Turquie : aprĂšs son triomphe Ă©lectoral

Erdogan vers des pouvoirs renforcés

  • PubliĂ© le 25 juin 2018 Ă  14:04
  • ActualisĂ© le 25 juin 2018 Ă  14:08
Des partisans du président turc réélu Recep Tayyip Erdogan brandissent des drapeaux turcs et une affiche à son effigie devant le siÚge du parti AKP, à Istanbul le 24 juin 2018

Le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan triomphait lundi aprÚs avoir remporté dÚs le premier tour un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés face à une opposition pugnace qui a reconnu sa défaite tout en jugeant la campagne injuste.

AprÚs avoir remporté dimanche des élections législatives et présidentielle contre une opposition vigoureuse, M. Erdogan s'est offert dans les premiÚres heures de lundi un symbolique discours de victoire depuis le balcon du siÚge de son parti, l'AKP, à Ankara.

"La Turquie a donné une leçon de démocratie au monde", a-t-il clamé devant plusieurs milliers de partisans qui agitaient des drapeaux et scandaient son nom.
M. Erdogan, qui rÚgne sur la Turquie depuis 2003, d'abord comme Premier ministre puis, à partir de 2014, comme président, s'est imposé comme le dirigeant turc le plus populaire, mais aussi le plus polarisateur de ces derniÚres décennies.

AccusĂ© de dĂ©rive autoritaire par ses dĂ©tracteurs, il s'apprĂȘte aprĂšs sa victoire Ă  recevoir un nouveau mandat prĂ©sidentiel de cinq ans aux prĂ©rogatives considĂ©rablement renforcĂ©es, aux termes d'une rĂ©forme constitutionnelle adoptĂ©e l'an dernier par rĂ©fĂ©rendum. M. Erdogan a indiquĂ© lors de son discours nocturne qu'il mettrait "rapidement" en place le nouveau systĂšme prĂ©sidentiel prĂ©vu par cette rĂ©forme constitutionnelle.

Le prĂ©sident du Haut comitĂ© Ă©lectoral (YSK) Sadi GĂŒven a dĂ©clarĂ© dans la nuit de dimanche Ă  lundi que M. Erdogan avait, selon des rĂ©sultats provisoires, rĂ©coltĂ© la majoritĂ© absolue des voix dans le volet prĂ©sidentiel du scrutin, synonyme de réélection dĂšs le premier tour. Le principal opposant de M. Erdogan Ă  la prĂ©sidentielle, le social-dĂ©mocrate Muharrem Ince, a reconnu sa dĂ©faite lundi et exhortĂ© le prĂ©sident Ă  reprĂ©senter "tous" les Turcs.

Rompant son silence lors d'une conférence de presse à Ankara, M. Ince a estimé que la Turquie était désormais passée sous "un régime autocratique" avec l'entrée en vigueur de la réforme constitutionnelle.

Nouveaux pouvoirs

D'aprĂšs l'agence de presse Ă©tatique Anadolu, qui fait Ă©tat d'un taux de participation d'environ 88%, M. Erdogan est arrivĂ© en tĂȘte de la prĂ©sidentielle avec un score de 52,5% aprĂšs dĂ©pouillement de plus de 99% des urnes.

La coalition montée par M. Erdogan pour le volet législatif des élections récolte quelque 53,6% des voix, selon les résultats partiels d'Anadolu, grùce notamment au score inattendu de son partenaire minoritaire, le parti ultranationaliste MHP (11%). M. Erdogan s'est imposé comme le dirigeant turc le plus puissant depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal. Il a transformé la Turquie à coups de méga-projets d'infrastructures et en libérant l'expression religieuse, et a fait d'Ankara un acteur diplomatique clé.

Mais ses détracteurs accusent le "Reis", ùgé de 64 ans, de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016, suivie de purges massives qui ont touché des opposants et des journalistes et suscité l'inquiétude de l'Europe. Avec l'entrée en vigueur de la réforme constitutionnelle, M. Erdogan pourrait potentiellement rester au pouvoir jusqu'à 2023, voire au-delà.

Cette réforme constitutionnelle prévoit le transfert de tous les pouvoirs exécutifs au président qui pourra nommer les ministres et de hauts magistrats, décider du budget et gouverner par décrets. La fonction de Premier ministre sera supprimée. Les élections de dimanche étaient considérées par les observateurs comme les plus difficiles pour M. Erdogan depuis son avÚnement au pouvoir, face à des vents économiques contraires et une opposition revitalisée.

"Election injuste" -

M. Ince, un député pugnace qui a porté les couleurs du CHP à la présidentielle, s'est imposé comme le principal rival de M. Erdogan pour la présidentielle. Selon Anadolu, il a récolté prÚs de 31% des voix.

Les observateurs ont pointé des conditions de campagne trÚs inéquitables avec notamment une couverture médiatique largement favorable au président turc. "Cette élection a été injuste", a déploré M. Ince. Malgré l'arrestation de plusieurs de ses députés et notamment de son candidat à la présidentielle Selahattin Demirtas, le candidat prokurde HDP est parvenu à franchir le seuil de 10% des voix au niveau national lui permettant de siéger à nouveau au Parlement.
"Le fait que j'ai été contraint de faire campagne en étant incarcéré a été la plus grande injustice de cette campagne", a dénoncé M. Demirtas, selon un message posté sur son compte Twitter.

Les opposants, qui avaient mobilisé une armée d'observateurs pour surveiller les urnes, ont dénoncé des irrégularités, notamment dans la province de Sanliurfa.
M. Erdogan a notamment été félicité par le dirigeant russe Vladimir Poutine qui a loué lundi la "grande autorité politique" de son homologue turc.

Les marchés semblaient rassurés par la victoire de M. Erdogan. La livre turque, qui s'est fortement dépréciée cette année, prenait environ 2% face au dollar.

 - © 2018 AFP

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