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Emmanuel Moulin proposé sans surprise pour prendre la tête de la Banque de France

  • Publié le 5 mai 2026 à 23:41
Emmanuel Moulin, alors secrétaire général de l'Elysée, le 24 avril 2026 à Athènes, en Grèce

Emmanuel Macron a proposé mardi l'ex-secrétaire général de l'Elysée Emmanuel Moulin pour prendre la tête de la Banque de France, un scénario attendu mais qui a relancé de premières critiques en raison de la proximité de ce haut fonctionnaire avec le chef de l'Etat.


"Le président de la République envisage, sur proposition du Premier ministre, de nommer M. Emmanuel Moulin gouverneur de la Banque de France", pour succéder à François Villeroy de Galhau, a déclaré l'Elysée dans un communiqué.
Ancien directeur général du Trésor âgé de 57 ans, passé dans de nombreux cabinets de l'exécutif sous les présidences Sarkozy et Macron, Emmanuel Moulin devra maintenant convaincre les parlementaires des commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat, qui peuvent exercer un droit de veto à leur majorité des trois cinquièmes.
La procédure prévoit qu'il soit auditionné par ces commissions. Ces auditions, publiques, ne peuvent "avoir lieu moins de huit jours après que le nom de la personne dont la nomination est envisagée a été rendu public", précisent les textes.
S'il est confirmé, Emmanuel Moulin pourra rester en fonctions sur toute la durée du prochain quinquennat présidentiel, jusqu'en juin 2032.
- "Indépendance" -
Outre ses prérogatives en matière de politique monétaire, la Banque de France est un acteur économique clé, avec des missions comme la lutte contre le surendettement, la fixation du taux du Livret A ou la fabrication des billets.
L'actuel gouverneur François Villeroy de Galhau avait annoncé en février son départ anticipé début juin, un an et demi avant le terme de son mandat, pour prendre la tête de la fondation Apprentis d'Auteuil, engagée dans la protection de l'enfance.
Depuis, le nom d'Emmanuel Moulin circulait comme favori. Celui-ci avait mené campagne dans l'ombre pour ce poste ces dernières semaines, rencontrant des parlementaires.
Il avait annoncé récemment lors d'une réunion de cabinet qu'il allait "tenter sa chance" et venait de quitter ses fonctions de secrétaire général de l'Elysée, remplacé lundi à ce poste par Pierre-André Imbert.
Avec un tel choix, le chef de l'Etat, accusé de vouloir placer ses proches aux postes-clés à l'approche de la fin de sa présidence dans un an, prête le flanc à de nouvelles critiques.
Il a déjà nommé Richard Ferrand, un fidèle de la première heure, à la présidence du Conseil constitutionnel --une proposition validée de justesse par le Parlement--, et l'ex-ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, un choix vivement critiqué par l'opposition.
Le président de la commission des Finances de l'Assemblée, Eric Coquerel (LFI), a prévenu mardi soir qu'il s'opposerait à la nomination d'Emmanuel Moulin, dans un communiqué.
"La Banque de France est une institution dont l'un des piliers principaux est l'indépendance" et "le parcours récent de M. Moulin (...) garantit presque l'inverse", a estimé M. Coquerel. "Je suis donc opposé à cette nomination" et "je voterai contre."
- Trois candidats auditionnés -
Haut fonctionnaire ayant gravi tous les échelons financiers de l'Etat, Emmanuel Moulin a débuté sa carrière au Trésor.
Il avait commencé dès 2007 à travailler dans les cercles de l'exécutif sous la droite, comme directeur adjoint du cabinet de l'ex-ministre de l'Economie Christine Lagarde. Il avait rejoint l'Élysée en 2009 comme conseiller économique du président Nicolas Sarkozy jusqu'en 2012.
Après un passage dans le privé, il était revenu en 2017 au ministère des Finances comme directeur de cabinet de Bruno Le Maire, avant d'être nommé directeur du Trésor fin 2020.
Il était ensuite devenu en 2024 directeur de cabinet de Gabriel Attal, alors Premier ministre, puis avait rejoint l'Elysée en 2025 comme secrétaire général de la présidence.
D'autres noms avaient circulé pour le poste de gouverneur, dont ceux de la seconde sous-gouverneure de la Banque de France Agnès Bénassy-Quéré ou de Laurence Boone, ex-secrétaire d'Etat et ex-cheffe économiste de l'OCDE, aujourd'hui à la tête de la banque Santander en France.
M. Moulin, comme deux autres candidats, avaient été auditionnés par le ministre de l'Economie Roland Lescure, avait appris récemment l'AFP, sans précisions sur les noms de deux autres personnes entendues.

Par Benjamin LEGENDRE - © 2026 AFP
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