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Emeutes de Moirans: des peines "mesurées" requises par le parquet

  • PubliĂ© le 22 septembre 2016 Ă  20:46
Des prévenus sortent de la salle d'audience du TGI de Grenoble, le 19 septembre 2016

"Mansuétude" ou "laxisme"? Le parquet a requis jeudi jusqu?à 14 mois de prison ferme à l'encontre de trois suspects des émeutes de Moirans (IsÚre) à l'automne 2015 mais il a demandé du sursis à l'encontre des neuf autres prévenus.


Le tribunal rendra son jugement mercredi Ă  14H00.
"Cette ville de Moirans a vécu un état de siÚge. Le visage de Marianne, ce jour-là, a été bafoué, a été sali", a estimé le vice-procureur Michel Coste dans son réquisitoire.
Le magistrat qui n'a pas requis l'incarcĂ©ration des prĂ©venus Ă  l'issue du procĂšs, a mĂȘme soulignĂ© que les peines requises pouvaient "ĂȘtre amĂ©nagĂ©es Ă  condition que l'on indemnise les victimes".
Des peines de prison ferme, allant de 6 à 14 mois, ont été requises à l'encontre de seulement trois prévenus, qualifiés d'émeutiers "hyper actifs", au casier judiciaire déjà trÚs chargé.
- 'Déraison d'une colÚre' -
Les douze suspects (neuf hommes et trois femmes), ùgés de 18 à 58 ans, sont poursuivis pour leur participation supposée à l'éruption de violence qui a embrasé cette petite bourgade au nord de Grenoble, le 20 octobre 2015.
Plusieurs dizaines d'émeutiers avaient alors incendié des pneus, palettes et voitures sur une route départementale et bloqué la ligne SNCF Lyon-Grenoble en y jetant des voitures brûlées. Ils protestaient contre le refus d'un juge d'autoriser la sortie de prison de Mike Vinterstein, 24 ans, appartenant à la communauté des gens du voyage, pour assister aux obsÚques de son frÚre de 17 ans.
"Nul ne peut contraindre la justice ou la prendre en otage, fût-ce par médias interposés", a lancé le magistrat, en vilipendant la "déraison d'une colÚre qui n'était pas sainte".
Son réquisitoire, ferme dans le ton, a néanmoins été salué par les avocats de la défense qui ont retenu les "peines mesurées, intelligentes, bienveillantes", selon l'expression de Me Ronald Gallo, qui défend deux prévenus.
Me Karine Bouden a elle aussi salué la "mansuétude, la mesure du procureur" et estimé que la peine requise était "juste" pour son client (deux ans de prison dont six mois ferme).
A l'instar du magistrat, l'avocate a évoqué la figure de Marianne qui "n'aurait pas été choquée que le jeune Mike assiste aux funérailles de son frÚre".
Elle a critiqué aussi le manque de réactivité des forces de l'ordre au moment des émeutes. "Au bout du compte, on a douze prévenus dans le box sur cinquante émeutiers! C'est ça l'idéal de Marianne?", a interrogé Me Bouden.
- 'Décalage'-
Aucune interpellation n'avait eu lieu le jour des faits, ce qui avait valu au gouvernement d'ĂȘtre taxĂ© de "laxisme" par l'opposition.
Une critique reprise jeudi à l'encontre des réquisitions du parquet. "Pour la population de Moirans, ces réquisitions vont apparaßtre, je le crains, particuliÚrement gentilles voire laxistes", a ainsi estimé Me Denis Dreyfus, avocat de la commune de Moirans, partie civile au procÚs.
L'avocat, qui a pointé le "décalage complet" entre la peine encourue (10 ans ferme) et les peines requises, a dit souhaiter que le tribunal "aille au-delà" des réquisitions.
Dans une affaire similaire, dix personnes de la communauté des gens du voyage, soupçonnées d'avoir bloqué l'autoroute A1 fin août 2015 prÚs de Roye (Somme), avaient été condamnées à des peines allant jusqu'à 18 mois de prison ferme, et deux avaient été relaxées. Le parquet avait alors requis des peines allant jusqu'à trois ans ferme.
"En correctionnelle, on envoie facilement en dĂ©tention pour des choses moins graves", a remarquĂ© Me Dreyfus qui a en outre jugĂ© "particuliĂšrement naĂŻf" de penser que les victimes pourront ĂȘtre remboursĂ©es, les prĂ©venus Ă©tant pour la plupart au RSA ou en emploi prĂ©caire.
Mercredi, les parties civiles avaient rĂ©clamĂ© plus de 400.000 euros de dommages et intĂ©rĂȘts pour les dĂ©gradations commises (voitures brĂ»lĂ©es, trains supprimĂ©s ou annulĂ©s, commerces dĂ©gradĂ©s, etc.).

Par Philippe BERNES-LASSERRE - © 2016 AFP
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