En Alaska, Trump se fait voler la vedette par Poutine

  • PubliĂ© le 16 aoĂ»t 2025 Ă  20:35
  • ActualisĂ© le 17 aoĂ»t 2025 Ă  07:00
Donald Trump et Vladimir Poutine à Anchorage, en Alaska, le 15 août 2025

Il assurait avant la rencontre qu'avec lui, Vladimir Poutine "ne ferait pas le malin". Mais vendredi Donald Trump, habitué à dominer toute rencontre bilatérale, a laissé le devant de la scÚne au président russe.

"Pour un homme dotĂ© d'un tel sens du spectacle, Trump, de maniĂšre inhabituelle, a laissĂ© Poutine ĂȘtre la star de son spectacle", a commentĂ© Kristina Berzina, experte du German Marshall Fund.

Le président américain n'a pas décroché de concession de son homologue lors de cette rencontre qui devait dessiner une trajectoire de paix pour l'Ukraine aprÚs plus de trois années de guerre.

Pendant de rapides déclarations conjointes à la presse, qui n'ont pas été suivies de la session de questions-réponses promise, Vladimir Poutine, parlant en premier, a pu dérouler son argumentaire habituel.

Il a ainsi rĂ©pĂ©tĂ© que "toute les causes profondes" du conflit devaient ĂȘtre "Ă©liminĂ©es".

- Réservé -

Le président russe a réussi à écarter la conclusion d'un cessez-le-feu immédiat, réclamé par Kiev, au profit de négociations en faveur d'un accord de paix, pendant lesquelles l'offensive russe peut se poursuivre.

Donald Trump se targue d'ĂȘtre un nĂ©gociateur hors pair et recourt volontiers Ă  l'intimidation quand il reçoit des dirigeants Ă©trangers, le prĂ©sident ukrainien Volodymyr Zelensky en a fait la cuisante expĂ©rience.

Sa rencontre avec le maßtre de Kremlin n'a certes pas été une redite du sommet de Helsinki en 2018.
Donald Trump avait alors suscité un tollé politique en prenant pour argent comptant les dénégations de Vladimir Poutine dans une affaire d'ingérence électorale russe.

Mais vendredi, l'ancien animateur de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© de 79 ans s'est montrĂ©, en public tout du moins, rĂ©servĂ© et parfois mĂȘme un peu crispĂ©.

- Mimiques -

Le président américain était chez lui, sur une immense base aérienne, entouré des avions de combat américains les plus sophistiqués.

Pourtant, lors de leurs apparitions publiques communes pendant les quelques heures passées en Alaska, Vladimir Poutine a semblé plus décontracté, gesticulant, souriant, faisant des mimiques.

Et Donald Trump, si prompt à transformer toute rencontre avec les journalistes en longue conférence de presse improvisée, n'a pas répondu à une seule question sur place.

Il a réservé ses premiÚres réponses aprÚs la rencontre au présentateur vedette de la chaßne Fox News Sean Hannity, dont il est proche.
Jennifer Kavanagh, directrice des études militaires chez Defense Priorities, organisation qui prÎne le désengagement américain, a

toutefois souligné que Donald Trump n'avait pas livré l'Ukraine sur un plateau au président russe, comme le craignaient certains.

- Elections -

"Il mérite la reconnaissance" pour ses efforts de médiation, juge-t-elle. Le milliardaire, fasciné par les régimes autoritaires, a lancé aprÚs la rencontre que Vladimir Poutine était "incroyablement dur".

Le prĂ©sident amĂ©ricain a mĂȘme estimĂ©, pendant son Ă©change avec Sean Hannity, que "l'une des choses les plus intĂ©ressantes" que Vladimir Poutine lui a dites portait sur... le systĂšme Ă©lectoral, en l'occurrence la nĂ©cessitĂ© de supprimer le vote par correspondance.

Le président russe, au pouvoir depuis plus de 20 ans et élu l'an dernier avec 88% des voix, aurait aussi assuré à Donald Trump qu'il avait "largement" remporté l'élection de 2020.

Elle a été gagnée par Joe Biden, mais le républicain refuse de le reconnaßtre.

- Poulet frit -

En Alaska, Vladimir Poutine a par ailleurs assuré que si Donald Trump avait été au pouvoir, la guerre en Ukraine n'aurait certainement pas eu lieu.

De quoi enchanter le président américain, qui répÚte que le conflit, déclenché par l'invasion russe de février 2022, n'a éclaté qu'à cause de la faiblesse de son prédécesseur démocrate.

Gregory Meeks, élu démocrate siégeant à la Commission des affaires étrangÚres de la Chambre des représentants, a jugé qu'en déroulant le tapis rouge, Donald Trump avait "blanchi les crimes de guerre de Poutine. C'est une honte".

Le service de presse du gouverneur de Californie Gavin Newsom, bĂȘte noire du prĂ©sident rĂ©publicain, a commentĂ© la rencontre par un message moqueur rĂ©digĂ© en majuscules, imitant les diatribes de Donald Trump sur Truth Social.

"Trump a fui l'estrade avec Poutine - pas de questions, rien! Pas d'énergie! On aurait dit qu'il venait de manger trois seaux de poulet frit avec Vlad", a écrit l'équipe du responsable démocrate sur X.

 AFP

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