En milieu rural, les pharmacies jouent leur survie

  • PubliĂ© le 28 septembre 2025 Ă  11:04
  • ActualisĂ© le 28 septembre 2025 Ă  11:20
Face Ă  la multiplication des fermetures de pharmacies en milieu rural, professionnels de santĂ© et Ă©lus locaux alertent sur le risque de "dĂ©serts pharmaceutiques" dans des territoires oĂč les officines reprĂ©sentent souvent l'unique recours mĂ©dical envisageable

Face Ă  la multiplication des fermetures de pharmacies en milieu rural, professionnels de santĂ© et Ă©lus locaux alertent sur le risque de "dĂ©serts pharmaceutiques" dans des territoires oĂč les officines reprĂ©sentent souvent l'unique recours mĂ©dical envisageable.

"Une pharmacie qui ferme, c'est une lumiÚre qui s'éteint dans un village, car c'est un élément structurant de la vie locale", témoigne Gilles Noël, maire DVG de Varzy, village de 1.000 habitants dans la NiÚvre.

C'est mĂȘme l'Ă©quilibre de tout un territoire qui se trouve menacĂ©, les pharmacies bĂ©nĂ©ficiant aussi aux communes avoisinantes.

"Une pharmacie qui ferme, ce sont 30 ou 40 kilomÚtres supplémentaires à faire le week-end ou les jours fériés", prévient l'élu de la NiÚvre.

En dix ans, l'Hexagone a perdu 2.000 officines, dont le nombre est passé sous la barre des 20.000, avec 260 fermetures l'an dernier, selon la profession.

Dans les bourgs ruraux, le rythme annuel moyen des fermetures d'officines a mĂȘme "presque quintuplĂ©" entre les pĂ©riodes 2015-2019 et 2019-2021, relĂšve la Cour des comptes, alors qu'il a Ă©tĂ© "multipliĂ© par moins de deux" en zone urbaine.

Conséquence, l'accÚs des patients aux officines "se détériore" et "le temps de trajet moyen pour les assurés a augmenté de prÚs de 7% de 2020 à 2023", notent les magistrats financiers dans un rapport publié en mai.

En cause, la fragilisation croissante du modÚle économique, entre baisse du prix des médicaments remboursables, pénuries chroniques de médicaments, inflation des coûts fixes, et effet boule de neige des déserts médicaux.

A cela s'ajoute la récente décision du gouvernement, depuis suspendue pour trois mois, de réduire le plafond des remises commerciales sur les médicaments génériques, qui représentent un tiers de la marge des pharmaciens.

"On voit beaucoup de petites pharmacies fermer. En ruralité, les propriétaires qui partent à la retraite ne trouvent souvent pas de repreneurs faute de rentabilité suffisante", confirme Isabelle Dugelet, maire de La Gresle (Loire).

Or, qui dit fermeture dit risque de disparition de la licence, alors qu'une ouverture est selon elle "beaucoup plus compliquée", étant notamment conditionnée à un seuil de 2.500 habitants.

- "Coup de poignard" -

"On a besoin des officines de proximitĂ© et d'un maillage territorial consĂ©quent parce qu'elles sont souvent le seul endroit oĂč les gens peuvent encore s'adresser quand ils ont un problĂšme de santĂ©", soupire l'Ă©lue.

Si beaucoup d'officines ferment aussi en milieu urbain, c'est souvent la conséquence d'une densité trop importante.

"En ville ça se régule, tandis qu'à la campagne elles ne sont pas viables parce qu'il n'y a souvent plus de médecins. Donc on a un désert médical puis petit à petit un désert pharmaceutique", analyse le pharmacien Bruno Galan, membre du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens.

Et ce n'est pas l'arrivée de gros investisseurs privés dans les capitaux des officines urbaines qui pourra sauver les rurales.

"Des groupes rachÚtent des pharmacies, qui en rachÚtent d'autres, mais vous avez déjà vu un village de 160 habitants courtisé par un grand groupe pour racheter sa pharmacie?", interroge Gilles Noël.

"Ce qui est trÚs dangereux, c'est que depuis quelques années, des mailles sautent dans le filet, c'est-à-dire que des pharmacies qui étaient les seules du village ferment", alerte Jean-Philippe BrégÚre, de la Fédération des communautés professionnelles territoriales de santé.

Dans ce contexte, la décision initiale du gouvernement sur les remises appliquées aux génériques est vue comme un "coup de poignard", risquant selon lui de "faire disparaßtre un tiers du réseau".

"On est arrivé à l'os. Avant, le médicament permettait de vivre. Aujourd'hui, il y a tout un tas d'actes que les pharmaciens font et qui ne sont pas rémunérés comme la préparation des piluliers dans les Ehpad, la livraison de médicaments, les pansements ou encore le renouvellement des médicaments qu'on ne fait pas les yeux fermés", énumÚre-t-il.

Pour sauver les pharmacies rurales, la profession plaide pour une révision en profondeur du modÚle économique.

En attendant, l'expĂ©rimentation d'"antennes" de pharmacies, qui consiste Ă  adosser financiĂšrement une pharmacie ayant fermĂ© Ă  une autre officine situĂ©e Ă  proximitĂ© le temps de tester sa viabilitĂ© pourrait aussi ĂȘtre une solution.

AFP

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