AprÚs une décennie de chaos, la Libye s'engage dans un vaste chantier de reconstruction à la faveur d'une embellie politique, avec des projets représentant des dizaines de milliards de dollars dans ce riche pays pétrolier, une manne qui attise les convoitises.
Des grues rouillĂ©es sur les carcasses de bĂątiments inachevĂ©s se succĂšdent le long de la corniche de Tripoli, la capitale, un tĂ©moignage d'une Ă©conomie longtemps Ă l'arrĂȘt. Des centaines de projets, estimĂ©s Ă eux seuls Ă plusieurs milliards de dollars, ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s aprĂšs la chute en 2011 du dictateur Mouammar Kadfhafi, en raison de l'instabilitĂ©. Ils avaient Ă©tĂ© lancĂ©s au tournant de la dĂ©cennie 2000-2010 par des mastodontes mondiaux.
Ces chantiers pourraient nĂ©anmoins bientĂŽt reprendre de plus belle: la fin des combats, notamment aux portes de la capitale, et l'installation en mars dernier d'une autoritĂ© exĂ©cutive unifiĂ©e pour mener la transition ravivent l'espoir d'une reconstruction dans un pays oĂč les infrastructures existantes ont aussi beaucoup souffert.
D'aprÚs certaines estimations, les besoins aprÚs les dégùts infligés par une décennie de conflit "dépassent les 100 milliards de dollars", souligne l'économiste libyen Kamal Mansouri, qui voit "la Turquie, l'Italie et l'Egypte décrocher la plus grosse part du gùteau". Comparée à la Syrie, pays meurtri par dix ans de guerre, "la Libye représentera un plus grand champ de compétition pour la reconstruction", juge l'expert Samuel Ramani. Et cette "compétition pour les contrats sera beaucoup plus intense qu'en Syrie", dit-il
- "Se repositionner" -
DĂšs l'installation du nouveau gouvernement de transition en mars, Tripoli est devenue le théùtre d'un ballet diplomatique, oĂč l'Ă©conomie n'est jamais loin.
Quand le ministre italien des Affaires étrangÚres, Luigi Di Maio, s'est rendu dans le pays quelques jours aprÚs l'éclaircie politique du printemps, il était accompagné du patron du géant pétrolier italien ENI.
Actif en Libye depuis 1959, le groupe italien se positionne désormais pour la construction d'une centrale photovoltaïque dans le sud de la Libye. Quelques semaines plus tard, lors d'un déplacement à Paris, le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah a été reçu par l'organisation patronale française, le Medef, qui souhaite voir les entreprises tricolores "prendre activement part à la reconstruction".
Début juin, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, est, lui, venu accompagné de plusieurs hommes d'affaires, dans l'espoir de participer à "la reconstruction et au développement" du pays.
Les voisins de la Libye ne sont pas en reste: le groupe algérien Sonatrach a récemment dit envisager une reprise de ses activités, alors que les responsables tunisiens ont multiplié les appels du pied pour réactiver une collaboration vitale pour leur économie, surtout celle du sud.
Des discussions ont Ă©galement eu lieu avec l'Egypte, pour qui la Libye Ă©tait un important marchĂ© avant 2011, notamment dans le bĂątiment. Profitant de sa proximitĂ© avec les Ă©lites de la Tripolitaine, la Turquie s'est dĂ©jĂ positionnĂ© sur d'importants projets dans l'Ouest. Depuis la dĂ©signation de M. Dbeibah, lui-mĂȘme issu des milieu d'affaires, de nombreux "conseils" bilatĂ©raux ont Ă©tĂ© rĂ©activĂ©s, et les "forums Ă©conomiques" se sont multipliĂ©s.
- Financements -
"La Libye n'a rien construit depuis 10 ans, elle n'a pas maintenu son infrastructure. C'est un pays riche qui a des besoins de travaux légitimes", confie à l'AFP Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye au sein du centre de réflexion Global Initiative.
Le rĂ©seau Ă©lectrique est dĂ©faillant, les infrastructures sont Ă plat: la plupart des aĂ©roports ont Ă©tĂ© endommagĂ©s par les combats et il n'y a ni ligne ferroviaire ni autoroutes. Mais ce marchĂ© prometteur n'est pas sans risques: "avant 2011, il y a eu quantitĂ© exceptionnelle de chantiers lancĂ©s et attribuĂ©s Ă la Chine, la Russie et la Turquie. Sauf que la Libye n'est plus ce qu'elle Ă©tait en 2006, on ne sait pas oĂč en sont les rĂ©serves de dollars, on ne sait pas si les conditions de sĂ©curitĂ© sont bonnes", note M. Harchaoui. "Dbeibah s'imaginait avoir le budget de l'Etat depuis mars, or, ce n'est toujours pas le cas", insiste-t-il.
La sécurité reste à ce jour précaire. Les mercenaires étrangers sont toujours stationnés dans le pays, les milices n'ont pas été démantelées. Politiquement, les élections législatives et présidentielle annoncées pour décembre, censées boucler la phase de transition, semblent de plus en plus hypothétiques. Avec le risque persistant de voir le pays replonger dans le chaos.
AFP


