Politique espagnole

Entre Madrid et Barcelone, incompréhension et amertume

  • PubliĂ© le 8 septembre 2017 Ă  21:42
Un graffiti représentant une femme en train de coudre un drapeau des catalan à Barcelone, le 6 septembre 2017

Depuis l'annonce de l'organisation en Catalogne d'un référendum d'autodétermination interdit par la justice, la tension est à son comble entre Madrid et Barcelone, dont les habitants hésitent entre incompréhension et amertume.


Un drapeau catalan collé à son casque, Joffre Vives gare sa moto prÚs des ruines de la Barcelone du XVIIIe siÚcle, symbole du séparatisme de la Catalogne.
Les dirigeants indépendantistes de cette riche région du nord-est de l'Espagne ont tout juste convoqué un référendum d'autodétermination pour le 1er octobre, déclaré anticonstitutionnel par la justice.
"Ils ne nous laissent pas le choix", assure Joffre, serrurier de 40 ans, tout prÚs des ruines de l'ancienne ville, détruite par les troupes du roi Philippe V aprÚs une guerre de succession dans laquelle les Catalans avaient juré loyauté à un autre roi.

Cachées pendant des siÚcles sous un marché, elles ont été exhumées en 2014, pour le tricentenaire du siÚge de la ville et en pleine poussée de fiÚvre séparatiste. "L'incompréhension vient de loin. Ils ne font pas l'effort de nous comprendre. Peu importe ce qu'on fait ici, ils le diabolisent", soupire Joffre. "Regardez la corrida. Les Canaries (archipel espagnol dans l'Atlantique) l'ont interdite et il ne s'est rien passé. Quand nous l'avons fait ici, ça a été le grand scandale, une attaque contre l'Espagne", peste-t-il.

Quelques mÚtres plus loin, Daniel Blanquer est fataliste. "Le dialogue ne sert plus à rien. Ils nous traitent de putschistes alors qu'on veut juste voter lors d'un référendum".
"On n'a plus qu'Ă  continuer d'avancer, tendre la corde", dit cet architecte de 48 ans.

- ColĂšre Ă  Madrid -

À 625 kilomĂštres, deux heures et demie de train de lĂ , les visions sont tout aussi tranchĂ©es... mais dans l'autre sens. "Les Catalans se ridiculisent", lance Alicia Heras, rencontrĂ©e dans le quartier de Las Cortes Ă  Madrid, oĂč se trouve depuis 1843 le bĂątiment de la Chambre des dĂ©putĂ©s. La famille de son mari vit Ă  Sabadell, en Catalogne. "Ils sont tous indĂ©pendantistes", lĂąche-t-elle. Mais, dans les repas de famille, on ne parle pas du sujet "sinon ils s'Ă©nervent trop et n'Ă©coutent pas".

"La Constitution est lĂ  pour ĂȘtre respectĂ©e", ajoute cette couturiĂšre Ă  la retraite de 63 ans, suivant la ligne du gouvernement conservateur de Madrid selon lequel "tous les Espagnols" devraient s'exprimer sur le sujet et pas seulement les Catalans. "Ca me ferait enrager qu'ils s'en aillent, parce que nous les avons tous aidĂ©s Ă  gagner ce qu'ils ont maintenant", ajoute-t-elle en se dirigeant vers l'avenue du Prado oĂč se trouve le musĂ©e du mĂȘme nom.

Ici, les maßtres espagnols, comme Goya et Velazquez, cÎtoient des Catalans, comme Rusiñol et Prats.
"Le gouvernement catalan veut l'indĂ©pendance sans tenir compte de personne, pas mĂȘme de nombreux Catalans qui vivent lĂ -bas", et veulent rester espagnols, s'indigne aussi Antonio Palomeras, informaticien madrilĂšne de 44 ans. Mais tous ne sont pas dans la confrontation.

"Le panorama politique me dĂ©sespĂšre. Ils ne font qu'aller Ă  l'affrontement et ne rĂ©flĂ©chissent pas Ă  des politiques qui unissent la population", dit Pilar Reig, 48 ans. "Je n'ai jamais aimĂ© les frontiĂšres, les divisions. Maintenant, la Catalogne prend son indĂ©pendance. Et si le Val d'Aran fait la mĂȘme chose ?", s'indigne-t-elle, Ă©voquant ce petit territoire de langue occitane au nord de la Catalogne. "Si on dresse des frontiĂšres, des frontiĂšres et encore des frontiĂšres, Ă  la fin, on se retrouve seul".

- 'Vivre en paix' -

Le jour oĂč Francisca Gonzalez de la Vega fĂȘtait ses 65 ans, le gouvernement catalan convoquait officiellement le rĂ©fĂ©rendum. Cette retraitĂ©e de l'industrie chimique vivant dans le quartier de LavapiĂ©s Ă  Madrid l'a vĂ©cu "avec tristesse, avec beaucoup d'intĂ©rĂȘt, et dĂ©sespĂ©rĂ©e", raconte-t-elle Ă  l'AFP devant les imposants lions de bronze de la Chambre des dĂ©putĂ©s.

Pour elle, le gouvernement de Mariano Rajoy devrait "donner aux gens l'occasion de s'exprimer". "La Catalogne veut quitter l'Espagne parce qu'elle est adulte, et Ă  cause de la corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e que nous avons en Espagne". Et de proposer sa solution Ă  elle: "Les inviter Ă  Madrid, et emplir les rues de Madrid de drapeaux catalans. Les inviter pour qu'ils voient que nous voulons la mĂȘme chose: vivre en paix, en tranquillitĂ©, en harmonie".

AFP

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