Le Royaume-Uni est sorti de l'UE

Entre routine et résignation, voyage dans le premier Eurostar post-Brexit

  • PubliĂ© le 1 fĂ©vrier 2020 Ă  16:41
  • ActualisĂ© le 1 fĂ©vrier 2020 Ă  17:39
Des passagers embarquent Ă  bord de l'Eurostar Ă  Paris

08H50, samedi, au Royaume-Uni: l'Eurostar Paris-Londres sort du tunnel sous la Manche et quitte pour la premiÚre fois le territoire de l'Union européenne.

Un moment symbolique mais encore sans conséquence pour des passagers plutÎt résignés face à ce Brexit devenu réalité. Quelques heures plus tÎt, à Paris, le passage des portiques de sécurité et les contrÎles d'identité se sont déroulés sans encombre.

"Je m'inquiétais des longues files d'attente pour les contrÎles de passeport. Alors je suis venue plusieurs heures en avance mais finalement c'est trÚs calme", reconnaßt Tamara Jacobsen qui vit à Paris. "Pour nous, je crois que ça ne va pas changer grand chose mais pour les Britanniques je pense que cela va faire du mal d'un point de vue économique", déplore cette Roumaine, mariée à un Danois, interrogée par l'AFP alors qu'elle attend son train.

Quelques siĂšges plus loin, Alex Adotevi, un homme d'affaires allemand est plus agacĂ©. "J'ai passĂ© beaucoup de temps ces derniĂšres annĂ©es Ă  ĂȘtre en colĂšre.

Tout cela va Ă  l'encontre de l'Histoire. En plus, alors qu'on nous parle de faire attention Ă  l'environnement, ce Brexit va pousser le Royaume-Uni Ă  commercer avec des pays du monde entier plutĂŽt qu'avec leurs voisins", peste ce pĂšre de deux enfants britanniques.

"Si je veux aller me réinstaller en Angleterre avec ma famille, ce sera un fardeau administratif, il faudra que je demande un permis de travail", craint-il.
Alors que l'Eurostar, loin d'ĂȘtre rempli, met le cap vers le nord, le wagon bar reste assez dĂ©sert. "C'est l'effet Brexit!", s'amuse Bruno, le serveur, tout en rappelant que pour l'instant rien n'a changĂ© cĂŽtĂ© formalitĂ©s.

- Touristes sereins -

Jusqu'à la fin de l'année au moins, les cartes d'identité de l'Union européenne resteront valables pour voyager outre-Manche. La liberté de circulation s'applique pendant cette période de transition censée permettre une séparation en douceur. Pour la suite, le Royaume-Uni et les Européens devront se mettre d'accord sur les formalités nécessaires dans le cadre des épineuses discussions qui s'annoncent sur leur relation future.

"Tant qu'on peut continuer Ă  voyager facilement, le Brexit ne change pas grand-chose pour nous", assure MĂ©lodie, la vingtaine, qui se rend Ă  Londres en famille. "On nous a dit que rien ne changeait. On a quand mĂȘme fait des passeports pour toute la famille, au cas oĂč", ajoute, plus prudent, Olivier, qui voyage avec ses deux jeunes enfants.

L'Eurostar qui assure 15 liaisons quotidiennes Paris-Londres et 31 entre Londres et l'Europe continentale continue de circuler normalement. "Notre ADN c'est de transporter les gens entre la Grande-Bretagne et le continent, forcĂ©ment on est un peu tristes mais opĂ©rationnellement on a fait en sorte que tout reste aussi fluide que possible", explique Ă  l'AFP, Philippe Mouly, directeur des opĂ©rations d'Eurostar. "Rien n'a changĂ© par rapport Ă  hier. Les trains circulent comme hier, les systĂšmes d'immigration sont les mĂȘmes, tout comme les rĂšgles de billets", poursuit-il.

Les premiers trajets post-Brexit ont cependant commencĂ© avec d'importants retards causĂ©s par des problĂšmes d'aiguillage. Si certains y verront un symbole, rien Ă  voir avec la sortie de l'UE. "En tant que touriste, on n'est pas spĂ©cialement touchĂ©s", confirme Jean-Yves Foret, chef de projet trentenaire en voyage Ă  Londres et qui voit mĂȘme dans le Brexit certaines opportunitĂ©s. "Si les prix de l'immobilier chutent, ça peut devenir intĂ©ressant d'investir au Royaume-Uni", estime-t-il.

A l'arrivée à la gare Saint-Pancras à Londres, avec plus d'une heure et demi de retard, quelques rayons de soleil accueillent les voyageurs. Et tout le monde peut, comme prévu, quitter les lieux sans contrÎle particulier. "Il faudra voir aprÚs le 31 décembre comment ça va se passer. Est-ce qu'il y aura des lignes spéciales pour le contrÎle des passeports pour les résidents britanniques?" s'interroge Cyril, ingénieur en bùtiment qui vit à Londres et qui compte y rester.
Comme lui, les expatriés déjà installés au Royaume-Uni pourront conserver leurs droits d'y résider et d'y travailler.

AFP

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