Deux putsch en neuf mois

Etats ouest-africains et partenaires du Mali au défi du double coup d'Etat

  • PubliĂ© le 29 mai 2021 Ă  18:24
  • ActualisĂ© le 29 mai 2021 Ă  19:20
Le colonel Assimi Goïta, à Bamako le 19 août 2020

Le colonel Assimi Goïta est à présent officiellement le président du Mali aprÚs deux putsch en neuf mois, forçant la communauté internationale à des choix délicats, à commencer par les chefs d'Etat ouest-africains qui se réunissent dimanche.

La Cour constitutionnelle malienne a déclaré vendredi le colonel Goïta président de transition du pays, parachevant le coup de force déclenché lundi contre ceux qui se trouvaient entre lui et la direction de ce pays, plongé dans la tourmente mais crucial pour la stabilité du Sahel face à la propagation jihadiste.

La Cour constitutionnelle a ainsi officialisé un fait accompli auquel les partenaires du Mali avaient tùché de s'opposer aprÚs le coup d'Etat d'août 2020.

Assimi Goïta et un groupe de colonels avaient alors renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta aprÚs des mois de contestation populaire. La junte avait dû, sous la pression internationale et de sanctions ouest-africaines, accepter la nomination d'un président et d'un Premier ministre civils. Elle s'était engagée à organiser des élections et rendre le pouvoir à des civils à l'issue d'une transition de 18 mois.

La junte avait cependant taillé pour Assimi Goïta une vice-présidence sur mesure, investie des charges primordiales de la sécurité. Les colonels avaient nommé les leurs aux postes clés.

Lundi, l'ancien commandant de bataillon des forces spĂ©ciales a fait arrĂȘter le prĂ©sident et le Premier ministre, cautions civiles de la transition. La version initiale d'une destitution autoritaire est devenue officiellement une dĂ©mission.

L'engagement pris Ă  une transition civile est foulĂ© aux pieds, suscitant le doute sur les autres, Ă  commencer par la tenue d'Ă©lections dĂ©but 2022. La junte a dit ces derniers jours qu'elle comptait respecter le calendrier, mais ajoutĂ© qu'il pouvait ĂȘtre soumis Ă  des alĂ©as. La Cour constitutionnelle Ă©crit que le colonel GoĂŻta prĂ©sidera la transition jusqu'au bout.

- Goïta invité à Accra -

Le colonel GoĂŻta "exerce les fonctions, attributs et prĂ©rogatives de prĂ©sident de la transition pour conduire le processus de transition Ă  son terme", et il portera "le titre de prĂ©sident de la transition, chef de l’Etat", dit la Cour constitutionnelle.

Vendredi, dans un apparent effort de mobiliser des soutiens intérieurs, le colonel Goïta a dit son intention de nommer "dans les jours à venir" un Premier ministre issu d'un collectif qui avait mené en 2020 des mois de contestation contre l'ancien président Keïta mais que les colonels, une fois le chef de l'Etat renversé, avaient pris soin de laisser en marge de la transition.

MĂȘme avec un tel Premier ministre, la dĂ©signation d'Assimi GoĂŻta met les voisins et les partenaires du Mali au dĂ©fi de la rĂ©ponse.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) se réunissent dimanche à partir de 14H00 (locales et GMT) à Accra en sommet extraordinaire exclusivement consacré au Mali.

La Cédéao a invité le colonel Goïta à venir à Accra dÚs samedi pour des "consultations", indique un courrier de l'organisation consulté par l'AFP.

La Cédéao avait co-rédigé avec l'Union africaine, la mission de l'ONU au Mali (Minusma), la France, les Etats-Unis et d'autres un communiqué rejetant "par avance tout acte imposé par la contrainte, y compris des démissions forcées".

Une mission de la CĂ©dĂ©ao dĂ©pĂȘchĂ©e au cours de la semaine au Mali a Ă©voquĂ© l'Ă©ventualitĂ© de sanctions. La France et les Etats-Unis, engagĂ©s militairement au Sahel, en ont brandi la menace.

- Fermeté ou mansuétude -

"La transition politique sera dirigée par un civil" et "le vice-président de la transition (...) ne pourra en aucune maniÚre remplacer le président de la transition", avaient déclaré les dirigeants ouest-africains lors d'une réunion avec la junte le 15 septembre 2020 aprÚs le premier coup de force.

La Cédéao avait suspendu le Mali de tous ses organes de décision, fermé les frontiÚres de ses Etats membres et stoppé les échanges financiers et commerciaux avec le Mali, à l'exception des produits de premiÚre nécessité.
Elle avait levé les sanctions quand la junte avait paru se plier à ses exigences.

Dans un pays exsangue, les sanctions avaient Ă©tĂ© mal ressenties par une population Ă©prouvĂ©e. DiffĂ©rentes voix s'Ă©lĂšvent par ailleurs pour noter la diffĂ©rence de traitement entre la vigueur de la rĂ©action aux Ă©vĂšnements maliens et la mansuĂ©tude montrĂ©e vis-Ă -vis d'un autre pays sahĂ©lien, le Tchad, oĂč un Conseil militaire de transition (CMT) de 15 gĂ©nĂ©raux a pris le pouvoir le 20 avril aprĂšs la mort d'Idriss DĂ©by Itno, avec Ă  sa tĂȘte un des fils de l'ancien prĂ©sident.

Des sanctions ciblĂ©es visant les colonels sont Ă©voquĂ©es, avec des interrogations sur leur efficacitĂ©. Mais certains dirigeants qui allaient en 2020 au-devant d'Ă©lections dĂ©licates et prĂŽnaient la fermetĂ© pourraient y ĂȘtre moins enclins Ă  prĂ©sent, disent les experts.

AFP

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1 Commentaires
Jeanbon
Jeanbon
4 ans

Incroyable comme dans ces pays d'Afrique, des dictateurs s'imposent au pouvoir. A chaque fois, un des leurs, sorti de nulle part, n'a qu'une idĂ©e en tĂȘte, devenir le plus grand roi de la zone, zigouillant tous les opposants, appauvrissant le pays, ses habitants, voir mĂȘme les affamant, pour mener grande vie.