[VIDEO] Pour une insertion sociale et professionnelle (actualisé)

En Bretagne, des autistes travaillent auprĂšs d'animaux

  • PubliĂ© le 2 avril 2017 Ă  19:09
Pour Romain, qui habite un foyer de jeunes travailleurs à Lorient, avoir intégré la structure du Chùlet "m'apporte beaucoup plus d'autonomie, pour me débrouiller tout seul, notamment pour venir au boulot le matin", dit-il.

Travailler au zoo de Pont-Scorff "me sauve la vie": à 36 ans, Nicolas, qui présente des troubles autistiques, a trouvé dans sa passion pour les animaux sauvages le chemin d'une insertion sociale et professionnelle, un projet imaginé en Bretagne par Le Chùlet, une structure rare pour ce public éloigné de l'emploi.

Brosse à la main, bottes aux pieds, Nicolas nettoie ce matin-là la cage des Maki Catta tandis que dans leur enclos ces petits lémuriens, reconnaissables à leur longue queue rayée noire et blanche, se prélassent au soleil.

"Je suis ici depuis 2001", raconte Nicolas, "Les animaux sauvages me passionnent depuis mon enfance. Travailler ici me permet d'assouvir cette passion. Ça me fait...une zoothĂ©rapie".
Huit personnes atteintes du Syndrome d'Asperger, une forme particuliĂšre d'autisme, travaillent chaque jour dans ce zoo privĂ©, prĂšs de Lorient, dans le cadre d'une convention entre l'Esat (Établissement et Service d'aide par le travail) de Guidel (Morbihan), dont le ChĂąlet est une structure dĂ©tachĂ©e, et le parc animalier.

 

 

 


Un zoo oĂč vivent sur environ 12 hectares environ 600 animaux et dont le fondateur, Pierre Thomas, aujourd'hui dĂ©cĂ©dĂ©, se montra "sensible Ă  intĂ©grer des personnes en situation de handicap", rappelle Annette FrĂ©oux, directrice de l'Esat de Guidel.
C'est ainsi que naßt en 1999 cette expérience originale prévue au départ pour durer 5 ans: accueillir au zoo des travailleurs atteints du Syndrome d'Asperger. Si elles se montrent "exigeantes et méticuleuses dans leur travail", les personnes qui en souffrent présentent "des troubles sur tout ce qui tourne autour de la communication, le contrÎle des émotions, notamment en cas d'imprévus, la compréhension de l'intention de l'autre", explique Annette Fréoux.


Autant d'éléments pris en compte dans l'organisation de leur journée: dans une salle qui leur est réservée, les tùches successives de chacun des travailleurs -préparation de la nourriture des animaux, nettoyage d'enclos, lavage des vitres- ainsi que les pauses sont indiquées sur un tableau.
A chacun d'en prendre connaissance le matin, un temps mis à profit par le personnel encadrant ces travailleurs pour les observer et déceler un problÚme éventuel. "La personne ne sait pas dire si elle est fatiguée", souligne Annette Fréoux, "si elle a eu un ennui dans le bus en venant au zoo, ou si elle est malade".


- "Programme Ă  la carte" -


"En fonction, on peut changer le planning", dit Catherine Bardouil, l'éducatrice spécialisée. Chacun travaillant selon ses capacités, "c'est pratiquement un programme à la carte", dans un environnement et un espace structurés.
Apprentissage, communication et exercice de la socialisation notamment auprÚs des soigneurs du parc: "tout est mis en place pour qu'on soit à l'aise", se réjouit Romain, un des trois volontaires pour les interviews. "Je suis super heureux", s'enthousiasme le jeune homme de 21 ans, "pour rien au monde je voudrais changer de métier".
"Y'a des moments difficiles, mais que j'accepte parce que je veux gagner ma vie", dit Robin avec une pointe d'anxiété dans la voix. Entre le salaire versé par le zoo et l'allocation adulte handicapé, il touche environ un Smic.
Le projet du ChĂąlet ne s'arrĂȘte toutefois pas au seul objectif d'insertion professionnelle. Il revĂȘt aussi un caractĂšre social avec, hors travail, l'intervention du service d'accompagnement Ă  la vie sociale (SAVS). "C'est un accompagnement dans la vie de tous les jours, qui les aide Ă  s'organiser, prioriser, une difficultĂ© chez ces personnes", dit Annette FrĂ©oux.
Pour Romain, qui habite un foyer de jeunes travailleurs Ă  Lorient, avoir intĂ©grĂ© la structure du ChĂąlet "m'apporte beaucoup plus d'autonomie, pour me dĂ©brouiller tout seul, notamment pour venir au boulot le matin", dit-il. "Ça m'a inspirĂ© pour la vie quotidienne", renchĂ©rit Nicolas.


Le Chùlet est en France une "vitrine", dit Annette Fréoux. "C'est une structure 100% individualisée, qui a le souci de répondre au handicap dans sa globalité: la maladie, le social, mais aussi les familles car beaucoup d'entre elles ont souffert de ne pas trouver de structure adaptée".
En France malheureusement, déplore-t-elle, "il manque cruellement de structures d'accueil pour les autistes", qui sont en France environ 650.000.


AFP

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