Ils roulent, courent ou enchaĂźnent les sauts pĂ©rilleux: le vendredi, jour de week-end en Afghanistan, et lors des fĂȘtes, hommes et garçons se retrouvent sur la montagne de Reg-e-Rawan, dans l'est du pays, pour dĂ©valer sa pente abrupte et sableuse.
Imran Saeedi, un lycéen de 16 ans, prend son élan et descend en courant dans le sable couleur miel. D'un coup, il se retourne et effectue un salto arriÚre en pleine pente.
Ses amis, postés sur les cÎtés de la piste immortalisent ses prouesses sur leur téléphone. D'autres applaudissent les figures acrobatiques.
"Bien sûr j'ai peur quand je fais un saut ou un salto, et bien sûr on peut se blesser, mais malgré tout, j'aime le plaisir et l'amusement que cela me procure", confie le jeune homme qui en plus de ses études travaille dans un magasin pour gagner un peu d'argent durant la semaine.
"Comme je ne peux pas fréquenter un club de gym en raison de mes horaires, je viens ici pratiquer et j'apprends", explique-t-il. "DÚs le début de la semaine, je commence à attendre le week-end pour venir à Reg-e-Rawan ("les sables mouvants", en Dari une des langues locales) pour m'amuser".
Avant de pouvoir éprouver ces sensations de glisse et de détente, il a dû grimper à pied jusqu'en haut de la montagne, un défi, qui prend une heure ou plus, selon la forme physique de chacun.
Longue d'un kilomÚtre et large de 500 mÚtres, la piste sableuse de Reg-e-Rawan date d'il y a plusieurs milliers d'années, affirme à l'AFP le directeur du tourisme au département pour la culture de Kapisa, Nusratullah Nusrat.
"Ce qui est unique ici, c'est que le niveau du sable ne diminue pas en haut de la montagne. MĂȘme s'il glisse vers le bas quand les gens descendent, il revient Ă sa place originale", ajoute-t-il.
Certains, comme Mirwais Kamran, sont venus en simples spectateurs. A 48 ans, cet homme d'affaires installé à Kaboul a fait trois heures de route pour emmener certains de ses 12 enfants "s'amuser". S'il aime grimper au sommet, il s'abstient toutefois de dévaler la pente en courant ou en sautant, mais observe avec plaisir le spectacle.
Au sommet de Reg-e-Rawan ou sur les rochers qui bordent la piste de sable, des groupes d'hommes pique-niquent, discutent ou filment les roulades ou saltos les plus impressionnants. Des membres des forces de sécurité talibanes profitent aussi de la vue ou descendent en courant, leur arme sur l'épaule.
- "Effacer" la tristesse -
Nohzatullah Ahmadzai, 22 ans, lui aussi originaire de Kaboul, découvre "les sables mouvants" pour la premiÚre fois.
"Maintenant, il y a de la sécurité dans notre pays", se réjouit cet homme qui dit avoir visité la plupart des provinces d'Afghanistan depuis que le gouvernement taliban est arrivé au pouvoir en 2021.
La province de Kapisa avait été particuliÚrement touchée aprÚs 2005 par les violences entre combattants talibans et forces armées loyales au gouvernement de l'époque, rendant le tourisme difficile.
"Je suis une personne qui tombe dans la dépression quand je suis triste, visiter ce genre d'endroit efface ce sentiment en moi", souligne M. Ahmadzai.
"Nous, les humains avons besoin de la nature, et quand nous sommes stressés, nous pouvons visiter des sites naturels pour nous relaxer", ajoute-t-il.
Les femmes ne sont toutefois pas autorisĂ©es Ă se rendre Ă Reg-e-Rawan et Ă profiter de cette nature. La police pour la RĂ©pression du vice contrĂŽle strictement. Des familles ont Ă©tĂ© priĂ©es de faire demi-tour pour cette raison, le jour oĂč l'Ă©quipe AFP Ă©tait prĂ©sente.
Les autorités talibanes ont imposé de multiples restrictions aux femmes. Ces derniÚres ne peuvent pas poursuivre leurs études au-delà de 12 ans et ont l'interdiction de fréquenter parcs et jardins publics.
AFP



