L'Assemblée nationale a voté lundi soir l'article 1er du projet de révision constitutionnelle visant à inscrire dans la loi fondamentale le régime de l'état d'urgence, disposition contestée par certains écologistes et le Front de gauche, comme par certains députés de droite.
La déchéance de nationalité, pomme de discorde majeure de la révision constitutionnelle et objet de plusieurs réécritures pour la faire passer à gauche, va agiter mardi l'hémicycle, au dernier jour des débats.
Le premier volet du projet de loi constitutionnelle, qui prévoit que l?état d?urgence sera "décrété en Conseil des ministres" soit "en cas de péril imminent résultant d?atteintes graves à l?ordre public", soit en cas de "calamité publique" (événements naturels), a été adopté par 103 voix contre 26, en présence notamment de Manuel Valls.
Comme actuellement, seul le Parlement pourra proroger l?état d?urgence au-delà des douze jours initiaux, par une loi en fixant la durée.
Avec l'avis favorable du gouvernement, les députés ont voté peu avant un amendement de l'UDI pour restreindre la durée de prorogation à une période maximale de quatre mois, renouvelable aprÚs un vote du Parlement.
Face aux interrogations de certains députés, tel Jean-Frédéric Poisson (Les Républicains), sur le choix de quatre mois, le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde a évoqué, entre autres, un parallÚle avec le délai au terme duquel le Parlement se prononce sur les interventions militaires de la France.
- ContrĂŽle parlementaire -
Le Premier ministre, selon lequel cette durée "ne repose pas sur des éléments précis", a jugé que cette borne de quatre mois "ne modifie pas fondamentalement l'équilibre par rapport à ce qui a été voté de trois mois (pour l'état d'urgence en vigueur ndlr) et donne un peu plus de marge". Cela semble "raisonnable" en donnant "suffisament de temps pour faire face au type de menaces que nous connaissons et de permettre au Parlement de le contrÎler et de le proroger si nécessaire", selon lui.
Pour M. Poisson, aucun de ces "arguments ne justifie pleinement" ce passage Ă quatre mois pour un rĂ©gime "pas attentoire aux libertĂ©s fondamentales mais quand mĂȘme restrictif".
Les députés ont aussi ajouté dans le texte de révision constitutionnelle le principe du contrÎle parlementaire de la mise en oeuvre de l'état d'urgence, souhaité par plusieurs groupes politiques, mais jugé superflu par certains députés LR.
Au grand dam du gouvernement ainsi que de la droite, ils ont aussi votĂ© un amendement socialiste prĂ©voyant que l'AssemblĂ©e nationale se rĂ©unit de plein droit et ne peut ĂȘtre dissoute pendant l'Ă©tat d'urgence.
Mais ils ont rejeté l'inscription de la compétence du juge administratif quant aux mesures de police administrative, le gouvernement considérant que c'est sa compétence naturelle. Les parlementaires ont aussi refusé qu'une loi organique, et non un simple loi ordinaire, fixe les mesures de police administrative autorisées.
Face aux assauts notamment de CĂ©cile Duflot (EELV) pour encadrer davantage l'Ă©tat d'urgence, le ministre de l'IntĂ©rieur Bernard Cazeneuve a lĂąchĂ©: "comme si l'Ă©tat d'urgence Ă©tait le danger, pas le terrorisme". Depuis les attentats de novembre, 83% des assignĂ©s Ă rĂ©sidence et 61% des perquisitions (hors de zone de la prĂ©fecture de police de Paris) ont concernĂ© "des personnes dans l'islamisme radical", qui Ă©taient fichĂ©es, et le reste portait sur des "rĂ©seaux dĂ©linquants" pouvant ĂȘtre en lien, a-t-il affirmĂ©.
Des Ă©cologistes, des socialistes "frondeurs", l'Ă©lu d'extrĂȘme droite Gilbert Collard ainsi que des dĂ©putĂ©s Les RĂ©publicains tels Pierre Lellouche et Bernard DebrĂ© ont en vain cherchĂ© Ă supprimer cet article 1er, synonyme de "recul de nos libertĂ©s", selon les mots de NoĂ«l MamĂšre (groupe Ă©cologiste).
Mais pour le nouveau garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, "les libertés publiques s'en porteront mieux" et "dans toutes les législations européennes, les états d'exception figurent dans la Constitution".
François Hollande a souhaité le 16 novembre devant le Parlement réuni en CongrÚs trois jours aprÚs les attentats un nouveau "régime constitutionnel" pour l'état d'urgence. Selon Manuel Valls, cela doit permettre d'encadrer "strictement les motifs de son déclenchement et de sa prorogation", repris de la loi de 1955, loi qui a créé ce régime d'exception en pleine guerre d'Algérie et été durcie en novembre.
Par Claire DE OLIVEIRA NETO - © 2016 AFP
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