Ses outils à la main, le cultivateur syrien Fady al-Mahmoud inspecte ses pistachiers, espérant pour cet été une récolte généreuse qui viendrait compenser des années de disette dans un pays en guerre.
Connue sous le nom de pistache d'Alep, l'arachide verte utilisĂ©e pour la confection de pĂątisseries et de glaces orientales est l'un des produits incontournables de l'agriculture du nord syrien, oĂč elle est cultivĂ©e dans les provinces voisines d'Alep, de Hama et d'Idleb.
Et cela fait Ă peine quelques mois que M. Mahmoud a rĂ©cupĂ©rĂ© ses terres, dans la province centrale de Hama. En dĂ©but d'annĂ©e, Ă la faveur d'une offensive de plusieurs mois dans cette riche rĂ©gion agricole, les forces gouvernementales ont repris le nord de la province aux rebelles et aux jihadistes. "Je me porte bien tant que mes plantations se portent bien", confie doctement l'agriculteur de 40 ans, casquette vissĂ©e sur la tĂȘte pour se protĂ©ger du soleil. Alternant entre le sĂ©cateur et la scie, il coupe les branches mortes des arbustes, inspectant des pistaches mures couleur aubergine, rĂ©coltĂ©es gĂ©nĂ©ralement Ă la mi-juillet.
"Le pistachier d'Alep c'est le poumon qui fait vivre les villages de Hama", affirme M. Mahmoud, originaire de la petite bourgade de Maan. Avant la guerre déclenchée en 2011, la Syrie était l'un des principaux producteurs de pistaches au monde, avec 75.000 à 80.000 tonnes récoltées certaines années et principalement destinées à l'exportation, notamment vers l'Arabie saoudite, la Jordanie ou le Liban, ou encore vers l'Europe.
La production a Ă©tĂ© divisĂ©e par deux au plus fort du conflit, lorsque les combats faisaient rage dans le nord-ouest, oĂč se trouve aujourd'hui l'ultime grand bastion jihadiste et rebelle du pays.
- "Compenser les pertes" -
A son retour dans son village, M. Mahmoud a retrouvĂ© certains de ses arbustes dessĂ©chĂ©s, avec des tranchĂ©es et des mines dans les plantations des environs. "Certains pistachiers d'Alep sont nĂ©gligĂ©s depuis 2012. En temps normal, ils requiĂšrent beaucoup d'attention", dĂ©plore l'agriculteur. La terre doit en principe ĂȘtre labourĂ©e quatre fois par an et des pesticides ĂȘtre pulvĂ©risĂ©s deux fois dans l'annĂ©e, explique-t-il. "J'espĂšre commencer Ă compenser les pertes essuyĂ©es durant les annĂ©es de guerre", confie M. Mahmoud.
Tout autour du village, des soldats s'activent encore dans les terres agricoles pour les débarrasser des restes de projectiles mais aussi de blindés et de véhicules rouillés, vestiges des combats. Munis de détecteurs de métaux, des militaires en uniforme de l'armée syrienne inspectent le sol à la recherche d'explosifs restés intacts. De temps à autres, une explosion retentit quand l'armée fait détoner des mines.
Sur les quelque 70.000 hectares de pistachiers plantĂ©s dans le nord-ouest, 25% des terrains ont souffert de dĂ©gĂąts Ă cause des combats, indique Hassan Ibrahim, directeur de l'AutoritĂ© gouvernementale chargĂ©e de cette culture. Selon lui, les agriculteurs sont confrontĂ©s Ă des "difficultĂ©s" comme notamment les mines enfouies dans le sol. Des Ă©quipes de dĂ©mineurs ont Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ©es par l'Etat pour les neutraliser.
Sur ses terres prÚs de Maan, Ibrahim Ibrahim examine avec attention la couleur de ses petites pistaches pour déterminer leur niveau de maturité. "C'est la premiÚre fois que les cultivateurs reviennent sur leurs terres sans avoir peur", confie-t-il. Lui aussi mise beaucoup sur les récoltes. Se mettant au volant de sa petite camionnette, il emprunte un chemin de terre cahoteux pour parcourir les champs des environs. "J'espÚre que cette année nous ramÚnera aux niveaux de production auxquels nous étions habitués avant la guerre", soupire-t-il. La pistache "c'est notre principale source de revenus".
AFP





