Des dizaines de personnes auraient été tuées

Emeutes en Iran: l'Etat affirme sa victoire contre un "complot" étranger

  • PubliĂ© le 20 novembre 2019 Ă  19:52
  • ActualisĂ© le 21 novembre 2019 Ă  04:55
Des Iraniennes marchent devant une banque locale vandalisée durant les manifestations, à Chahriar, en banlieue ouest de Téhéran, le 20 novembre 2019

L'Etat iranien a affirmĂ© mercredi ĂȘtre sorti victorieux d'un "complot" ourdi Ă  l'Ă©tranger aprĂšs plusieurs jours de manifestations violentes contre une hausse du prix de l'essence lors desquelles des dizaines de personnes auraient Ă©tĂ© tuĂ©es.

"Notre peuple est sorti victorieux à diverses reprises face au complot des ennemis, et cette fois encore, face à ces émeutes", a déclaré le président Hassan Rohani, alors que la télévision d'Etat diffusait des images de manifestations pro-gouvernementales dans plusieurs villes.

Les troubles ont commencé vendredi soir quelques heures aprÚs l'annonce d'une réforme du mode de subvention de l'essence, censée bénéficier aux ménages les moins favorisés mais s'accompagnant d'une trÚs forte hausse du prix à la pompe, en pleine crise économique.

Les manifestations se sont rapidement étendues à au moins 40 villes et localités, s'accompagnant d'incendies ou d'attaques de stations-service, commissariats, centre commerciaux, mosquées ou bùtiments publics, selon les médias iraniens.

L'ONG Amnesty International a accusé le pouvoir d'avoir recouru excessivement "à la force létale pour écraser des manifestations largement pacifiques".

Les autorités ont confirmé la mort de cinq personnes --quatre membres des forces de l'ordre tués par des "émeutiers" et un civil-- mais le Haut Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU craint que "des dizaines" de personnes aient perdu la vie et Amnesty estime qu'"au moins 106 contestataires" auraient été tués.

La situation reste trÚs difficile à évaluer du fait d'une coupure quasi totale d'internet depuis quatre jours.

- "Anarchistes peu nombreux" -

"Les anarchistes qui sont descendus dans les rues étaient peu nombreux", mais ils agissaient conformément à "un complot ourdi par les forces réactionnaires de la région, les sionistes et les Américains", a déclaré M. Rohani.

A Ryad, le roi Salmane d'Arabie saoudite, royaume allié des Etats-Unis et réguliÚrement qualifié de "réactionnaire" par Téhéran a appelé l'Iran, son grand rival régional, à renoncer à "son idéologie expansionniste et destructrice qui nuit à son propre peuple".

Mardi, le guide suprĂȘme iranien Ali Khamenei avait affirmĂ© que les Iraniens avaient "repoussĂ© l'ennemi dans la guerre politique", et "ces derniers jours", "dans l'arĂšne de la guerre sĂ©curitaire".

Washington, qui accuse Téhéran de tous les maux au Moyen-Orient, a apporté son soutien aux manifestants.

L'agitation survient alors que l'Iran, membre de l'Opep, traverse une grave récession alimentée par le retrait unilatéral des Etats-Unis en 2018 de l'accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement de lourdes sanctions américaines.

Des dizaines de villes d'Iran, des plus grandes agglomérations à des chefs-lieux de canton, ont été touchées par les manifestations ayant rapidement dégénéré en émeutes.

Mais depuis lundi soir, la télévision d'Etat et certaines agences iraniennes diffusent des images de rassemblements pro-pouvoir. Selon ces images, des manifestations de soutien au gouvernement ont eu lieu mercredi à Ardébil, Arak, Hamédan et Gorgan, dans la moitié nord du pays.

Ces "immenses rassemblements spontanés" sont "la meilleure preuve du pouvoir de la nation iranienne" et de "son unité" sous la banniÚre de la République islamique, a jugé M. Rohani.

- "Jeunes ignares" -

A Chahriar, banlieue ouest de Téhéran, plusieurs milliers de personnes ont scandé "Mort à l'Amérique" lors des funérailles d'un membre des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne, tué dans les violences.

La foule, arborant des pancartes "A bas les Etats-Unis", a suivi le cercueil en passant devant un bureau de poste, une succursale bancaire et un centre commercial incendiés ces derniers jours, selon des journalistes de l'AFP.

"Ma pension est de 1,8 [millions de] tomans", soit environ 135 euros par mois, a déclaré à l'AFP YounÚs Aboutalébi un retraité dans le cortÚge. "Si on me la coupe, je n'irai pas mettre le feu [...] à une banque. Qu'est-ce que c'est que ça ? Ces jeunes ignares ont mis à feu toute Chahriar".

Mardi à GenÚve, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme s'est dit trÚs inquiet "que l'utilisation de munitions réelles [ait pu causer] un nombre important de décÚs".

"Des dizaines de personnes pourraient avoir été tuées", avait-il ajouté, parlant également de "plus de 1.000" arrestations.

Pour Amnesty International, "le bilan véritable" pourrait atteindre "jusqu'à 200" morts.

Mercredi, le ministÚre des Affaires étrangÚres français a exprimé "sa vive inquiétude face aux informations faisant état de la mort de nombreux manifestants au cours des derniers jours" en Iran.

MalgrĂ© les fortes tensions entre Washington et TĂ©hĂ©ran, la Marine amĂ©ricaine a annoncĂ© que le porte-avions USS Abraham Lincoln Ă©tait entrĂ© mardi dans le Golfe oĂč les Etats-Unis entendent ainsi "dĂ©montrer [leur] dĂ©termination" Ă  faire respecter la libertĂ© de navigation.

 AFP

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