de sécheresse, ce qui aura des répercussions supplémentaires sur les approvisionnements alimentaires" et l'inflation, prévient Alexander De Croo.
Selon le PNUD, environ 130 millions de personnes dans le monde risquent de basculer dans la pauvreté cette année si la hausse des prix de l'énergie et des denrées alimentaires est intégralement répercutée.
Au Sri Lanka, par exemple, la banque centrale s'inquiète des effets d'El Niño sur l'économie du pays, qui a traversé la plus grave crise de son histoire en 2022.
- Ce que disent les scientifiques -
Pour l'agence météo britannique, El Niño est "sans précédent". Le "plus puissant jamais observé", selon son homologue japonaise. Les prévisionnistes américains estiment, eux, qu'il n'a pas encore dépassé les épisodes les plus intenses du passé.
Ces conclusions ne se contredisent pas. Certaines regardent la température à la surface de l'eau, d’autres son écart avec "la normale", et cette "normale" elle-même peut être calculée de plusieurs façons.
"Dans tous les cas, nous sommes face à un El Niño très puissant", souligne auprès de l'AFP la climatologue Emily Becker, de l'Université de Miami. C'est seulement quand il sera terminé que les scientifiques pourront déterminer précisément "où il se situe dans les annales."
- El Niño en chiffres -
4,3°C : C'est à ce point que le mois d'août a été plus chaud que la normale au Salvador, selon une analyse de l'AFP s'appuyant sur des données satellitaires, des relevés au sol et des modélisations issus de l'observatoire européen Copernicus. De nombreux pays moins bien dotés en équipements ne publient pas leurs propres données climatiques détaillées.
1982 : L'année où El Niño a été le plus puissant, selon les données de l'agence américaine de météo, la NOAA, selon laquelle le phénomène actuel devrait probablement dépasser ce record.
44% : C'est la proportion d'espèces de coraux bâtisseurs de récifs menacées d'extinction.
- Pacifique -
Selon la NOAA, une anomalie de 2,5 degrés dans une zone précise du Pacifique par rapport au reste de l'océan tropical qui se maintiendrait pendant trois mois correspondrait à l'épisode d'El Niño le plus intense jamais enregistré.
Ce phénomène climatique constitue le principal facteur naturel de la variabilité climatique d'une année à l'autre.
Les variations dans les zones où l'océan libère de la chaleur vers l'atmosphère se répercutent sur les conditions météorologiques à l'échelle mondiale, rendant certaines régions plus fraîches et plus humides, tandis que d'autres deviennent plus chaudes et sèches.
Ces effets sont appelés "téléconnexions".
Mais si les phénomènes El Niño et La Niña (lorsque le Pacifique équatorial est plus froid que la normale) favorisent certains scénarios, ils ne les garantissent pas pour autant.
AFP


D'après le gouvernement c'est la faute de LFI et l'ultra gauche ,?