A 18H30, les cinq amies sont au rendez-vous, chacune un verre à la main devant son ordinateur, pour partager un apéro et un cours d'oenologie virtuel: à l'origine de cette "visio-dégustation", une viticultrice des Bouches-du-RhÎne, qui veut contrer la chute des ventes due au confinement.
Avec ses amies, trois Marseillaises et une Parisienne, "nous avions l'habitude de nous retrouver une à deux fois par semaine pour l'apéro", raconte Laura, kinésiterapeuthe à Marseille. Elles ont passé une commande collective au chùteau Barbebelle qui leur a livré directement le vin. L'apéro-dégustation leur "permet de patienter jusqu'aux retrouvailles".
Bien qu'étant autorisés à rester ouverts, en respectant les mesures de sécurité et à l'exception de l'organisation de dégustations, caves et caveaux viticoles affrontent une nette chute des ventes de vin depuis les débuts du confinement, mi-mars. "Les ventes ont chuté de 30% en mars en France et de 50% en avril", se désole Madeleine Premmereur, gérante du chùteau Barbebelle, spécialisé à 80% dans le rosé, et qui travaille beaucoup avec les restaurants, fermés depuis le 17 mars, et dont la réouverture n'est toujours pas prévue.
"J'ai dĂ©cidĂ© de m'immiscer dans leurs visio-apĂ©ros, les gens en sont friands, c'est convivial, ils ont l'impression d'en savoir plus aprĂšs la visio-dĂ©gustation", ajoute Madeleine Premmereur, derriĂšre ces "visio-dĂ©gustations". "Vous avez vos bouteilles, j'espĂšre que le rosĂ© est bien frais? ", demande-t-elle Ă ses invitĂ©es avant de leur expliquer les diffĂ©rents cĂ©pages, et de dĂ©tailler le procĂ©dĂ© de vinification en barriques de chĂȘne, puis la mise en bouteille et la commercialisation.
"Pour le rosĂ©, la demande est au rosĂ© clair, obtenu en pressant Ă froid des raisins trĂšs frais", vendangĂ©s de nuit, note Madeleine. "On en vend beaucoup aux restaurants mais pas en ce moment, heureusement que vous ĂȘtes lĂ ". Les ventes se poursuivent aussi par l'intermĂ©diaire des cavistes et grĂące au site internet. Au chĂąteau de Cabran, prĂšs de Puget-sur-Argens (Var), Renaud de Saint-Seine, qui rĂ©alise 80% de son chiffre d'affaires avec les cavistes et les particuliers, compte lui aussi sur la vente par internet et directe aprĂšs avoir subi "un gros ralenti" en avril.
- Promotions sur les frais de port -
"Nous sommes ouverts au public, mais peu de gens viennent", regrette-t-il. Depuis le dĂ©but du confinement, les efforts se portent sur la livraison. "On a drastiquement baissĂ© le seuil Ă partir duquel les livraisons se font en France (...) et Ă la cave, nous proposons des livraisons Ă domicile ou des formules de drive in". Autre trouvaille: des commerçants ouverts qui acceptent d'ĂȘtre dĂ©positaires de ses vins.
Des viticulteurs du Vaucluse ont eux aussi optĂ© pour le "drive in" aprĂšs commande par tĂ©lĂ©phone ou internet, comme au domaine de la Tourade, dans le Gigondas aprĂšs la suspension des activitĂ©s oenologiques. Les CĂŽtes du RhĂŽne sont aussi frappĂ©s par une baisse des ventes aprĂšs la fermeture des hĂŽtels, des restaurants ou mĂȘme des boutiques "car il n'y vient personne", tĂ©moigne Michel Blanc, directeur du dĂ©veloppement de la maisons de vignerons, Ă Gigondas.
Restent les boutiques en ligne qui font des promotions sur les frais de port en France ou à l'étranger. "On perd de l'argent mais on essaye de limiter la casse", décrit-il.
SpĂ©cialisĂ©s dans le rouge, les domaines des CĂŽtes du RhĂŽne restent toutefois moins inquiets que leurs congĂ©nĂšres plus au sud qui produisent en particulier du rosĂ©, un vin plus saisonnier. "Ce n'est pas une denrĂ©e pĂ©rissable, on peut le vendre dans six mois, la difficultĂ© c'est la trĂ©sorerie", analyse M. Blanc. Le prĂ©sident du syndicat des crus ChĂąteauneuf-du-pape, Serge Gradassi, partage cet optimisme pour les crus de rouge classĂ©s. Pour rĂ©soudre les problĂšmes de trĂ©soreries, les viticulteurs tablent sur des "prĂȘts garantis par l'Etat, un report des cotisations" et nĂ©gocient avec le gouvernement une exonĂ©raton de charges.
Le piĂšge serait un effondrement des cours du vin. "Il faut maintenir les cours et ne pas lĂącher le prix... dire aux vignerons de ne pas vendre Ă n'importe quel prix", soutient M. Gradassi.
AFP


