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En Loire-Atlantique, des familles d'accueil pour de jeunes migrants isolés

  • PubliĂ© le 24 septembre 2016 Ă  20:49
Oumar, Guinéen de 16 ans, témoigne, le 22 septembre 2016, de son accueil depuis huit mois dans une famille nantaise

"On m'a demandé de choisir entre l'appartement et la famille, j'ai choisi la famille": comme Oumar, Guinéen de 16 ans, quatorze mineurs isolés étrangers sur quelque 500 ayant immigré en Loire-Atlantique sont hébergés par des familles, dans le cadre d'un dispositif d'accueil solidaire testé depuis un an par le département.


Orphelin, poussé par sa grand-mÚre et sa s?ur à fuir la Guinée, Oumar est arrivé précisément "le 17 août" 2015 à Nantes, aprÚs un périple de quatre mois sur les routes d'Afrique et d'Europe, et en mer, raconte l'adolescent, enfoncé - maillot du PSG sur le dos et chaussons Mario Bros aux pieds - dans le canapé du salon de la famille Suteau, à Ancenis.
C'est dans cette maison en bord de Loire que le jeune migrant a posé ses valises en février. "Avant, j'étais à l'hÎtel sans personne, sans aucun ami, je ne parlais pas français non plus, quand on me parlait je ne comprenais rien, mais depuis que je suis arrivé dans la famille, ça va mieux", dit-il d'une voix timide.
AprĂšs avoir suivi des cours dans un collĂšge allophone de la pĂ©riphĂ©rie de Nantes, Oumar a rejoint Ă  la rentrĂ©e un lycĂ©e professionnel d'Angers en CAP chaudronnerie, un mĂ©tier dont il a "toujours rĂȘvĂ©". "Le soir Ă  la maison, j'ai quelqu'un pour m'aider Ă  rĂ©viser. Surtout en maths, c'est difficile", relate le jeune mineur.
Quand le conseil dĂ©partemental lance en septembre 2015 un appel Ă  la solidaritĂ© citoyenne pour faire face Ă  l'afflux d'enfants et adolescents Ă©trangers, en Loire-Atlantique - oĂč le nombre de mineurs non accompagnĂ©s pris en charge par l'aide sociale Ă  l'enfance est passĂ© de 51 en 2011 Ă  272 en 2015, et 500 Ă  l'heure actuelle - comme dans beaucoup de dĂ©partements français, StĂ©phane et NadĂšge Suteau n'ont pas beaucoup hĂ©sitĂ©.
- 'Acte militant' -
"Ça a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©, rĂ©flĂ©chi en famille, et on a confirmĂ© trĂšs vite. (...) C'Ă©tait une dĂ©marche des plus naturelles" pour le couple et ses cinq enfants ĂągĂ©s de 16 Ă  25 ans, dont quatre ont Ă©tĂ© adoptĂ©s, indique M. Suteau. "Oumar a les mĂȘmes droits et les mĂȘmes devoirs que nos autres enfants. Parfois, il oublie de nous dire quand il rentre, donc on lui fait les mĂȘmes observations", cite-t-il affectueusement en exemple.
Encore expérimental, le dispositif d'accueil solidaire concerne 14 adolescents, des garçons essentiellement originaires d'Afrique de l'Ouest. Si 80 familles étaient à l'origine volontaires, beaucoup se sont désistées aprÚs la premiÚre réunion d'information en octobre, pensant qu'elles allaient héberger de jeunes enfants, explique-t-on au département.
LancĂ© aprĂšs une sĂ©rie de condamnations - une quinzaine - Ă  l'Ă©tĂ© 2015 par le tribunal administratif de Nantes pour non mise Ă  l'abri par le dĂ©partement de mineurs isolĂ©s Ă©trangers, l'accueil par des familles reste marginal, une "goutte d'eau" pour les associations, qui militent pour la scolarisation de tous ces jeunes migrants, mĂȘme ceux dont la minoritĂ© est contestĂ©e et qui se retrouvent Ă  la rue ou dans des squats.
Alors qu'on estimait en mars Ă  6.000 environ les "mineurs non accompagnĂ©s" prĂ©sents sur le territoire, un nombre en constante augmentation, "si nous ne sommes pas mieux accompagnĂ©s, y compris financiĂšrement, par l?État (...) il y a un risque que les dĂ©partements ne puissent plus assumer cette responsabilitĂ©", faute de moyens et de places d'hĂ©bergement suffisantes, alarme Philippe Grosvalet, prĂ©sident (PS) du dĂ©partement de Loire-Atlantique, le seul en France avec la Meurthe-et-Moselle Ă  tester ce type de dispositif d'accueil "complĂ©mentaire".
Heureux de leur "acte militant", les Suteau s'inquiÚtent déjà de "l'aprÚs". "Quand Oumar sera majeur, qu'il ne sera plus pris en charge par le département, est-ce qu'il deviendra un clandestin?", s'interroge le "pÚre d'accueil".

Par Anne-Sophie LASSERRE - © 2016 AFP
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