Amérique centrale

Evelyn Hernandez acquittée, l'arsenal anti-avortement reste intact au Salvador

  • PubliĂ© le 20 aoĂ»t 2019 Ă  03:59
  • ActualisĂ© le 20 aoĂ»t 2019 Ă  08:39
La Salvadorienne Evelyn Hernandez, jugée pour homicide aprÚs avoir perdu son bébé, est acquittée, le 19 août 2019 à San Salvador

Une jeune Salvadorienne, Evelyn Hernandez, a été acquittée lundi du meurtre de son bébé mort-né, mais l'arsenal législatif et judiciaire qui réprime sévÚrement l'avortement reste intact au Salvador.

Evelyn Hernandez, qui encourait 30 à 50 ans de prison pour homicide aggravé par négligence aprÚs avoir perdu son bébé, a été acquittée lundi faute de preuves. "Je suis heureuse", a déclaré la jeune femme, ùgée de 21 ans, en sortant du tribunal de Ciudad Delgado, au nord-est de San Salvador, la capitale.
"Le juge a été assez juste : il a dit qu'il n'y avait pas moyen de prouver le délit, et c'est pour cela qu'il a prononcé l'acquittement. Il a dit qu'il s'agissait d'un accouchement difficile", a indiqué Bertha Maria Deleon, avocate d'Evelyn Hernandez.

Une centaine de femmes rassemblées devant le palais de justice ont laissé éclater leur joie à l'annonce de la décision : "Attention, attention, la lutte féministe avance en Amérique latine", ont-elles scandé.

- "Grùce à Dieu, justice a été rendue" -

"GrĂące Ă  Dieu, justice a Ă©tĂ© rendue. Je vous remercie aussi vous toutes qui ĂȘtes venues ici", a lancĂ© Evelyn Hernandez aux manifestantes. L'accusation avait rĂ©clamĂ© contre la jeune femme une peine de 40 ans de prison pour homicide aggravĂ© par nĂ©gligence. Le parquet peut faire appel du jugement dans les dix jours. Les reprĂ©sentants de l'accusation ont quittĂ© le tribunal sans faire de dĂ©clarations.
"Tout le temps passĂ© (en prison) a Ă©tĂ© dur", a soulignĂ© la jeune femme, qui est restĂ©e 33 mois derriĂšre les barreaux aprĂšs une premiĂšre condamnation Ă  30 ans de prison en juillet 2017. Ce premier jugement avait Ă©tĂ© cassĂ© en fĂ©vrier par la Cour suprĂȘme, et Evelyn Hernandez avait Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e.

L'affaire remonte au 6 avril 2016, lorsque la jeune femme, alors adolescente, donne naissance Ă  un bĂ©bĂ© dans des toilettes. TransfĂ©rĂ©e Ă  l'hĂŽpital de la ville de Cojutepeque (centre), elle est arrĂȘtĂ©e et accusĂ©e d'homicide. Evelyn Hernandez a toujours protestĂ© de son innocence et assurĂ© que son bĂ©bĂ© Ă©tait mort-nĂ©.

Dans un premier temps, il avait été dit qu'Evelyn Hernandez était enceinte aprÚs un viol, mais son avocate a expliqué ensuite, sans donner plus de détails, préférer ne plus évoquer ces circonstances à la demande de la jeune femme qui habite dans un quartier contrÎlé par les gangs et pourrait faire l'objet de représailles.

- "Pratique discriminatoire" -

"Cela prouve que le délit n'existait pas, qu'il n'y avait pas lieu d'engager des poursuites", a déclaré à la sortie du tribunal l'avocat Arnau Baulenas de l'Université jésuite centroaméricaine IDHUCA. Le juriste, qui faisait partie de l'équipe de la défense, a déploré que beaucoup de femmes soient poursuivies au Salvador "en raison de convictions religieuses" plus que pour des motifs juridiques.

Amnesty International a saluĂ© dans un communiquĂ© "une victoire Ă©clatante pour les droits des femmes au Salvador" : "aucune femme ne doit ĂȘtre mise injustement en accusation pour homicide pour le simple fait d'ĂȘtre confrontĂ©e Ă  une urgence obstĂ©trique".
"Maintenant qu'Evelyn a été acquittée, Amnesty International demande au Salvador de mettre fin une bonne fois pour toutes à la honteuse pratique discriminatoire criminalisant les femmes, et de supprimer immédiatement les rÚgles draconiennes contre l'avortement", ajoute l'organisation de défense des droits de l'homme.

En effet, le code pénal salvadorien prévoit toujours une peine de deux à huit ans de prison pour les cas d'avortement. En outre, dans les faits, les juges considÚrent toute perte du bébé comme un "homicide aggravé", puni de 30 à 50 ans de réclusion.
Actuellement, 16 femmes sont en prison au Salvador pour des avortements. Au cours des derniers mois, cinq femmes condamnées pour des cas similaires ont été remises en liberté.

AFP

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