DĂšs la sortie du port de Gaza, le long rafiot de Mohammed al-Nahal se met Ă craquer sur les eaux de la MĂ©diterranĂ©e. A la barre, le jeune capitaine palestinien s'avance vers le soleil couchant pour une nouvelle nuit de pĂȘche sous blocus israĂ©lien.
Sur le pont, les neuf membres d'Ă©quipage s'agrippent Ă des tiges de mĂ©tal rouillĂ© oĂč s'Ă©tendent sur les filets de pĂȘche, leur embarcation s'avançant sur une mer agitĂ©e en tractant cinq barques qui serviront plus tard d'Ă©trange appĂąt. La pleine lune gonfle dans le ciel, le soleil s'Ă©vanouit sur l'horizon et de la mer, les lumiĂšres de Gaza commencent Ă se brouiller.
19H00. L'équipée est à environ trois milles (5,5 km) des cÎtes. Mohammed, sourire enluminant son visage mangé par une barbe broussailleuse, lance ses consignes: "Il faut laisser trois barques ici. Allez les gars!".
Youssef et d'autres détachent les barques pour les ancrer en mer et démarrer le bloc électrogÚne lié à des lampes, afin de créer un ßlot de lumiÚre pour attirer le poisson. Une fois l'opération terminée, le bateau, de 4 mÚtres sur 15, reprend sa route.
A bord, l'odeur de sardines des pĂȘches passĂ©es se mĂȘle Ă celle de la fumĂ©e du pot d'Ă©chappement de l'immense gĂ©nĂ©rateur dĂ©vorant quantitĂ© de diesel pour tirer l'embarcation, qui tangue sans dĂ©ranger Mohammed obnubilĂ© par sa pĂȘche. "Si nous pĂȘchons 200 kilos de sardines, ce serait super. Mais on peut aussi revenir bredouille", lance le capitaine de 28 ans, qui craint, comme chaque nuit, des sorties en mer oĂč le coĂ»t du diesel dĂ©passe le prix de vente de la pĂȘche.
- Une Volvo sur eau -
Depuis la prise de la bande de Gaza par les islamistes du Hamas en 2007, IsraĂ«l impose un blocus Ă ce territoire palestinien de deux millions d'habitants au chĂŽmage endĂ©mique. En mer, ce blocus se traduit par une limitation de la zone de pĂȘche. Lorsque des roquettes ou des ballons incendiaires sont lancĂ©s depuis Gaza vers IsraĂ«l, l'Etat hĂ©breu riposte aussi en rĂ©duisant cette zone.
En cette nuit d'automne, plus de quatre mois aprÚs la derniÚre guerre entre Israël et le Hamas, la zone maritime est trÚs étendue par rapport à d'habitude: 15 milles marins (environ 28 km). Mais Mohammed et ses hommes ne s'aventurent pas plus loin que six milles (11 km). "Nous n'avons pas le bateau et le moteur pour aller plus loin, plus nous allons loin, plus nous payons pour le fioul sans garantie de prise", explique-t-il.
Pour les pĂȘcheurs, le blocus ne se limite pas aux restrictions sur la zone de pĂȘche, surveillĂ©e en mer et dans les airs par les forces israĂ©liennes. Moteurs, sonars, bateaux et piĂšces de rechange sont considĂ©rĂ©s comme du matĂ©riel Ă "double usage" par IsraĂ«l qui en restreint l'accĂšs Ă Gaza craignant qu'ils ne tombent entre les mains de contrebandiers d'armes. Mais au royaume de la dĂ©brouille, les pĂȘcheurs de Gaza sont rois. Mohammed, fils de pĂȘcheur, a installĂ© le moteur d'une Volvo dans la cale, pour permettre l'allumage de la gĂ©nĂ©ratrice qui tire le bateau et alimente les lampes.
21H00. Le bateau ralentit et l'Ă©quipage s'assoupit sur le pont. Youssef, 22 ans, reste Ă©veillĂ©: "Je vis de la pĂȘche depuis que j'ai 14 ans. Tous les jours, quand la mer est ouverte, je sors pĂȘcher (...) c'est la seule chose que je sais faire dans la vie". "Mais avec le blocus, tous les bateaux pĂȘchent dans la mĂȘme zone alors il n'y a pas assez de poissons", soupire-t-il avant que l'Ă©quipage ne se rĂ©veille prĂ©cipitamment. "Yalla!".
Minuit 55. D'un coup, les pĂȘcheurs Ă©teignent les lumiĂšres, sautent sur des barques et tendent en mer un filet pour entourer le banc de poissons attirĂ©s par les phares.
- Le Wall Street de Gaza -
Dans la nuit opaque, Mohammed, Youssef et les autres tirent le filet en chantant: "voici le poisson, attrapez-le, car c'est mon poisson bien aimé". Les sardines remontent à la surface, frétillantes. Le poisson est ensuite charrié dans une dizaine de bacs en plastique. Puis Mohammed reprend rapidement la barre. Direction le trio de barques avec leurs lampes allumées.
Sur place, la manĆuvre reprend: Ă©teindre les lumiĂšres, remonter le filet. Et lĂ ... un cri jubilatoire perce la nuit. La MĂ©diterranĂ©e a livrĂ© des fruits que Mohammed n'attendait pas: une demi-tonne environ de poissons qui s'entasseront sur le pont.
Aux premiĂšres lueurs du jour, direction Gaza. Mohammed et les siens rentrent triomphants, mais Ă©puisĂ©s, Ă l'heure oĂč le port se rĂ©veille au rythme de la criĂ©e. Les grossistes assaillent alors le port en quĂȘte de prises destinĂ©es aux Ă©tals ou Ă l'exportation.
"55 shekels pour ce bac! Vendu", crie ce matin-lĂ le commissaire des pĂȘches, alpaguĂ© par les traders pendant que des gamins glanent des sardines tombĂ©es des bacs. La demi-tonne de sardines de Mohammed s'envole en 90 secondes, pour environ 3.000 shekels (environ 800 euros). C'est plus que Mohammed n'avait espĂ©rĂ©. Mais en comptant le diesel, la paie des pĂȘcheurs, l'achat du matĂ©riel et les jours de non pĂȘche, les profits restent limitĂ©s.
AFP






Ce reportage n'est pas inintéressant mais je suis surprise de lire : " Depuis la prise de la bande de Gaza par les islamistes du Hamas en 2007...". Mme Lisa Martin et l'AFP semblent ignorer que le Hamas est arrivé au pouvoir à Gaza grùce à de élections libres, contrÎlées par des observateurs internationaux dont Michel Rocard. On peut penser ce qu'on veut du Hamas - que je ne défends pas - on ne peut pas écrire que le Hamas a pris Gaza.