Religion

En Mongolie, le bouddhisme ressuscite mais manque d'argent

  • PubliĂ© le 18 septembre 2017 Ă  02:58
  • ActualisĂ© le 18 septembre 2017 Ă  06:43
Une tĂȘte de bouddha abandonnĂ©e sur le chantier Ă  l'arrĂȘt d'un complexe bouddhiste dans la banlieue d'Oulan-Bator, le 25 juin 2017 en Mongolie

Sur un chantier dĂ©saffectĂ© de la banlieue d'Oulan Bator, un ex-nomade de 68 ans veille sur un piĂ©destal inachevĂ© et une tĂȘte de bouddha abandonnĂ©e, symboles des problĂšmes d'argent qui freinent l'actuelle renaissance du bouddhisme en Mongolie.

 

Lorsque Tsegmid Lunduv a été recruté en 2013 comme vigile, le projet semblait pourtant prometteur: un vaste complexe composé de centres de méditation parrainés par le dalaï lama, le tout niché dans les steppes vallonnées des environs de la capitale mongole.


Mais deux ans plus tard, le chantier a été stoppé faute d'argent. Et l'ex-berger, sa femme, leur petit-fils et leur chiot sont désormais les seuls à monter la garde sur ce lieu saint en devenir. "Quand le chantier sera terminé, tous les maux de la Mongolie disparaßtront", veut croire Lunduv, homme corpulent habillé d'une tunique blanche élimée.


"Cela ouvrira une nouvelle Úre", assure-t-il de son sourire édenté. L'un des principaux bailleurs de fonds du projet, le groupe Genco, appartient au nouveau président mongol Khaltmaa Battulga. Aux affaires depuis juillet, celui-ci doit tenter d'extirper son pays d'un endettement colossal, objet d'un plan de sauvetage de 5,5 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI).


- '60 ans d'oppression' -


Le bouddhisme est arrivé en Mongolie avant la fondation de l'Empire mongol il y a huit siÚcles par Genghis Khan, lequel a ensuite établi des liens étroits avec le bouddhisme tibétain. En dépit de cette influence tibétaine, les Mongols ont donné à leur bouddhisme une coloration toute locale.

Comme dans le chamanisme, solidement ancré dans le pays, les croyants utilisent ainsi abondamment la vodka. Cette liqueur est désormais pour eux aussi sacrée que le vin chez les chrétiens.

Le bouddhisme mongol a traversé des heures sombres lorsque le pays était un satellite de l'Union soviétique, de 1924 au début des années 1990. Durant cette période, plus de 1.250 monastÚres et temples ont été démolis et d'innombrables objets religieux ont disparu, selon le Conseil des arts de Mongolie.

Quant aux moines, ils furent tous obligés de se marier, s'ils n'étaient pas tout simplement assassinés.
"AprĂšs 60 ans d'oppression, il restait bien peu de gens en Mongolie prĂȘts Ă  se faire moines", note Glen Mullin, spĂ©cialiste du bouddhisme tibĂ©tain.


- Surveillance communiste -


Durant l'Úre communiste, le monastÚre Gandan à Oulan Bator fut le seul du pays à rester ouvert, ce qui a d'ailleurs permis aux autorités de pouvoir affirmer qu'elles respectaient la liberté religieuse. En 1996, dans la Mongolie devenue démocratique, le jeune Batchunuun Munkhbaatar, alors ùgé de 18 ans, a quitté sa province natale de Tuv (centre) pour rejoindre cette communauté religieuse qui ne comptait alors que 25 moines.

Il y a étudié le bouddhisme et est aujourd'hui le directeur des relations extérieures du monastÚre, le plus grand de Mongolie, abritant 800 hommes. "Pendant la période soviétique, le Parti surveillait les croyances des gens.

Mais il ne pouvait contrÎler leur foi profonde", déclare Munkhbaatar, en citant l'exemple de son grand-pÚre "qui n'a jamais cessé ses psalmodies et ses priÚres". "Il faisait ça discrÚtement chez lui. Quand quelqu'un approchait de la maison, le chien aboyait et mon grand-pÚre remballait vite fait ses textes sacrés et ses images de bouddha."


- DalaĂŻ lama -


L'actuel renouveau bouddhiste est parfois Ă©pineux Ă  gĂ©rer pour le gouvernement mongol, en raison des liens avec le dalaĂŻ lama. La visite en novembre dernier du chef religieux, bĂȘte noire de PĂ©kin, avait ainsi provoquĂ© la colĂšre de la Chine, voisine et principale partenaire commerciale de la Mongolie. Oulan Bator s'Ă©tait alors engagĂ© Ă  ne plus inviter le leader tibĂ©tain.


Un dossier sensible, car plus de la moitiĂ© de la population mongole se dĂ©clare bouddhiste, selon une Ă©tude du gouvernement. Selon certains experts, le chiffre pourrait mĂȘme atteindre les 80%. Et le pays compte aujourd'hui 3.500 moines, estime Munkhbaatar.


"Cependant, l'état de la plupart des monastÚres mongols ne permet pas d'y vivre", souligne Vesna Wallace, spécialiste des religions à l'université de Santa Barbara aux Etats-Unis. "Les monastÚres reçoivent une aide financiÚre uniquement quand ils construisent quelque chose, pas pour leur fonctionnement quotidien. Ils dépendent des dons.

Donc beaucoup de moines sont assez pauvres et contraints de se marier s'ils ne veulent pas se contenter de survivre avec leurs maigres revenus", explique-t-elle. L'organisation derriÚre le chantier aujourd'hui interrompu prÚs d'Oulan Bator n'a pas répondu aux demandes de commentaires de l'AFP sur l'avancée des travaux.


La page Facebook du projet affirmait cependant en mars que la premiĂšre tranche pourrait ĂȘtre achevĂ©e d'ici la fin de l'Ă©tĂ©, sous rĂ©serve que 25.000 dollars (20.900 euros) de dons soient collectĂ©s.
Un argent qui arrivera bientĂŽt, veut croire Lunduv.


Tous les matins, il verse une tasse de thé fraßchement infusé sur un champ à proximité du chantier, en priant les divinités. "Le gouvernement va nous soutenir car notre pays est un pays bouddhiste", assure-t-il. "Notre histoire est liée à notre religion."

AFP

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