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Encensé en France, inconnu aux Etats-Unis, Jim Fergus publie la suite de "Mille femmes blanches"

  • PubliĂ© le 17 septembre 2016 Ă  10:51
L'écrivain américain Jim Fergus à Paris, le 14 septembre 2016

"Je suis un écrivain complÚtement inconnu aux Etats-Unis", reconnait le romancier américain Jim Fergus qui publie, aprÚs 16 ans d'attente, la suite de "Mille femmes blanches", phénomÚne d'édition en France.


"En Europe, en France en particulier, c'est comme si je vivais la vie de quelqu'un d'autre", s'amuse l'écrivain au cours d'un entretien avec un journaliste de l'AFP.
Pour jauger la popularitĂ© de Jim Fergus en France, il suffit d'examiner le planning de sa tournĂ©e de prĂ©sentation de "La vengeance des mĂšres", publiĂ© jeudi prochain par le Cherche-Midi. Le romancier va enchaĂźner les rencontres avec ses milliers de lecteurs francophones jusqu'au 19 novembre. "Je suis assez content pour ma tranquillitĂ© d'ĂȘtre inconnu aux Etats-Unis mais j'aime bien l'accueil que me rĂ©servent les Français. C'est agrĂ©able", savoure l'Ă©crivain.
Jim Fergus, 66 ans, n'est pas le seul Ă©crivain amĂ©ricain Ă  rencontrer plus de succĂšs en France qu'aux Etats-Unis (mĂȘme si lĂ -bas, "grĂące au bouche-Ă -oreille", son livre "Mille femmes blanches" s'est Ă©coulĂ© Ă  "presque un million d'exemplaires" toutes Ă©ditions confondues).
L'auteur de best-sellers Douglas Kennedy, l'Ă©crivain James Ellroy qui reconnait "vendre six fois plus de livres en France qu'aux Etats-Unis" ou encore Jim Harrison, dĂ©cĂ©dĂ© en mars dernier, sont dans la mĂȘme situation.
Jim Fergus, grand ami et voisin de Jim Harrison en Arizona, se souvient de sa venue en France, en 2000, pour présenter "Mille femmes blanches". L'auteur de "Dalva" l'accompagnait. "Je connaissais alors Jim depuis 20 ans mais je ne me doutais pas de ce qui m'attendait en France avec lui. C'est comme si j'étais avec Mick Jagger", dit en riant, dans son français parfait, Jim Fergus.
"La vengeance des mĂšres" (qui ne sortira aux Etats-Unis qu'au printemps prochain) reprend l'histoire lĂ  oĂč s'achevait "Mille femmes blanches".
- Une histoire de survivantes -
En 1875, dans le but de favoriser l'intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Ulysses Grant d'échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et des femmes, recrutées pour l'essentiel dans les prisons ou les asiles, sont envoyées dans les territoires indiens. Dans "Mille femmes blanches", on suivait cette histoire (basée sur des faits réels) via les carnets (imaginaires) d'une de ces jeunes femmes, May Dodd. A la fin de "Mille femmes blanches", l'armée américaine, peu respectueuse des promesses faites aux Cheyennes, massacrait la tribu de Little Wolf y compris "les femmes blanches" et leurs enfants. Seule une poignée de femmes échappaient à la tuerie. "La vengeance des mÚres" est l'histoire de ces survivantes.
"La plupart des Américains ne connaissent rien à la vie des Indiens. Ils ne savent pas comment a été bùti leur pays, ils n'ont aucune idée du massacre des Indiens", déplore Jim Fergus, "fasciné par les histoires d'Indiens" depuis son enfance.
Avec son pÚre, il a tÎt sillonné l'Ouest américain. "J'ai grandi prÚs de Chicago et on faisait des balades en voiture chaque été. Nouveau Mexique, Colorado, Wyoming, Montana... Nous passions par les réserves indiennes".
"+La vengeance des mĂšres+ est une oeuvre de fiction mais j'ai essayĂ© d'ĂȘtre le plus prĂšs possible de la rĂ©alitĂ© historique", explique Jim Fergus.
Formidable plaidoyer pour la culture indienne, le roman est aussi un grand roman fĂ©ministe oĂč l'on entend des femmes -nous sommes en 1876!- parler librement "sans Ă©prouver ni gĂȘne, ni honte" du plaisir physique. Plein d'empathie pour ses personnages, Jim Fergus ne se montre jamais manichĂ©en. Les Cheyennes peuvent ĂȘtre aussi cruels. "Ce sont des humains comme tout le monde", se justifie le romancier.
Le sort des Indiens d'aujourd'hui le préoccupe. "Grùce aux casinos, il y a aujourd'hui des tribus trÚs riches, notamment en Californie. Ce n'est pas le cas des Apaches en Arizona ou des Cheyennes".
Il se réjouit de l'actuelle mobilisation des Sioux et d'une centaines d'autres tribus contre un projet d'oléoduc dans le Dakota du Nord. "Finalement, les tribus vont se faire entendre".

Par Alain JEAN-ROBERT - © 2016 AFP
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