Rafle du Vel d'Hiv

En livrant les enfants, la France complice d'un génocide

  • PubliĂ© le 15 juillet 2017 Ă  11:27
L'historien et avocat français Serge Klarsfeld, dans son bureau, le 10 juillet 2017 à Paris

En livrant des milliers d'enfants juifs Ă  l'occupant nazi, la France de Vichy s'est rendue complice d'un gĂ©nocide le 16 juillet 1942, affirme l'historien Serge Klarsfeld dans un entretien Ă  l'AFP, Ă  la veille du 75e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv. Lors d'une cĂ©rĂ©monie organisĂ©e Ă  l'emplacement de l'ancien VĂ©lodrome d'hiver Ă  Paris, va ĂȘtre inaugurĂ© dimanche un jardin-mĂ©morial "portant le nom des enfants qui ont Ă©tĂ© enfermĂ©s, dĂ©portĂ©s puis assassinĂ©s Ă  Birkenau" aprĂšs avoir Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par la police française au matin du 16 juillet 1942, a expliquĂ© Serge Klarsfeld.

 

Le prĂ©sident Emmanuel Macron et le Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu vont assister Ă  cette commĂ©moration qui se dĂ©roule dans le cadre de la JournĂ©e nationale Ă  la mĂ©moire des victimes des crimes racistes et antisĂ©mites de l'État français et d'hommage aux Justes de France. "Si j'avais pu, j'aurais fait un monument plus grand, avec les adresses oĂč ils ont vĂ©cu, car ce sont des enfants de Paris et Paris doit honorer leur mĂ©moire, Ă  l'emplacement mĂȘme oĂč ils ont tellement souffert", explique l'historien, 81 ans.


Serge Klarsfeld avait six ans quand son pĂšre, arrĂȘtĂ© Ă  Nice en 1943, a Ă©tĂ© dĂ©portĂ© Ă  Auschwitz. Il a vouĂ© sa vie Ă  Ă©crire l'histoire de la Shoah en France ainsi qu'Ă  poursuivre en justice les criminels nazis, aux cĂŽtĂ©s de sa femme Beate. Les 16 et 17 juillet 1942, 13.152 hommes et femmes, dont 4.115 enfants juifs, avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s sur ordre du gouvernement français par plusieurs milliers de policiers et gendarmes.

Les familles avaient été emmenées au Vélodrome d'hiver, les couples sans enfants et les célibataires au camp de Drancy. Cette rafle, la plus massive jamais organisée sur le territoire français, représente à elle seule prÚs du tiers des 42.000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942 dans le cadre du vaste plan de déportation des juifs d'Europe défini par les Allemands à la conférence de Wannsee en janvier 1942.


- "Rempart" -

Pour Serge Klarsfeld, la rafle du Vel d'Hiv est "le crime le plus retentissant depuis la Saint-BarthĂ©lemy" antiprotestante en 1572, et se compare par son ampleur aux "journĂ©es de la Commune" de 1871, mĂȘme si, dans ce cas, "les enfants n'Ă©taient pas assassinĂ©s". "LĂ , c'est un assassinat qui n'a pas eu lieu en France mais le simple fait de livrer ces milliers d'enfants Ă  l'occupant nazi, et de les livrer en les sĂ©parant ensuite de leurs parents et en les dĂ©portant isolĂ©ment dans une affreuse dĂ©tresse, c'est pour la France de Vichy une complicitĂ© de crime contre l'humanitĂ© et de gĂ©nocide", poursuit-il.


"Application de la Solution finale en France", cette rafle, qui commence en juillet Ă  Paris et sa banlieue et se poursuit sur l'ensemble du territoire, ne se terminera qu'en novembre 1942. Des cĂ©rĂ©monies se tiendront d'ailleurs en mĂȘme temps dans de nombreuses villes françaises qui ont Ă©tĂ© le théùtre de ces arrestations.


"Les Allemands ont demandĂ© dans un premier temps 40.000 juifs donc on leur fournit le contingent demandĂ©. Vichy aurait pu leur en fournir 100.000" mais en a Ă©tĂ© dissuadĂ© par les protestations de la population et des Eglises, souligne M. Klarsfeld. Pour l'historien, c'est une diffĂ©rence essentielle avec ce qui s'est passĂ© aux Pays-Bas et en Belgique, oĂč la population n'a pas jouĂ© ce rĂŽle de "rempart". Sans cette mobilisation et l'action des nombreux Justes, le bilan aurait Ă©tĂ© plus lourd, fait-il valoir.


Au total, 76.000 Juifs, dont 11.000 enfants, ont été déportés de France. Quelque 2.500 seulement ont survécu. Concernant le discours historique de Jacques Chirac, reconnaissant le 16 juillet 1995 la responsabilité de la France - à rebours de la thÚse défendue par le général de Gaulle puis François Mitterrand selon laquelle la France était à Londres - l'ancien avocat relÚve que cette reconnaissance n'a plus jamais été remise en cause, soulignant une "continuité" au niveau de l'Etat.


"En 2012, François Hollande a renforcé encore la déclaration de Jacques Chirac, en disant, comme Emmanuel Macron va le faire: ce crime a été commis en France par la France".

AFP

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