Terminer de sauter comme un animal

En Russie, le "quadrobics" dans le viseur des tenants des valeurs "traditionnelles"

  • PubliĂ© le 23 novembre 2024 Ă  12:59
L'adolescente russe Iana, adepte du quadrobics, porte un masque de renard et s'entraĂźne dans un appartement Ă  Moscou, le 18 octobre 2024 ( AFP / Alexander NEMENOV )

Iana, une adolescente moscovite, risque de devoir renoncer à sa passion, le quadrobics, une activité physique consistant à bondir, trotter, ramper comme un animal, grimé en quadrupÚde, avant de souvent poster les vidéos sur TikTok.

Iana, une adolescente moscovite, risque de devoir renoncer à sa passion, le quadrobics, une activité physique consistant à bondir, trotter, ramper comme un animal, grimé en quadrupÚde, avant de souvent poster les vidéos sur TikTok.

Autorités russes, clergé orthodoxe et artistes proches du pouvoir ne voient rien d'innocent ni d'amusant dans cette tendance émergente, y décelant la marque de "satanisme" et une menace en provenance d'Occident pour détruire les valeurs dites "traditionnelles" de la Russie.

En conformitĂ© avec le virage ultraconservateur du pouvoir russe depuis le dĂ©but de l'assaut contre l'Ukraine en fĂ©vrier 2022, des dĂ©putĂ©s ont dĂ©posĂ© une proposition de loi pour bannir le quadrobics, comme ils l'ont dĂ©jĂ  fait pour "la promotion de la vie sans enfants" ou comme le fit la Cour suprĂȘme pour le "mouvement LGBT".

"On nous dicte combien d'enfants on doit avoir et Ă  quoi ils doivent jouer ? SĂ©rieusement ?", s'offusque la mĂšre d'Iana, Ioulia, 38 ans, une agente de voyages qui prĂ©fĂšre ne pas donner son nom de famille dans un pays oĂč la rĂ©pression bat son plein.

Dans leur appartement cossu de Moscou, Ioulia aide sa fille de 12 ans à trier queues touffues et masques multicolores de chats et de renards que celle-ci a confectionnés.

Iana, qui pratique le quadrobics chez elle ou dans un parc avec des amis, trouve ça "trop cool": "Physiquement, je suis devenue plus forte, je peux marcher sur les mains."

Mais cette activité, somme toute encore assez confidentielle, est devenue en Russie une affaire d'importance, abordée au cours d'une table ronde sur "la lutte contre le satanisme" ou à longueur de débats et de reportages télévisés au ton outragé.

- L'hydre quadrobics LGBT -

La commissaire aux droits de l'Enfant de la république russe du Tatarstan, Irina Volets, a dit avoir reçu "nombre de plaintes" par des citoyens qui s'inquiÚtent d'"une déshumanisation des enfants".

Le "quadrobics" et les "furries", une autre communautĂ© de gens qui se dĂ©guisent en animaux, sont "avec le mouvement LGBT les tĂȘtes de la mĂȘme hydre", a-t-elle dit.

"Saviez-vous que parmi les quadrobics il y a dix fois plus de personnes qui s'identifient en tant que LGBT ?", interroge le réalisateur Nikita Mikhalkov, oscarisé en 1995 pour "Soleil Trompeur" et aujourd'hui propagandiste du Kremlin.

Pour Fiodor Loukianov, chargĂ© de la famille au patriarcat de Moscou, "le quadrobics, ce n’est pas un jeu d’enfant ou un sport mais une sous-culture (...) qui prĂ©pare l’enfant Ă  l'adoption d'antivaleurs dont celles de la pluralitĂ© de genres et du (mouvement) LGBT".

"On est Ă  l’étape oĂč on nous pousse Ă  renoncer non seulement Ă  notre identitĂ© de genre mais aussi Ă  notre identitĂ© humaine", renchĂ©rit le 11 octobre sur Telegram le prĂ©sident de la Douma, la chambre basse du Parlement, Viatcheslav Volodine, dĂ©nonçant une tendance en provenance "des États-Unis et d'Occident".

C'est une chanteuse partisane du Kremlin, Mia BoĂŻka, qui a dĂ©clenchĂ© la tempĂȘte quand, en septembre, elle a humiliĂ© sur scĂšne une jeune pratiquante : "Aujourd’hui c’est un chat, demain un chien. Et aprĂšs-demain, elle dĂ©cidera qu’elle est devenue un garçon... et on aura Maman 1 et Maman 2 dans nos familles".

- "Influence étrangÚre néfaste" -

"Quelle horreur ! D'oĂč sortent-ils tout ça ?", s'offusque Ioulia, la mĂšre de Iana. "Ce sont nos enfants qui ne font que s'amuser. Le temps viendra oĂč ils deviendront tous des adultes ennuyeux".

Mais le député ultra-nationaliste Andreï Svintsov, à l'origine de la proposition de loi qui prévoit des amendes pour les pratiquants, s'emporte au souvenir d'une "vidéo dans laquelle une femme promÚne en laisse son fils déguisé en chien. Ca dégoûte les Russes".

Avant de poursuivre : "Nous avons pris un retard de 25 ans avec (l'interdiction du mouvement) LGBT", mis par les autorités dans la catégorie des organisations "extrémistes", ouvrant ainsi la voie à de lourdes peines de prison.

"On doit au moins se rattraper avec ces nouveaux mouvements", "imposés par l'Occident" et qui "visent à détruire notre démographie", dit-il, une allusion à la crise démographique que Vladimir Poutine promet, sans succÚs, de régler depuis un quart de siÚcle au pouvoir.

Pour le politologue indépendant Konstantin Kalatchev, le pouvoir "impose ce débat pour enfoncer un coin entre les Russes et l'Occident".

Et la campagne porte ses fruits : 35% des Russes jugent que l'apparition des quadrobics est imputable à "une influence étrangÚre néfaste" et un tiers veut une interdiction, selon un sondage de l'Institut VTsIOM proche du Kremlin.

AFP

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1 Commentaires
Histoire
Histoire
1 an

La Russie c'est le Gorafi tous les jours. AprĂšs ils vont interdire le lac des cygnes aussi ? Parce que quand mĂȘme, ces danseuses qui s'identifient Ă  des oiseaux... Ah oui mais faudrait cancel Tchaikovski...
"Le poÚte anglais George Turberville, qui se rend à Moscou en 1568 alors qu'Ivan IV gouverne la Russie de façon trÚs violente, se dit moins marqué par les carnages que par l'homosexualité ouvertement affichée des paysans russes". (Page Wikipedia : histoire LGBT en Russie).